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Culture

Au musée Guimet se dessine le futur de l’Asie

Sophie Makariou, 47 ans, présidente du Musée national des arts asiatiques – Guimet (Mnaag) qu’elle nomme affectueusement « Le Louvre de l’Asie ».
Sophie Makariou, 47 ans, présidente du Musée national des arts asiatiques – Guimet (Mnaag) qu’elle nomme affectueusement « Le Louvre de l’Asie ». Didier Plowy / MNAAG

« Il est temps qu’on se montre au monde » s’exclame Sophie Makariou du Musée national des arts asiatiques-Guimet (Mnaag) à Paris. Nommée en 2013, la nouvelle présidente dévoile pour RFI les grandes orientations pour 2014 du plus grand musée d’art asiatique en dehors de l’Asie. Dynamique et déterminée, celle qui a mené à bien la création du département des Arts de l’Islam au Louvre promet de faire « visiter le musée Guimet tout différemment » et d'être exemplaire, « y compris quand on a fait des erreurs ».

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Le musée Guimet est né la même année que la Tour Eiffel, en 1889. En 2014, que représente et symbolise le Musée national des arts asiatiques à Paris ?

En 2014, le musée est une des plus belles collections d’art asiatique au monde avec une vocation : retracer toute l’histoire des arts de l’Asie et de ces différentes civilisations, être aussi un lieu de compréhension de ces religions, mais également un lieu qui reste tourné vers le futur de l’Asie et non pas un musée uniquement d’art ancien de l’Asie.

Actuellement, vous présentez l’exposition Angkor, naissance d’un mythe, prolongée jusqu’au 27 janvier, un très grand succès. Peut-on dire que la collection khmère est un peu la « Mona Lisa » du musée Guimet ?

La collection khmère est absolument fondamentale. Elle est installée dans l’espace le plus prestigieux du musée, la cour. Elle accueille le visiteur avec la Chaussée des géants du Preah Khan d’Angkor qui fait onze tonnes et représente ce grand « naga », un grand serpent à multiples têtes. Oui, la collection khmère est une « Mona Lisa », c’est la plus belle collection d’art khmer en dehors du Cambodge. Elle parle très immédiatement à notre sensibilité ; il y a une grande fluidité, une grande élégance de formes qui sont une très bonne façon de s’introduire dans l’Asie du Sud-Est, l’Inde étant tout proche, étant en fait là aussi un peu la mère de tous les arts. Donc il faudrait presque commencer par l’Inde pour aller vers le reste.

Vous avez été nommée en 2013. Quel changement principal allez-vous lancer en 2014 pour le musée Guimet ?

Je dirais qu’il s’agit de reconnecter ses hémisphères. Ce musée est un seul département pour les musées nationaux, c’est LE département national des Arts asiatiques. Je parlais des liens entre l’Inde et l’art khmer. Il y a des lieux par lesquels il faut passer et repasser pour comprendre les voisins. Ce qui m’intéresse, c’est de montrer les connexions entre ces différents ensembles dans cette Asie lointaine. Qu’on a besoin de l’Inde et de la Chine pour comprendre une très grande partie de ce monde. Qu’il y a finalement un monde « indienisé » et un monde « sinisé ». C’est extrêmement important de ne pas visiter les collections comme des pièces isolées. Pouvoir emmener nos visiteurs à faire des liens entre les collections, c’est faire visiter le musée tout différemment.

Qu’est-ce qui manque actuellement au musée ?

Il lui manque cruellement ces outils de compréhension que sont des notices rédigées clairement, une cartographie abordable, des textes de synthèse historique. Jusqu’ici, le visiteur est assez démuni. Et il est aussi démuni pour comprendre l’iconographie complexe, par exemple du bouddhisme. Il faut revenir à nos fondamentaux. Guimet voulait que ce musée soit aussi un lieu d’enseignement et finalement on est beaucoup dans une approche esthétique, ce qui est fondamental, mais je ne crois pas que l’on sorte du musée ayant toujours compris.

Portrait présumé de Jayavarman VII (fin XIIe - début XIIIe siècle) dans l'exposition « Angkor, naissance d’un mythe » au Musée Guimet.
Portrait présumé de Jayavarman VII (fin XIIe - début XIIIe siècle) dans l'exposition « Angkor, naissance d’un mythe » au Musée Guimet. Siegfried Forster / RFI

Cela est votre projet scientifique et culturel, est-ce cela va aboutir à un projet concret comme une exposition en 2014 ?

Cela passe moins par la politique d’exposition, même si cela commence à se faire remarquer par le fait que pour la première fois on met des textes bilingues comme c’était déjà le cas dans l’exposition Angkor. Cela va devenir systématique. Ce travail se remarque surtout dans les collections. Et puisque je pense que l’Inde est la mère de toutes les civilisations de l’Asie, on commence en 2014 par la section indienne. Petit à petit, on étendra cette leçon au reste du musée.

