Cambodge

Le Cambodge sous tension, en attendant les résultats officiels des élections

Des partisans du Parti du sauvetage national du Cambodge (CNRP) lors d'une manifestation à Phnom Penh, le 6 août 2013.
Des partisans du Parti du sauvetage national du Cambodge (CNRP) lors d'une manifestation à Phnom Penh, le 6 août 2013. REUTERS/Samrang Pring

Les discussions se poursuivent dans un climat tendu. Près de deux semaines après les élections législatives du 28 juillet, le gouvernement a déployé des forces armées dans des quartiers périphériques de la capitale, pour garantir l’ordre jusqu’à la formation du nouveau gouvernement. L’opposition, qui conteste les résultats, menace de descendre dans la rue. Mais les négociations sur la mise en place d’une commission d’enquête électorale, engagées par le Parti du peuple cambodgien du Premier ministre Hun Sen et le CRDP, Parti du sauvetage national de Sam Rainsy, continuent.

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Il faudra attendre quelques jours encore pour connaître les résultats provisoires du scrutin. L’annonce initialement prévue samedi 10 août a été reportée, en raison de la poursuite des discussions entre majorité et opposition. La dernière rencontre, vendredi, aurait été plutôt positive à en croire l’entourage de l’opposition.

Son dirigeant Sam Rainsy avait réclamé lundi 5 août la participation de l’ONU au processus de révision des résultats. Mais s’il exigeait au départ que l’ONU supervise l’enquête, il accepte à présent que l’organisation joue un simple rôle d’observateur.

Les deux parties ont intérêt à ce que les résultats définitifs bénéficient d’une caution internationale, mais le Premier ministre n’a pas encore officiellement accepté cette possibilité. Par ailleurs, Hun Sen souhaite que l’enquête soit menée par la Commission nationale électorale, dont l’intégrité est très contestée, avec la participation des partis et de la société civile. L’opposition et les ONG exigent pour leur part la mise en place d’une structure indépendante.

Fraudes massives ?

Les premiers résultats donnés par la commission électorale ont accordé 68 sièges à la majorité et 55 sièges à l’opposition. C’est déjà une victoire pour Sam Rainsy, dont le parti n’avait obtenu que 29 sièges aux précédentes élections. Mais le CNRP revendique 63 sièges sur les 123 que compte le Parlement.

Les fraudes dénoncées sont massives : plus d’un million de noms rayés des listes, presque autant de faux électeurs et 200 000 noms dupliqués sur plusieurs listes. Selon Phil Robertson, directeur adjoint pour l’Asie de l’ONG Human Rights Watch, les dérives ne font aucun doute : « Ce à quoi nous avons assisté est véritablement un niveau sans précédent de machination et de malversation dans le processus électoral, la Commission nationale électorale devrait franchement avoir honte d’elle-même », a-t-il déclaré.

Après la grande manifestation mardi dernier, l’opposition menace de retourner dans la rue si sa victoire n’est pas reconnue. Le gouvernement a déployé des forces de sécurité et des blindés dans certains quartiers de la capitale. Les autorités expliquent que ces forces sont déployées en prévention de troubles. Elles nient toute volonté d’intimidation.

Preuve que le risque est réel, un responsable militaire s’exprimant sous couvert d’anonymat dans le Phnom Penh Post explique que l’armée a déployé dans la capitale des troupes venues de provinces plus loyales à leur hiérarchie que celle de la capitale, qui pourrait hésiter à réprimer des manifestations de masse. Des gradés de Phnom Penh ont par ailleurs saisi les armes de certains soldats par crainte qu’ils ne rejoignent les manifestants en cas de troubles majeurs. L’opposition estime que 70% des forces de sécurité ont voté en sa faveur, et Sam Rainsy appelle sur les réseaux sociaux ses militants à convaincre les militaires de rejoindre ses rangs.

Lassitude

Le Parti du sauvetage national du Cambodge (CNRP) a largement profité dans ces élections de la lassitude des Cambodgiens à l’égard de Hun Sen. Au pouvoir depuis 28 ans, le Premier ministre a déclaré récemment qu’il entendait gouverner encore au moins 10 ans. S’il a fait décoller l’économie cambodgienne, l’une des plus dynamiques de la région, et garanti la paix et la stabilité du pays, il fait face aujourd’hui à de nombreuses tensions sociales. Son caractère autocrate commence à agacer, y compris au sein de l’armée. L’opposition tente donc de jouer des dissensions voilées qui peuvent apparaître dans le camp de la majorité.

Cette dernière enregistre un revers avec son plus mauvais score depuis 1998. A l’époque, les manifestations massives de l’opposition avaient été réprimées dans la violence. Aujourd’hui, le bras de fer se poursuit entre les deux camps. Le Parlement devra quoi qu’il arrive se réunir au plus tard le 8 septembre prochain, comme le prévoit la Constitution.

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