Chine

Procès Bo Xilai: pour la première fois, les Chinois peuvent «se faire leur propre opinion»

Bo Xilai (G), au deuxième jour de son procès. Jinin, le 23 août 2013.
Bo Xilai (G), au deuxième jour de son procès. Jinin, le 23 août 2013. REUTERS/China Central Television (CCTV) via Reuters TV

Le procès de Bo Xilai entre dans son troisième jour, ce samedi 24 août. L'épouse de cet ancien premier secrétaire du Parti communiste chinois, jugé pour corruption et abus de pouvoir, a été entendue vendredi. Un témoignage à charge contre Bo Xilai qui a rejeté l'irresponsabilité et la folie de sa femme. Li Datong, ancien rédacteur en chef de l'hebdomadaire Bingdian (Point de glaciation), mis à pied pour avoir publié un article jugé sensible, analyse pour RFI les deux premiers jours d’audience.

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RFI : Pour la première fois, les comptes rendus d’audience sont publiés sur les réseaux sociaux, est-ce suffisant pour parler de transparence ?

Li Datong : C’est en tous cas un progrès, car c’est la première fois que cela est mis en place dans ce genre du procès. Le tribunal a bien fait de respecter les droits de la défense et de l’accusé. Grâce aux microblogs, le tribunal peut diffuser plus rapidement ses comptes-rendus et de façon assez exhaustive, à la fois les arguments de la défense et ceux de l’accusation. Cela nous permet de nous faire notre propre opinion sur ce procès. C’est la première fois, encore une fois, que cela se fait en Chine et il faut donc s’en féliciter.

Bo Xilai a nié les faits qui lui sont reprochés, que pensez-vous de cette attitude ?

Je crois que Bo Xilai a surpris les autorités chinoises en revenant sur ses confessions. Le premier jour d’audience, ils étaient troublés. Le soir dans le journal télévisé de 19 h 00 qui est très important en Chine, on n’a pas entendu une phrase sur le procès en cours. Ils ne savent pas comment traiter le problème visiblement.

Certains analystes disent que cela fait partie du spectacle pour justifier la purge... 

On ne peut pas dire que tout était joué. Les autorités n’ont certainement pas prévu cette situation. Bo avait fait des aveux lors des enquêtes menées par le bureau de discipline du parti. A aucun moment, ils n’ont pensé que Bo reviendrait sur ses mots. Je crois que le procès durera encore deux jours. Ce qui, là encore, est une nouveauté. On croyait que ce serait un procès vite expédié comme celui de Gu Kailai, que tout était déjà programmé. Et puis Bo a mis son grain de sable. Le procès de Liu Zhijun (ex-ministre des chemins de fer condamné à la peine de mort avec sursis pour corruption, ndlr) a duré une demie journée. Et pourtant il avait reçu des centaines de millions de yuans de pots-de-vin. Tout le monde a cru que c’était une blague. Tout était joué à l’avance et il n’a même pas fait l’appel. On croyait tous que ce serait la même chose pour Bo Xilai.

Comment expliquer ce choix ?

Bo Xilai est un personnage qui appartient à l’histoire chinoise et il le sait. Ce n’est pas comme les autres dirigeants corrompus. Bo Xilai n’est pas pareil. Il est membre de l’aristocratie rouge et il a fait partie du bureau politique du PC chinois. Il veut donc laisser une trace dans l’histoire. Les autorités l’accusent d’employer la ruse, mais je ne le pense pas. Il est très calme au tribunal, il n’a fait que se défendre.

Pourquoi le compromis passé avec les autorités pendant la détention n’a-t-il pas tenu ?

En fait, on pensait que le compromis reposait sur deux choses. Bo Xilai aurait pu négocier son repentir contre un allègement de peine et contre la sécurité de son fils Bo Guagua et le droit pour ce dernier de revenir en Chine. Maintenant, on voit que la situation a évolué. Bo Xilai a tout nié. C’est quelque chose de très embarrassant pour les autorités. C’est maintenant au plus haut niveau du parti de prendre une décision. Le procès se poursuit donc en attendant que la direction de l’appareil d’Etat prenne sa décision.

Cela peut-il changer quelque chose à l’issue du procès ?

Non, rien ne peut influencer l’issue du verdict puisqu’il a déjà été décidé. Mais cette façon nouvelle de mener un procès va avoir c’est sûr une grande influence sur l’évolution du système judiciaire chinois.

Quel sera le verdict alors ?

Bo Xilai ne pourra pas échapper à la prison. L’argument « désolé, mais je n’étais pas au courant » n’est pas suffisant. Il encourt une peine de 20 ans. La peine de mort en revanche n’est guère envisageable, il n’a tué personne et le montant des pots-de-vin n’est pas élevé. Par apport à d’autres hauts fonctionnaires, ce n’est pas grand-chose.

Concernant la villa en France, son fils risque-t-il de faire l’objet d’une enquête ?

Ce qui est sûr, c’est que son ignorance ne veut pas forcément dire qu’il est innocent. C’est possible que Bo Xilai ne soit pas courant de l’existence de cette villa, mais même si c’est vrai, dans la loi chinoise, si les membres de la famille en bénéficient, il est responsable. Cela dit, je ne crois pas que cela va influencer la sentence dans son cas. C’est sa femme et son fils qui possèdent la villa et donc ce dernier pourrait effectivement devoir se justifier.

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