Quelles sont vos ambitions concernant la fréquentation du musée qui avait baissé de moitié pendant la dernière décennie ? Et quel est le budget pour 2014 ?

On est à 8 millions d’euros. C’est l’établissement public qui a le plus petit budget [pour un musée national, ndlr]. Il est en baisse, parce qu’on n’a pas encore compris qu’il faut « rebaser » ce budget. On arrive à peine à assurer la bonne tenue des installations et il est très difficile de faire des expositions, de la communication. À nous aussi, bien sûr, à chercher et à développer des ressources nouvelles, mais on ne peut pas non plus tout faire dans cette période de crise par le biais du mécénat. Il faut être réaliste. L’objectif de la fréquentation est de revenir aux alentours de 400 000 visiteurs, c’est une fréquentation « raisonnable ». Après, on verra comment on peut raisonnablement songer à une croissance. Cela passe par une réflexion sur les horaires d’ouverture et une programmation dynamique, attrayante.

Fréquentation du musée :

2001 : 440 000
2006 : 246 000
2010 : 243 000
2011 : 252 000
2012 : 290 000
2013 : autour de 390 000
(dont 25 % étrangers)

Malgré ce petit budget, vous avez un rayonnement international très important, toute l’Asie, l’Inde, la Chine, etc. En tant que présidente du musée Guimet est-on toujours aussi un peu ambassadrice ?

Oui, bien sûr. Et le musée est une ambassade de tous les pays d’Asie à Paris. Ça, c’est mon credo. C’est ma conviction profonde. Je l’ai exercée dans d’autres fonctions, quand j’ai mis en place le département des arts de l’Islam au musée du Louvre. Ici, on est sur un cas de figure assez proche, c'est-à-dire qu’il ne faut pas cesser de répéter que, effectivement, c’est un lieu formidable de compréhension de l’Asie, un lieu d’échange, une vitrine, y compris pour des pays qui sont parfois, hélas, en déficit d’image comme la Chine. C’est très important pour nous d’appuyer sur une meilleure connaissance de la Chine. Ce n’est pas une puissance émergente, c’est une puissance qui a émergé. On est sur un segment d’un monde qui est en train d’émerger. C’est le monde du 21e siècle. L’Asie est en train de reprendre la place essentielle qu’elle a eue dans l’histoire. Et le musée national des arts asiatiques Guimet est un lieu pour le comprendre.

En 2014, est-ce qu’il y a des pièces, des œuvres à restituer à d’autres pays ?

L’historique des collections est très sûr. Les collections comme les collections cambodgiennes sont très encadrées. Elles sont entrées il y a très longtemps, il n’y a pas de débat. Il y a une vigilance réelle à avoir sur certains sujets. Peut-être le musée ne l’a pas toujours eue autant qu’il le devrait sur certains segments de l’archéologie, le plus préoccupant étant la Chine. Aussi tout simplement, parce qu’il y a eu une explosion du marché de l’art en ce domaine. C’est à nous d’être extrêmement vigilants et je dirais être exemplaires, y compris quand on a fait des erreurs.

Le musée virtuel est-ce pour vous une possibilité ou une nécessité pour élargir le public du musée Guimet ? Est-ce que des projets comme le Google Art Project sont une option pour vous ?

Oui, ces choses-là, ces partenariats sont à mon sens tout à fait envisageable. Ce sont des collections extrêmement importantes, physiquement peu exposées, parce que la masse des collections ne peut pas être présentée dans les murs. Il faut tout simplement sortir de ses murs et reprendre son bâton de pèlerin pour faire des expositions à l’étranger, ce qu’on a très peu fait ces dernières années. Donc il est temps qu’on se montre au monde.

C'est un lieu qui reste tourné vers le futur de l’Asie.

Sophie Makariou, présidente du musée des arts asiatiques-Guimet.

À l’occasion du cinquantenaire des relations diplomatiques franco-chinoises, deux expositions d’envergure sont prévues au musée des arts asiatiques-Guimet :  

- Sublimes matières, à travers 5000 ans de création en Chine (18 mars - 2 juin 2014)
Une exploration poétique à travers les matières qui sont la quintessence de l’art chinois : la soie, le jade, le bronze, le laque, le papier et l’encre, la porcelaine…

- Les Han, l’Essor de la Chine impériale (Titre de travail)
Grâce au prêt exceptionnel d’oeuvres majeures provenant des musées de nombreuses provinces chinoises, le Guimet présentera un brillant panorama de la création sous les Han (206 av. J.-C. – 220 ap. J.-C.), depuis la peinture jusqu’aux bronzes, aux céramiques et aux objets de laque, parcourant l’ensemble de la création artistique, de la délicatesse de l’objet jusqu’aux sculptures monumentales. (Octobre 2014 au janvier 2015, dates provisoires).

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Site officiel du musée Guimet

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