Pakistan

Pakistan: à quelques jours des élections les talibans font régner un climat de terreur

Un garde armé devant la maison d'un candidat du Parti national Awami, le 2 mai 2013.
Un garde armé devant la maison d'un candidat du Parti national Awami, le 2 mai 2013. REUTERS/Zohra Bensemra

L'attentat qui s'est produit hier, lundi 6 mai, au Pakistan a fait 25 morts au moins et une soixantaine de blessés. Il a eu lieu dans une zone tribale du nord-ouest du pays, à la frontière avec l'Afghanistan. C'est un candidat aux élections générales de samedi prochain qui était visé. Un scrutin crucial, car c'est la première fois qu'un gouvernement civil accomplit un mandat complet. Mais depuis le début de la campagne, de nombreux candidats et leur entourage ont été victimes d'attentats. On en est à plus de 80 morts.

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Avec notre envoyé spécial à Lahore, Christophe Paget

Dès le début, le Tehreek-e-taliban-e-Pakistan (TPP), les talibans pakistanais qui s'opposent à ces élections et au processus démocratique en général avaient dit qu'ils attaqueraient les candidats laïcs aux élections. Des candidats qui faisaient partie du gouvernement sortant. Et effectivement, le Parti national Awami et le Muttahida Qaumi Movement (MQM), basé à Karachi, ont été visés par des tirs et des attaques à la bombe. Du coup, pour ne pas se mettre en danger et ne pas mettre en danger les gens qui viennent à leurs meetings, ils ont été obligés d'en réduire considérablement la taille, alors que ces gros rassemblements sont un passage obligé au Pakistan au moment des élections.

Un des candidats du Pakistan's People Party (PPP), le parti au pouvoir, indiquait hier à RFI qu'à Lahore, et plus largement dans la région du Pendjab, certes la situation est calme, mais que, justement, il ne faut pas envenimer les choses. C'est pour ça que le PPP lui-même a été obligé de réduire la taille de ses meetings.

Un parti islamiste visé

Après s'en être pris aux partis laïcs, hier lundi, les talibans pakistanais ont attaqué un parti que logiquement ils auraient dû épargner, la Jamaat-e-Ulema-e-Islam, un parti islamiste. Ce petit parti a été visé parce qu'il était dans la coalition sortante. Les talibans l'ont dit dans leur revendication. L'attentat a fait au moins quatorze morts. En plus, cet attentat a eu lieu dans le Nord-Ouest, dans une des zones tribales, c'est-à-dire un des bastions des talibans, qui jusque-là les avaient épargnés pour ne pas se mettre à dos les populations.

A l'approche des élections, les talibans durcissent leur message : aucun des partis qui a soutenu le gouvernement, et donc qui a lancé des actions contre eux, n'est à l'abri. Cela devrait se traduire dans les urnes.

A Lahore les rues sont bondées. Les attentats qui endeuillent la campagne électorale ne font pas peur à Mohammad : « Oui, bien sûr j’irai voter, je suis un grand supporter du PML-N (Ligue musulmane pakistanaise de Nawaz Sharif, ndlr]. Je n’ai pas peur d’éventuelles violences, d’ailleurs ma maison est juste à côté de l’école qui sert de bureau de vote. C’est différent au Pendjab, la police est très forte ».

La région a beau être épargnée par les attentats, ils ont quand même un impact sur la campagne électorale. Azizur Rehman Chan, est un des candidats à Lahore du PPP, le parti au pouvoir : « Le PLM-N de Nawaz Sharif et le PTI d’Imran Khan [Mouvement pakistanais pour la justice, ndlr], qui sont connus pour être des partis de droite, peuvent faire campagne dans les endroits les plus dangereux, alors que nous, nous avons été forcés de réduire nos meetings pour ne pas faire courir de risques au gens. Il y a de fortes chances que ça ait un impact sur les résultats ».

Dans les rues de Lahore Saleh le confirme : les talibans se sont bien fait entendre : « Bien sûr, il y a du danger, ils ont fait passer leur message assez clairement. J’irai voter, mais c’est au gouvernement de faire en sorte que la sécurité soit suffisante pour que les gens votent sans peur. Il n’y est pas arrivé ».

Au-delà des résultats, un des indicateurs de l’état d’esprit des Pakistanais ce samedi 11 mai sera bien le taux de participation.

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