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Bangladesh

Bangladesh, un an après le drame du Rana Plaza

Fatema a perdu son fils Nurul Karim et sa fille Arifa dans la catastrophe du Rana Plaza, le 24 avril 2013.
Fatema a perdu son fils Nurul Karim et sa fille Arifa dans la catastrophe du Rana Plaza, le 24 avril 2013. REUTERS/Andrew Biraj
11 mn

Un an après l’effondrement du Rana Plaza qui a tué plus de 1 100 ouvriers du textile et fait plus de 2 000 blessés dans la banlieue de Dacca, au Bangladesh, il reste encore fort à faire en termes de sécurité et de respect du droit du travail, mais des avancées inédites ont eu lieu en termes de salaires.

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Seule la moitié des marques étrangères aident à l'indemnisation pour l'instant

C’était il y a un an, le 24 avril 2013. 1 138 ouvriers, des femmes principalement, perdaient la vie dans l’effondrement du Rana Plaza, un immeuble de neuf étages, vétuste et fissuré, qui abritait des ateliers textiles à Savar, dans la banlieue de Dacca, la capitale du Bangladesh. Cette tragédie a mis un coup de projecteur sur les conditions de sécurité et de travail déplorables des ouvriers dans ce pays. La course au rendement oblige ces employés à travailler de longues heures, dans des conditions dangereuses, pour une rémunération de misère. Les ouvriers bangladais étaient les moins bien payés au monde. Moins d’un euro par jour.

Des sauveteurs tentent de libérer des victimes bloquées sous les décombres du Rana Plaza à Savar, à 30 kilomètres de Dacca, au Bangladesh, le 24 avril 2013.
Des sauveteurs tentent de libérer des victimes bloquées sous les décombres du Rana Plaza à Savar, à 30 kilomètres de Dacca, au Bangladesh, le 24 avril 2013. REUTERS/Andrew Biraj/

Le salaire des ouvriers augmenté de 80%

Depuis la catastrophe, et après des semaines de mobilisation, des avancées considérables en termes de salaires ont vu le jour. Un salaire minimum mensuel de 5 300 taka, soit 50 euros, a été instauré, ce qui représente une hausse de près de 80%. Pourtant, cette somme est encore loin du compte pour Jirky Raina, secrétaire général du syndicat IndustriALL Global Union. « Au lieu de 28 euros par mois, les ouvriers du textile touchent 50 euros par mois. La somme est toujours ridicule, et ce n’est pas encore un salaire digne, mais c’est un premier pas »

Cette hausse de salaire est une goutte d’eau pour les grands groupes textiles, comme pour les consommateurs occidentaux, poursuit Jirky Raina : « Même si on double les salaires au Bangladesh, la répercussion sur les vêtements, un tee shirt par exemple, est peut-être de vingt centimes uniquement. Le coût pour le consommateur n’est pas énorme, donc il n’y a aucune raison de ne pas poursuivre les hausses de salaire pour parvenir à un montant digne. »

Le fonds d’indemnisation lent à compenser les victimes

Un fonds d’indemnisation des victimes a été mis en place par 166 grands groupes textiles, sous la supervision de l’Organisation internationale du travail (OIT) et des syndicats. Objectif : indemniser les familles des victimes et les 2 000 rescapés. Mais ce fonds n’a pas réussi à lever les 40 millions de dollars (29 millions d’euros) prévus. « Jusqu’à présent nous n’avons que 7 milliards de dollars dans nos coffres, donc c’est très peu par rapport à ce qu’il nous faut », déplore Gilbert Houngbo, directeur général adjoint de l'Organisation internationale du travail.  « Le problème c’est que les distributeurs internationaux ne sauraient être tenus légalement responsables », explique-t-il.

Etant donné qu’aucune loi n’oblige ces groupes à payer, moins de la moitié des 29 enseignes impliquées dans la catastrophe du Rana Plaza ont accepté d’abonder ce fonds. Interrogées à ce propos, les enseignes contactées, Camaïeu, Carrefour, H&M, ont refusé de s’exprimer publiquement. Le groupe Camaïeu affirme, hors micro, avoir été victime de sous traitance illégale. Il accepte cependant de verser des indemnités. Même chose pour le Suédois H&M. Le groupe français Carrefour, dont, lit-on dans la presse, les étiquettes auraient été retrouvées dans les décombres, nie catégoriquement toute implication dans la catastrophe du Rana Plaza. Son porte-parole précise, hors micro, ne pas être non plus victime de sous-traitance illégale, dans la mesure où une cinquantaine d’employés ont pour mission, sur place, de veiller à ce que les 44 usines de textiles qui fabriquent leur vêtements soient sécurisées. Le groupe refuse donc de verser des indemnités.

