Vietnam/Censure

Au Vietnam, journalistes et blogueurs plus que jamais dans la ligne de mire du pouvoir

Des Vietnamiens surfent sur internet à Ho Chi Minh-Ville.
Des Vietnamiens surfent sur internet à Ho Chi Minh-Ville. AFP / Hoang Dinh Nam

Un journaliste vietnamien spécialisé dans la lutte anticorruption a été interpellé ce 8 août 2013 pour avoir reçu des pots-de-vin, rapporte la presse officielle. Selon le journal Tuoi Tre, ce journaliste d’investigation âgé de 31 ans aurait été vu recevant de l’argent d’un propriétaire de bar. Au Vietnam, tous les médias sont contrôlés par l’Etat. Reporters sans frontières, qui considère le Vietnam comme un « ennemi d’Internet », l’a classé au 172e rang sur 179 dans son dernier index de la liberté de la presse.

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Vo Thanh Tung est au Vietnam ce qu’on appelle un journaliste en vue. A 31 ans, ses enquêtes mettant au jour la corruption dans ce pays communiste lui ont valu une notoriété certaine. Récipiendaire du prix de la presse de Ho Chi Minh-Ville en juin dernier, il était employé par  le journal Phap Luat (La Loi) du département de la Justice de la métropole économique du pays, l’ancienne Saïgon. C’est une série d’articles sur des policiers affectés à la circulation qui acceptaient des pots-de-vin de chauffeurs de camions et de bus qui lui a valu cette récompense. 

Les condamnations à plusieurs années de prison pleuvent

Selon le journal Tuoi Tre (La Jeunesse), la police qui a arrêté le journaliste d’investigation a retrouvé et confisqué à son domicile « une matraque, un taser, des menottes, des ordinateurs, appareils photo et documents ». Deux pigistes qui travaillaient avec Vo Thanh Tung ont également été interpellés, précise encore le quotidien. Les trois journalistes rejoignent ainsi leurs dizaines de confrères et de blogueurs actuellement derrière les barreaux au Vietnam selon les défenseurs des droits de l’homme.

Vo Thanh Tung n’est pas le premier journaliste à être accusé d’avoir accepté des pots-de-vin. L’an dernier, un de ses confrères travaillant pour le journal Tuoi Tre, lui aussi spécialiste de la lutte anticorruption, avait vu sa carrière interrompue pour avoir versé, selon ses accusateurs, un dessous-de-table à un policier au cours d’une enquête ; il a été condamné à quatre ans de prison. Un autre reporter avait écopé de deux ans d’incarcération en 2008 pour avoir regardé d’un peu trop près une affaire de corruption au ministère des Transports. C’était le premier d’une série qui, depuis, ne cesse de s’allonger.

Pour le pouvoir vietnamien, les journalistes ne sont pas les seuls à être dans le collimateur ; les blogueurs sont également surveillés de près et eux aussi sont l’objet de répression. Malheur aux contestataires comme Nguyen Van Hai, condamné à 12 ans de prison en septembre 2012 pour « propagande contre l’Etat » sur son blog. Connu sur Internet sous le nom de Dieu Cay, le bloggeur a fait une grève de la faim pendant 25 jours pour dénoncer les mauvais traitements dont il est victime en détention. Les autorités ont finalement accepté d’enquêter sur ses conditions de détention.

Interdit de partager des articles d’actualité

Toutes ces attaques du régime contre les journalistes, blogueurs mais aussi militants politiques s’inscrivent dans des opérations de répression de plus en plus vigoureuses au fur et à mesure de la montée en puissance d’Internet. Dernier coup de Jarnac concocté par Hanoï, le « décret 72 » publié cette semaine, qui interdit aux 31 millions d’internautes vietnamiens de partager des articles d’actualité sur les blogs et les réseaux sociaux. N’étant pas à une contradiction près, cette règle est édictée « quelques jours seulement après que le Vietnam a décidé de poser sa candidature pour siéger au conseil des droits de l'homme pour le mandat 2014-2016 » relève Reporters sans frontières (RSF). 

Nguyen Thu Trang

Considéré par les défenseurs des droits de l’homme comme une nouvelle tentative de répression de la liberté d’expression, le « décret 72 » devrait entrer en vigueur en septembre. Si le texte est appliqué, les internautes vietnamiens en seront réduits à échanger des recettes de cuisine, les photos du petit dernier ou leurs impressions sur la dernière chanteuse à la mode. En un mot, n’importe quoi sauf de l’information. Washington s’est dit « profondément préoccupé » par ces nouvelles règles en rappelant que « les libertés fondamentales s’appliquent en ligne autant que hors ligne ».

De son côté, RSF s’est insurgé « contre cette grave atteinte au droit d’informer et d’être informé » et a lancé une pétition, réclamant la libération des 35 cyber-dissidents actuellement incarcérés dans ce pays, devenu la deuxième prison au monde pour les acteurs de l'information, après la Chine.

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