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Birmanie

Birmanie: Rangoon annonce la libération de tous les prisonniers politiques

Yan Naing Tun (au centre) s'est adressé à la presse à sa sortie de prison. Derrière lui, un autre prisonnier libéré : Aung Min Naing. Rangoon, le 31 décembre 2013.
Yan Naing Tun (au centre) s'est adressé à la presse à sa sortie de prison. Derrière lui, un autre prisonnier libéré : Aung Min Naing. Rangoon, le 31 décembre 2013. REUTERS/Soe Zeya Tun
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La Birmanie a franchi un nouveau pas sur le chemin des réformes et de l’ouverture. Quelques heures avant la fin de l’année 2013, Rangoon a annoncé qu’il n’y avait « plus de prisonniers politiques ». Mais le doute persiste sur le nombre de prisonniers concernés par cette amnistie et sur le sort de plus de 200 personnes qui attendent leur procès.

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« Le président a tenu sa promesse faite au peuple qu’il n’y a plus de prisonniers politiques à la fin de 2013 », a déclaré sur sa page Facebook le porte-parole du président, Ye Htut, sans pour autant annoncer combien de prisonniers doivent être libérés et quand précisément ils pourront quitter la prison.

Au moins neuf prisonniers politiques ont retrouvé la liberté ce mardi 31 décembre, selon l’AFP. Parmi eux : Yan Naing Tun, condamné à huit mois de prison pour avoir participé à une marche pour la paix dans l’Etat Kachin dans le nord du pays, région régulièrement secouée par des affrontements entre l’armée et les rebelles de la minorité ethnique kachin. « Je respecte le président pour avoir tenu sa promesse », a déclaré Yan Naing Tun à sa sortie de prison, où une centaine de personnes attendaient leurs proches.

« C’est un pas important », selon HRW

« C'est un pas important », estime David Mathieson de l’organisation pour la défense des droits de l’homme Human Rigths Watch (HRW) interrogé par RFI. « Le nombre de prisonniers politiques concernés par les libérations reste contesté, mais il doit encore y en avoir entre 30 et 40. La grande majorité sera libérée dans les prochains jours. »

Cette amnistie s’inscrit dans la droite ligne des réformes entamées après la dissolution de la junte en mars 2011 par le président réformateur Thein Sein. A l’époque, les organisations des droits de l’homme accusaient la Birmanie de détenir quelque 2 000 prisonniers de conscience. Depuis, le nouveau régime, soucieux de regagner la confiance de la communauté internationale et de mettre fin aux sanctions occidentales, a libéré des centaines d’opposants, moines, journalistes ou avocats. La plus importante vague de libération intervient en janvier 2012, lorsque le gouvernement relâche plusieurs centaines de prisonniers et, parmi eux, quelques-uns des plus célèbres prisonniers politiques, leaders du mouvement étudiant de 1988 et moines impliqués dans la vague de protestation de 2007.

La junte au pouvoir pendant près d’un demi-siècle avait toujours nié l’existence des prisonniers politiques. C’est à la fin de 2012 que le gouvernement de Thein Sein a finalement créé un comité pour les « définir » au sein de la population carcérale. Depuis le début des travaux de ce comité en février 2013, 354 d’entre eux ont retrouvé la liberté, selon le porte-parole du gouvernement Ye Htut. A l’occasion de sa première visite à Londres en juillet dernier, le président Thein Sein est allé plus loin, en annonçant sa volonté de libérer tous les prisonniers de conscience avant la fin de l’année.

Les familles de prisonniers attendent la libération de leurs proches devant la prison Insein. Rangoon, le 31 décembre 2013.
Les familles de prisonniers attendent la libération de leurs proches devant la prison Insein. Rangoon, le 31 décembre 2013. REUTERS/Soe Zeya Tun

Un signal envoyé à la société civile birmane

Simple geste de bonne volonté ou stratégie payante pour gagner les faveurs des capitales étrangères ? « Bien sûr, ces dernières années, des prisonniers ont été relâchés pour apaiser l'opinion publique, mettre fin aux sanctions et attirer des investissements, estime David Mathieson de Human Rights Watch basé à Rangoon. « Cette fois-ci, c'est en partie parce que le président l'avait promis, mais aussi pour envoyer un signal à la société civile et aux militants birmans, pour dire que le gouvernement est sur la bonne voie. »

Même si aujourd’hui, grâce aux réformes engagées par Thein Sein, presque toutes les sanctions occidentales sont levées, les défenseurs des droits de l’homme appellent à rester vigilant. « Il ne faut pas oublier que de nombreuses personnes sont encore jetées en prison ou accusées devant les tribunaux parce qu'il existe toujours des lois très répressives », met en garde David Mathieson. « Ne croyons pas que ces libérations sont la fin de l'histoire, ça n'est pas le cas. Le gouvernement doit entamer une profonde réforme de son système judiciaire pour priver les autorités locales de ces moyens répressifs ».

Le doute persiste par ailleurs sur le sort de près de 200 personnes en attente de leur procès, accusées pour la plupart d’avoir participé à des manifestations illégales.

Selon Mireille Boisson de l’ONG Amnesty International, interrogée par RFI, les charges contre ces activistes ne seraient pas annulées mais seulement suspendues. Le flou entoure aussi les arrestations dans l’Arakan, à l’ouest de la Birmanie, où les autorités ont jugé de façon arbitraire de nombreuses personnes en marge de violences religieuses. Les organisations des droits de l’homme ne disposent d’aucun chiffre fiable sur le nombre de détenus de conscience dans cette région reculée.

→ A ECOUTER : Flou sur la situation des prisonniers politiques en Birmanie selon Amnesty International

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