Cambodge

Cambodge: les élections législatives verrouillées par le Premier ministre Hun Sen et son parti

Le Premier ministre Hun Sen, ancien commandant des Khmers rouges, pendant la campagne des législatives.
Le Premier ministre Hun Sen, ancien commandant des Khmers rouges, pendant la campagne des législatives. Reuters
9 mn

Le Cambodge organise ce dimanche 28 juillet 2013 des élections législatives. L’issue de ce cinquième scrutin semble jouée d’avance. Les observateurs sont unanimes : c’est le Parti du peuple cambodgien (PPC) au pouvoir avec à sa tête l’ancien commandant khmer rouge Hun Sen qui remportera le plus grand nombre de sièges à l’Assemblée nationale. Actuellement il y occupe 90 des 123 sièges.

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Au pouvoir depuis 28 ans, l’actuel Premier ministre Hun Sen détient le record de longévité sur la scène politique cambodgienne. Son parti, le Parti du peuple cambodgien (PPC), a remporté toutes les élections depuis le retour au multipartisme en 1993, parfois sur fond d’accusations de fraudes et d’irrégularités.

Son plus farouche opposant, Sam Rainsy, qui vient tout juste de rentrer au pays après quatre années d'exil en France ne pourra pas se présenter aux élections, ni même voter. C'est ainsi qu'en a décidé la commission électorale qui, comme tout organe de l'Etat, est sous les ordres du parti au pouvoir.

Sam Rainsy, chef du principa parti d'opposition, salue ses supporteurs à Phnom Penh, le 19 juillet 2013.
Sam Rainsy, chef du principa parti d'opposition, salue ses supporteurs à Phnom Penh, le 19 juillet 2013. REUTERS/Samrang Pring

Une mascarade d’élections

Sam Rainsy a été gracié par le roi sur demande de son adversaire Hun Sen. Il était sous la menace de trois condamnations pénales, jugées politiques par ses partisans.

Le Parti du sauvetage national du Cambodge (CNRP), principale force de l'opposition qualifie d’ores et déjà le scrutin de « farce » et de « mascarade ». Mais l'alliance entre les deux principaux partis de l'opposition, le parti de Sam Rainsy et le Parti des droits de l'homme de Kem Sokha, est une première dans le pays, et fait naître l'espoir d'une possible alternance au pouvoir.

Le Cambodge a toujours connu un régime de parti unique, sauf entre 1947 et 1955

Henri Locard

De nombreux analystes sont cependant sceptiques sur les capacités de l'opposition à préserver l’unité face à un Premier ministre tout-puissant, comme le rappelle Luc Benaiche, doctorant en histoire contemporaine à l'université d'Aix-Marseille et rattaché au laboratoire IrAsia, l'institut de recherches asiatiques : « Hun Sen est un ancien cadre khmer rouge de la zone est. Il est parti au Vietnam pour échapper aux purges du parti communiste. Il est rentré au pays avec les vietnamiens en 1979 et a pris part au premier gouvernement mis en place par les Vietnamiens. Il arrive au pouvoir comme Premier ministre en 1985 et il n’a pas bougé depuis. Hun Sen est indéboulonnable depuis 28 ans, il doit faire partie des records de la région. L’appareil du parti est le pouvoir réel, l’Etat et le parti ne font quasiment qu’un, comme dans les anciens Etats communistes. Résultat : même lorsqu’il perdait les élections, il faisait en sorte de se maintenir au pouvoir, y compris par la force certaines fois lorsque cela s’avérerait nécessaire ».

Et d’ajouter : « Beaucoup de hauts dirigeants actuels sont issus des Khmers rouges. Son entourage, et le CPP dans son ensemble, fonctionnent de façon très clanique. Il y a plusieurs clans à l’intérieur du Parti dont on ne connaît rien, puisqu’il y règne une sorte d’omerta, personne ne veut parler. Mais ils tiennent tous les rouages du pouvoir, administratif, judiciaire, de la police, de l’armée. Le CPP se confond vaguement avec l’Etat ».

Une dynastie politique en construction

Si Hun Sen a promis de rester Premier ministre pour encore plus de dix ans, certains signes ne trompent pas. Le patriarche prépare sa succession. Ses trois fils occupent des positions stratégiques dans l’armée, la police et le parti. Une de ses filles contrôle une grande partie des médias.

« On dit qu’il prépare sa succession depuis un certain temps. Il promeut ses fils à des grades de généraux, ce qu’il a fait d’ailleurs pour lui-même en s’accordant cinq étoiles. C’est quelque chose d’assez classique chez lui », estime Luc Benaiche.

Droits humains bafoués

Le régime autoritaire de Hun Sen est régulièrement pointé du doigt par de nombreuses organisations qui dénoncent de graves violations des droits humains. Geneviève Garrigos, présidente d'Amnesty France dresse un tableau bien sombre de la situation. «Depuis les premières élections en 1993, et malgré les engagements pris par le régime, on n’a pas vu d’amélioration significative. La répression, les procès et les emprisonnements arbitraires n’ont pas eu de cesse. Les militants écologistes, les leaders syndicalistes, les femmes qui luttent contre les expulsions forcées sont victimes de violations graves (certains ont été assassinés, arrêtés ou torturés). Or les responsables de ces violations ne sont jamais poursuivis et jouissent d’une totale impunité » souligne-t-elle. Selon Human Rights Watch plus de 300 personnes ont été agressées ou tuées pour des motifs politiques au Cambodge depuis les Accords de Paris de 1991.

Disparités et corruption

Si le royaume a connu une période de forte croissance économique depuis le début des années 2000, celle-ci a surtout bénéficié aux proches du pouvoir et aux entreprises étrangères, notamment chinoises et vietnamiennes qui ont investi dans le textile, le transport et les télécoms, des secteurs très peu créateurs d'emplois. Le Cambodge figure parmi les pays les plus corrompus au monde. Résultat, jamais les disparités n'ont été aussi grandes.

Les sujets de mécontentement sont nombreux : l’accaparement des terres arables au profit du secteur privé et de l’élite au pouvoir, l’impunité pour les responsables d’assassinats d’opposants, la corruption, sont autant de sujets qui révoltent une jeunesse au chômage. Selon l’opposition, 50 à 70% des jeunes Cambodgiens sont sans emploi. Une situation qui renforce le sentiment d’insatisfaction et d’injustice.

D’autant que la jeunesse actuelle s’informe de plus en plus via les réseaux sociaux et que son nombre ne cesse de croître. Les 18/30 ans représentent aujourd’hui plus du tiers du corps électoral. Une réalité qui pourrait un jour changer la donne.

Les jeunes ne sont pas contents. Certains s’éreintent à faire des études sérieuses, mais au final, c'est seulement les gosses de riches qui obtiennent des boulots intéressants !

«Le changement», expression majeure de la campagne cambodgienne

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