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Inde: le Parlement adopte un vaste et coûteux programme d'aide alimentaire

Sur un marché aux légumes à New Delhi, le 21 août 2013.
Sur un marché aux légumes à New Delhi, le 21 août 2013. REUTERS/Anindito Mukherjee

L’Inde s’apprête à mettre en place le plus important programme de distribution alimentaire subventionné du monde. Le programme a été entériné par la Chambre basse du Parlement, mais il est l’objet de critiques et de controverses.

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Au terme de neuf heures de débats houleux, la chambre basse du Parlement indien a finalement adopté le lundi 26 août un vaste plan d’aide alimentaire pour les plus démunis.

Ce plan, baptisé « la loi pour la sécurité alimentaire », prévoit de fournir des céréales (riz et farine) à prix subventionnés à 800 millions de personnes, soit deux tiers de la population indienne, qui vivent avec 1,50 euros par jour. Cette mesure qui coûtera au trésor indien 3,8 milliards de dollars par an (2,9 milliards d’euros) vise à éradiquer la faim dans un pays où en dépit de décennies de forte croissance, la population est toujours en proie aux famines et à la malnutrition.

Projet cher à Sonia Gandhi

Projet phare du parti du Congrès qui dirige la coalition de centre gauche au pouvoir à New Delhi, ce programme d’aide alimentaire a été fortement soutenu par Sonia Gandhi, la présidente du Congrès.

Prenant la parole avant le vote, celle-ci a demandé aux parlementaires de se prononcer à l’unanimité en faveur de ce projet de loi qui, a-t-elle déclaré, « enverra au pays et au reste du monde un message clair et concret que l’Inde prend la responsabilité d’assurer la sécurité alimentaire de tous ses citoyens ». « Certaines personnes se demandent si nous avons les ressources pour financer un tel plan. (…) La question n’est pas de savoir si nous pouvons le financer. Nous devons le financer », a-t-elle ajouté.

À partir des années 1970, à la faveur d’une Révolution verte réussie, l’Inde a mis en place un important réseau de distribution alimentaire subventionnée implanté dans l’ensemble du pays et qui touche des centaines de millions de personnes. Ces derniers reçoivent des céréales, mais aussi d’autres produits essentiels tels que le gaz de cuisson, la farine, les fertilisants ou encore le kérosène, à des prix proches de la gratuité.

La nouvelle loi qui vient d’être votée permettra de mieux cibler l’aide et de couvrir les besoins d’approximativement 75% de la population vivant en milieu rural, et 50% de ceux qui vivent dans les villes. Ce programme propose de fournir entre 5 et 7 kilos de céréales par mois et par personne au prix d’une roupie le kilo.

Des mesures complémentaires prévoient des allocations pour les femmes enceintes et les jeunes mamans, et la distribution de repas aux enfants. Actuellement, dans les écoles publiques indiennes, tous les jours 120 millions d’écoliers reçoivent un repas gratuit. Le droit des enfants à l’alimentation sera désormais inscrit dans la Constitution.

Critiques et controverses

Dans les années 1950-60, l’Inde devait recourir aux importations pour subvenir aux besoins de sa population en nourriture. La mécanisation de l’agriculture et l’usage intensif des engrais a depuis permis à ce pays de devenir un géant agricole et autosuffisant. Mais, faute d’infrastructure adéquate pour entreposage de ses productions, l'Inde n’arrive toujours pas à répondre aux besoins alimentaires de l’ensemble de sa population.

La hausse des prix des denrées alimentaires, ces dernières années, a aggravé la situation. Selon un responsable d’Action contre la faim, interrogé par le journal catholique La Croix, « un tiers des humains sous-alimentés vivent en Inde ».

Une étude publiée l’an dernier indiquait que 42% des enfants de moins de 5 ans étaient sous-alimentés et 58% d’entre eux présentaient un retard de croissance lié à la malnutrition. Ces chiffres avaient été qualifiés de « motif de honte nationale » par le Premier ministre Manmohan Singh. Les spécialistes du développement, dont l’Indien Amartya Sen, prix Nobel de l’économie, avaient alors fait campagne pour que l’Etat indien prenne le taureau par les cornes pour remédier à la situation. Le nouveau programme d’aide alimentaire lancé par le gouvernement répond aux besoins évidents de la population. Pour autant, le projet ne satisfait en Inde ni la gauche ni la droite.

Les critiques suscitées par « la loi pour la sécurité alimentaire » sont de trois ordres. La gauche communiste rappelle que le projet initial inscrit dans les promesses de campagne de 2009 du parti du Congrès prévoyait l’attribution de 35 kilos de céréales par ménages. Les familles bénéficiaires devront maintenant se contenter de 5 fois moins !

L’opposition de droite n’a pas manqué de rappeler, pour sa part, l’opportunisme du gouvernement, qui a introduit ce projet d’aide alimentaire à seulement 8 mois des législatives. Elle a qualifié l'initiative de « populiste », mais a tout de même voté en faveur de la loi, de peur d’être perçue par l’électorat comme « anti-pauvre ». Enfin, les critiques s’inquiètent du coût de ce programme d'aide qui alourdit la facture des subventions pour la porter à près de 20 milliards de dollars, alors que l’économie indienne traverse une période de turbulence extrême avec la croissance en baisse et la dégringolade de la monnaie nationale.

Plus grave encore, estiment les experts, le système de distribution de denrées subventionnées en place, grevé de dysfonctionnements graves (vols, détournements, infrastructures inadéquates…) est incapable de prendre en charge la gestion d’un programme d’aide ambitieux.

Pour entrer en vigueur, ce projet de loi pour la sécurité alimentaire devra être entériné par la Chambre haute avant le 6 septembre, date de clôture de la session de mousson du Parlement indien.

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