Birmanie

Commémoration du 8 août 1988 en Birmanie : un passé non soldé

Des étudiants manifestent à Rangoun, le 8 août 2013, à l'occasion des 25 ans de la révolte pro-démocratique.
Des étudiants manifestent à Rangoun, le 8 août 2013, à l'occasion des 25 ans de la révolte pro-démocratique. REUTERS/Soe Zeya Tun

C’est une date et un numéro qui restent gravés dans la mémoire de tous les Birmans : le 8/08/1988, il y a 25 ans jour pour jour culminait la répression de la plus grande révolte pro-démocratique qu’ait connue ce pays féru de numérologie et de superstitions. Environ 3000 personnes tombaient sous les balles de l’armée. Cette date, et ce chiffre huit ont longtemps été tabous en Birmanie, interdits dans la presse. Mais aujourd’hui, le régime réformateur des anciens militaires autorise la commémoration de ces événements et commence à en parler. Un peu.

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De notre correspondant à Rangoun,

Le langage est double. D'un côté, on a vu un ministre de ce gouvernement des anciens militaires se rendre aux cérémonies de commémoration de la répression du mouvement démocratique de 1988. Sa visite est déjà très étonnante. C’est un symbole fort de changement, et il a indiqué qu’il fallait « tirer les leçons des erreurs du passé ». Il a donc reconnu à demi-mot la cruauté de l’armée birmane qui a littéralement mitraillé des foules de manifestants pacifistes dans toutes les villes du pays en 1988.

De l’autre côté, le président réformateur Thein Sein avait dit, il y a encore deux ans, que l’armée « avait sauvé et reconstruit le pays en 1988 ». Ce qui est certain, c’est que le régime des anciens militaires ne parle pas de justice, de responsabilité. Des crimes ont été commis en 1988, mais il n’est pas question de les juger, ni même de les avouer.

Quel rôle pour Thein Sein ?

Le président Thein Sein est un ancien général de l’armée birmane, respecté pour la batterie de réformes pro-démocratiques qu’il a initiée. On ne connaît pas précisément son rôle lors de cette répression de 1988. Les informations sont contradictoires. Il était déjà dans l’armée, major d’une division d’infanterie qui aurait relâché des activistes pour leur sauver la vie : c’est la version plutôt sympathique d’un média birman en exil.

Mais il y a la version moins laudative : celle des associations de défense des droits de l’homme qui citent des câbles diplomatiques américains selon lesquels Thein Sein s’est particulièrement distingué dans cette répression de 1988.

Ne pas froisser les généraux

L'opposition birmane, elle non plus, ne demande pas de compte aux anciens généraux actuellement au pouvoir, et qui ont sauvagement réprimé en 1988. La revendication a en effet complètement disparu des discours de la prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi. Il y a deux ans, celle-ci parlait encore de « justice tempérée par la pitié ». Comprendre par là des initiatives qui ressemblent aux commissions vérité et réconciliation afin d’amener les responsables de la répression à avouer leurs crimes, sans pour autant les jeter en prison.

Et puis aujourd’hui, plus rien : Aung San Suu Kyi parle d’Etat de droit, de respect de la loi, de réformes constitutionnelles, bref, de l’avenir et non du passé, car elle ne veut pas froisser les anciens généraux. Elle essaie de gagner leur confiance.

Changer d'image

A l’approche de la commémoration des événements de 1988, quelques activistes ont demandé justice. La presse birmane a publié des reportages sur des familles de victimes, toujours tourmentées par ce passé qui n’est pas soldé. Mais on ne sent pas vraiment de revendications très fortes dans la société. Le régime des anciens militaires fait tout pour changer d’image, pour faire oublier qu’il a massacré des milliers de manifestants en 1988.

Pour cela, il lance des réformes qui séduisent les Birmans. Il octroie plus de libertés. Mission accomplie, le président réformateur Thein Sein a plutôt une bonne image dans le pays. Il était pourtant Premier ministre de la junte militaire jusqu’en 2011.

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