Les familles des victimes de l'effondrement du Rana Plaza se se sont rassemblées à Sava pour commémorer le premier anniversaire du drame.
Les familles des victimes de l'effondrement du Rana Plaza se se sont rassemblées à Sava pour commémorer le premier anniversaire du drame. REUTERS/Andrew Biraj

Pourtant la contribution demandée aux entreprises s’élève à moins de 0,2% de leurs profits, fustigent les syndicats. Alors comment expliquer ce manque d’engagement de la part de groupes présents sur le terrain ? Ben Vanpepertraete, du syndicat Uni Global, qui travaille sur ce dossier, croit savoir pourquoi : « Certains entreprises craignent qu’une contribution au fonds d’indemnisation, soit considérés comme un aveu de culpabilité. Les marques ne sont pas prêtes à prendre leur responsabilité morale dans cette affaire. »

Il y a eu toutefois des donateurs. Le premier, le groupe irlandais Primark, fabriquant de jeans à moins de 10 euros, a versé 12 millions de dollars dont 9 millions directement aux familles des victimes et aux rescapés. Les sociétés américaines comme Gap, Wal-Mart, espagnoles comme El Corte Ingles, Mango, les marques allemandes KIK, ou encore britanniques Premier Clothing et Bonmarché, ont contribué. Le français Auchan campe sur ses positions et refuse d’apporter un centime, alors que des vêtements de sa marque Extenso ont été produits sur les lieux de la catastrophe. Ce 24 avril, les associations Sherpa, Peuples Solidaires et le Collectif Ethique sur l'étiquette déposent une plainte auprès du Parquet de Lille contre le groupe Auchan.

La sécurité des usines toujours problématique

Les ateliers vétustes sont dorénavant inspectés par les donneurs d’ordre : une association dominée par les Européens, baptisée Accord, et une organisation concurrente majoritairement américaine nommée Alliance. Pour le moment,  seulement le quart des 4 000 usines a été contrôlé. « On a maintenant inspecté 300 usines, on inspecte 45 sites par semaine », explique Ben Vanpeperstraete, du syndicat Uni Global. « On a dû prendre des décisions très difficiles et très impopulaires : fermer plusieurs usines qui avaient des problèmes de structures tels qu’on craignait qu’un deuxième Rana Plaza se produise. Mais les salariés vont continuer à être payés. » Tous les ateliers du pays ne pourront pas être inspectés, d’autant que certains sont clandestins. Ils travaillent en sous traitance pour les entreprises bangladaises qui fournissent les grandes enseignes occidentales.

Un an après l'effondrement du Rana Plaza, beaucoup trop de victimes et de familles sont au bord de la grande pauvreté, dénonce Human Rights Watch.
Un an après l'effondrement du Rana Plaza, beaucoup trop de victimes et de familles sont au bord de la grande pauvreté, dénonce Human Rights Watch. REUTERS/Andrew Biraj

Les exportations de textiles du Bangladesh au beau fixe

Malgré ce drame, les exportations de textiles ont augmenté de 10% en un an. Valeur totale : 23 milliards de dollars en 2013. Le secteur occupe aujourd’hui 4 millions de personnes dans ce pays de 150 millions d’habitants. Le Bangladesh est devenu le second exportateur de textile dans le monde, après la Chine, mais devant l’Inde voisine. Les enjeux économiques pour Dacca sont donc cruciaux. Peut-on espérer une prise de conscience de la part des autorités du pays, sachant que la plupart des propriétaires des usines de textiles sont membre du gouvernement ?

Ça arrive que de grands groupes communiquent via des codes de conduite, des chartes éthiques et mettent en avant un certain nombre de leurs actions en faveur du respect des droits fondamentaux, de l'environnement (.../...) sans qu'il y ait de véritables sanctions par rapport à la réalité d'une situation (.../...)Ce sera à la justice de déterminer le lien de causalité entre Auchan, les étiquettes retrouvées au Rana Plaza et le rôle du sous-traitant bien sûr !

Sofia Lakhdar, directrice de l'ONG Sherpa qui porte plainte contre Auchan

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