Afghanistan

Une série afghane pour montrer «autre chose» de l'Afghanistan

La première série afghane consacrée au rap en plein tournage à Kaboul.
La première série afghane consacrée au rap en plein tournage à Kaboul. RFI/Nicolas Ropert

La première série afghane consacrée au rap est en plein tournage à Kaboul. Le feuilleton sera bientôt diffusé sur une chaîne nationale. Les producteurs veulent offrir une autre vision de l'Afghanistan. En premier lieu pour les Afghans eux-mêmes.

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De notre correspondant à Kaboul,

Il y avait eu Pantun FM, Université FM en français, l'an dernier. La série mettait en scène un groupe d'étudiants dans leur quotidien à l'université. C'est sans aucun tabou (ou presque) qu'Awaz Media Group, la maison de production installée à Kaboul, avait raconté les problèmes qui touchent la jeunesse afghane. Drogue, sida, relations garçons-filles, autant de thématiques difficilement abordables dans un pays majoritairement conservateur. Et pourtant, ce feuilleton avait été diffusé sur la RTA, la chaîne publique afghane.

Le rap pour s'adresser à tous les jeunes

Pour la deuxième saison, c'est à un autre sujet que s'attache Sadaa-e-ramush  (La voix du silence) : le rap. « Nous voulons montrer autre chose à la jeunesse afghane », résume Arif Ahmadi, le directeur national d'Awaz. Certes, il existe quelques groupes de hip-hop naissant dans le pays mais ils sont concentrés à Kaboul et ne touchent qu'une infime minorité. « Nous ne sommes pas élitistes, se défend Arif Ahmadi, nous voulons nous adresser à tous les jeunes partout dans le pays. »

Un défi que Noor Azizi s'est dit prêt à relever. A 25 ans, le jeune homme, habillé à l'occidental comme tous les membres de l'équipe de tournage, est le réalisateur de Sadaa-e-ramush. Même si ce n'est pas la première fois qu'il passe derrière la caméra, il se félicite de la confiance que lui a donnée Awaz : « J'avais déjà réalisé quelques épisodes de Pantun FM mais j'ai la chance qu'Awaz me laisse aux commandes de cette nouvelle saison ». Celui qui a commencé comme acteur assure avoir une relative liberté sur son travail : « Bien sûr, nous devons respecter certaines règles imposées par la République islamique d'Afghanistan. Il y a aussi un comité qui regarde les épisodes avant diffusion mais il n'a pas trop d'impact. Par contre, c'est vrai que j'en profite pour avoir une plus grande liberté dans les dialogues sur la version qui sera diffusée sur internet. »

Car c'est là l'une des forces d'Awaz. La maison de production a lancé, il y a six mois, une WebTV. Globox diffusera, au même rythme que la télévision, une version légèrement différente de la série. Plus courte, plus rythmée mais aussi donc plus libre. Sadaa-e-ramush ne sera pas diffusée sur la chaîne publique. « Nous sommes en discussion avec une chaîne privée », confie Arif Ahmadi, car les jeunes regardent d'avantage ces chaînes. Une décision qui a réjoui Nadeem. L'un des acteurs principaux de la série est étudiant et rappeur dans la vie. C'est même la première fois qu'il fait l'acteur : « C'était très impressionnant au début pour moi. Je ne savais pas comment réagir, j'étais très stressé. Et puis finalement je me suis dit que pour montrer ce qu'est vraiment le rap, je devais être moi-même », raconte celui qui cite les rappeurs américains Eminem, 50 Cents ou Dr Dre comme références.

Tout demeure difficile en Afghanistan

Le reste de l'équipe a plus d'expérience. Certains techniciens oeuvrent aussi sur des émissions de Globox ou sur d'autres séries que produit Awaz. Mais rien n'est facile en Afghanistan. Certaines journalistes, chanteuses ou comédiennes sont menacées et il est arrivé qu'elles soient attaquées. Noor Azizi confie qu'il lui est parfois difficile de recruter des filles.

« C'est vrai que cela peut être dangereux pour nous, admet Hosnie, mais moi je n'ai pas peur. » La jeune femme de 20 ans, l'une des plus jeunes dans la série, a déjà tourné dans des séries pour ToloTV, la plus grande chaîne afghane. Ici, elle joue le rôle d'une rappeuse. « C'est tout nouveau pour moi mais je trouve que c'est bien de montrer que l'Afghanistan peut aussi être moderne. Ce n'est pas l'image qui ressort dans les médias ». Et c'est cela qu'elle veut faire changer.

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