Irak

Irak: spectaculaire offensive des jihadistes de l'EIIL

Les combattants de l'EIIL d'après une vidéo diffusée le 4 janvier 2014.
Les combattants de l'EIIL d'après une vidéo diffusée le 4 janvier 2014. AFP PHOTO / AL-FURQAN MEDIA "

Les jihadistes de l'Etat islamique en Irak et au Levant se sont emparés en quelques heures de la totalité de la province de Ninive et d'une partie de la province de Kirkouk. Un assaut spectaculaire face auquel les autorités irakiennes semblent impuissantes. 

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Des centaines d'insurgés de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) se sont emparés de six secteurs de la province de Kirkouk. Un assaut qui intervient surtout après la prise mardi matin de l'ensemble de la province de Ninive et de son chef-lieu Mossoul, la deuxième ville du pays, dans le nord de l'Irak. Une prise importante qui risque de changer le cours des évènements en Irak mais aussi en Syrie.

Le secrétaire général de l'ONU fait part ce soir de son inquiétude concernant la situation en Irak. Ban Ki-moon appelle les dirigeants du pays à faire preuve d'unité.

Washington souligne que l'EIIL « représente une menace pour la stabilité de l'Irak, mais aussi pour celle de toute la région », indique dans un communiqué la porte-parole du département d'Etat, Jen Psaki. 

« Nous avons vu l’Etat islamique en Irak et au Levant se renforcer au cours du temps en Syrie, et c’est une question qui nous préoccupe depuis des mois. Et nous avons vu, en observant la situation en Syrie, les débordements et leur impact... impact dans le recrutement, les stocks de munitions, les ressources, sur les combats en Irak… Cela nous inquiète beaucoup et il faut être clair, surtout avec les événements en Syrie et ce qui se passe en Irak, le danger que ce groupe (EIIL) représente n’est pas seulement une menace pour l’Irak, et pour sa population, mais une menace pour toute la région.
Nous suivons la situation de près, et nous pensons que cette menace souligne la nécessité pour les Irakiens de travailler ensemble et de faire face à la menace 
», précise Jen Psaki, la porte-parole de John Kerry.

Le porte-parole du Parlement irakien lance un appel aux Etats-Unis

« J'ai parlé à l'ambassadeur des États-Unis et je lui ai demandé l’application de l'accord stratégique signé entre nos deux pays qui stipule que les Américains apportent un soutien en cas d’attaque terroriste. Les Américains ont promis d’étudier la question en toute urgence. J’ai demandé également une aide à la communauté internationale pour soulager les personnes déplacées », a déclaré Oussama al-Noujaifi, porte-parole du Parlement irakien à la télévision irakienne.

Oussama al-Noujaifi a aussi ajouté : « Quant à la participation des forces militaires de la région autonome du Kurdistan, cette question est essentielle. Le terrorisme ne se limitera pas à Ninive, mais il attaquera la région du Kurdistan si on ne prend pas l'initiative d’apporter de l'aide à l'armée et la police avec l’appui de la communauté internationale ».

Le pouvoir central semble perdre la main

Au pied du mur, le Premier ministre Nouri al-Maliki demande au Parlement irakien de décréter l’état d’urgence et décide de lever une armée de civils.

Tout citoyen prêt à combattre est appelé à rejoindre les troupes gouvernementales. Des troupes affaiblies dans leurs rangs : des soldats totalement démoralisés et épuisés par des mois de lutte contre les insurgés sunnites, alliés de circonstance aux groupes jihadistes.

Ces combats auraient pu être évités si le Premier ministre chiite Nouri al-Maliki avait joué la carte de l’apaisement avec la communauté sunnite qui s’estime marginalisée. Partisan de la manière forte, Nouri al-Maliki a remporté les élections législatives d’avril dernier sans être encore parvenu à former une coalition de gouvernement.

C’est dans ce contexte politique que les islamistes ont intensifié leurs attaques. Aujourd’hui, le pays se morcelle sous leurs assauts répétés, faisant planer la menace d’un effondrement complet de l’Etat irakien.

L'ascension fulgurante d'Abou Bakr al-Baghdadi, leader de l'EIIL

Abou Bakr al-Baghdadi est un islamiste irakien né à Samarra en 1971. On connaît très mal son parcours durant ses années de jeunesse. En revanche, dès le 4 octobre 2011, il figure sur la liste des terroristes les plus recherchés par le gouvernement américain, qui offre une prime de 10 millions de dollars pour sa capture. Cela fait de lui l'un des trois chefs islamistes les plus recherchés au monde avec le mollah Omar et Ayman al-Zawahiri, le chef d'al-Qaïda.

Un Ayman al-Zawahiri dont il brave justement l'autorité. En avril 2013, Abou Bakr al-Baghdadi annonce avoir rebaptisé l'État islamique d'Irak sous le nom d'État islamique en Irak et au Levant (comprendre : en Syrie). Le chef d'al-Qaïda est furieux qu'al-Baghdadi prône une fusion entre l'EIIL et le Front al-Nosra, groupe radical, majoritairement composé de combattants syriens actifs en Syrie. Problème : al-Nosra refuse, et c'est une guerre sans merci qui dorénavant les oppose.

En Syrie, c'est dans la région de Deir Ezzor, dans l'Est riche en pétrole, que ces partisans sont le mieux implantés. En contrôlant la région de Ninive et Mossoul, également riche en pétrole, Abou Bakr al-Baghdadi se dote ainsi de ressources considérables et contrôle à présent un territoire en partie situé en Syrie et en partie dans l'est de l'Irak.

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