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Chine

En Chine, la lutte anti-corruption permet à un clan de s’affirmer

Xi Jinping, président chinois, lors d'une cérémonie à Pékin, en novembre 2013.
Xi Jinping, président chinois, lors d'une cérémonie à Pékin, en novembre 2013. REUTERS/Jason Lee/Files
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Le président chinois, Xi Jinping, se montrera intransigeant contre la corruption au sein de l'armée. Il l'a promis en fin de semaine dernière. Quelques jours plus tôt, la mise en examen de Zhou Yongkang, un ancien chef des services de sécurité intérieure, a été annoncée officiellement. La campagne anti-corruption lancée l'an dernier en Chine se poursuit et s'intensifie.

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Depuis le début de l'année, les enquêtes ouvertes pour corruption en Chine impliquent plus de 25 000 personnes, selon Chine Nouvelle. Cela représente une augmentation de 14 % par rapport à la même période de l'année dernière. Le mot d'ordre de cette campagne ? Combattre les « mouches et les tigres », c'est-à-dire les petits et les hauts fonctionnaires. Des personnalités de haut rang sont d'ailleurs touchées. Avec Zhou Yongkang qui a été ministre de la Sécurité, c'est la première fois qu'un ancien membre du comité permanent du bureau politique du Parti communiste chinois fait l'objet d'une enquête pour corruption.

Renforcer le pouvoir d'un homme et d'un clan

Selon Jean-François Di Meglio, il y a d'ailleurs un motif politique derrière cette opération d'assainissement des institutions chinoises. Le président d'Asia Centre explique qu'il s'agit de « renforcer le pouvoir d'un seul homme et des personnes qui sont autour de lui pour appliquer des réformes qui ne peuvent jamais être appliquées en Chine, parce que le système politique chinois est un système consensuel où l'on est obligé de tenir compte de plusieurs clans. Or là, un clan est en train de s'affirmer et va faire ce qu'il veut. »

Et pour ce spécialiste, la campagne anti-corruption est politique à un autre niveau également : « Il y a un ras-le-bol de la population chinoise, une volonté de changement du système. Et la première chose qui lui est reprochée dans l'opinion publique, c'est la corruption. »

Au-delà des acteurs politiques, les acteurs économiques sont aussi visés. La Cour des comptes chinoise a épinglé le fonds souverain China Investment Corporation et deux banques après un audit. A l'issue de cette opération de transparence qui s'inscrit dans la politique de lutte contre la corruption, le montant de leurs opérations frauduleuses a été quantifié à 3,7 milliards d'euros.

Pour Mary-Françoise Renard, responsable de l'Institut de recherche sur l'Economie de la Chine au CERDI : « Cela veut dire que les autres banques ont intérêt à remettre les choses dans les clous. Il y a une très grande opacité de la gestion des banques publiques. » Et l'universitaire d'asséner : « Le message est clair. Si l'on ne met pas un peu d'ordre, le gouvernement va intervenir. Il faut, donc, que les banques commencent à gérer les choses proprement et limitent la corruption. »

Des entreprises étrangères dans le viseur

Les enquêtes ne ciblent pas que les institutions chinoises. Des entreprises étrangères aussi sont visées. Le laboratoire pharmaceutique britannique GlaxoSmithKline, par exemple, est au cœur d'un scandale de corruption. Jean-François Di Meglio y lit, là encore, un message du pouvoir chinois. Les entreprises étrangères sont parfois accusées d'avoir gagné trop d'argent. « Mais il est très difficile de faire passer ce message-là, explique le président d'Asia Centre. C'est pourquoi on s'en prend aux éléments de corruption qui auraient permis d'obtenir des informations particulières. »

L'une des conséquences de cette lutte contre la corruption, c'est pour Jean-François Di Meglio l'installation d'un climat de défiance. Au niveau politique, l'opinion publique risque de finir par considérer que tout le parti communiste est corrompu.

Sur le plan économique, à moyen terme un assainissement des institutions peut être rassurant pour les investisseurs étrangers. Mais, dans l'immédiat cela peut rendre la situation confuse. Et Jean-Philippe Béja, chercheur au CNRS, explique que cela peut même freiner certains investissements. « En France, aux Etats-Unis, on n'a pas le droit de recourir à la corruption pour s'installer sur les marchés étrangers. Evidemment, cela fait rire tout le monde », raconte-t-il. Mais, il y a quelque temps un entrepreneur hongkongais lui a rapporté que la campagne anti-corruption « rend les choses beaucoup plus compliquées. C'est beaucoup plus difficile d'entrer sur le marché. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a plus de corruption. » Simplement que « cela n'est plus aussi facile qu'autrefois de faire des cadeaux ».

Les comportements changent en Chine et cela affecte le marché du luxe. Les exportateurs français de spiritueux, par exemple, pâtissent de la campagne qui encourage les officiels à ne plus s'afficher avec des bouteilles de bonne facture.

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