Vatican / Asie

Le pape François en terre de mission en Corée du Sud

Le Pape François à son arrivée à Séoul, ce 14 août 2014.
Le Pape François à son arrivée à Séoul, ce 14 août 2014. REUTERS/Hwang Gwang-mo/Yonhap

Cela faisait 25 ans qu'un pape ne s'était pas rendu en Corée du Sud. François est arrivé il y a quelques heures à Séoul pour une visite de cinq jours, qui sera l'occasion de nombreuses rencontres en marge des Journées asiatiques de la jeunesse catholique, qu'il présidera. C'est la première fois qu'il foule le sol asiatique en tant que souverrain pontife.

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Avec notre envoyé spécial à Séoul,Antoine-Marie Izoard et notre correspondant, Frédéric Ojardias

Le pape François a été accueilli à sa descente d'avion par la présidente coréenne Park Geun-hye. Lors de la cérémonie officielle à la Maison bleue, la résidence présidentielle, le pape a lancé un appel au dialogue aux deux Corées. L'Eglise coréenne bénéficie d’une excellente image en raison de son rôle dans la démocratisation du pays. En venant là, c’est toute l’évangélisation de l’Asie que le pape a en tête.

La réconciliation des deux Corées

L'arrivée de François à Séoul a néanmoins été « saluée » par le voisin nord-coréen par le tir de trois roquettes. La Corée du Nord ne tolère aucune liberté de religion et persécute ses chrétiens, dont le nombre est inconnu. Pour maintenir les apparences, Pyongyang a mis sur pied une association officielle catholique dont les représentants ont été invités à Séoul par le pape. Mais le régime a décliné l’invitation.

Le pape François s'adresse en anglais à tous les Coréens

Dans son tout premier discours sur le sol coréen - qu’il prononçait en anglais, une première pour lui -, le pape a encouragé les Coréens du Nord et du Sud à ne pas ménager leurs « efforts » en faveur « de la réconciliation et de la stabilité dans la péninsule ». Ces efforts, a-t-il dit devant la présidente sud-coréenne - sans jamais citer ni Séoul ni Pyongyang -, « constituent le seul chemin vers une paix durable ».

Puis le pape s’est fait plus précis en fournissant sa propre définition de la diplomatie, devant un parterre de responsables civils mais aussi de diplomates. « C’est un perpétuel défi d’abattre les murs de la méfiance et de la haine en promouvant une culture de réconciliation et de solidarité », a expliqué le pape avant de préciser que la diplomatie était faite d’écoute et de dialogue sereins, plutôt que de « récriminations mutuelles », de « vaines critiques » et de « l’usage de la force ». Le message était visiblement pour les deux Corées ! Au terme de son séjour, le 18 août, le pape François célébrera une messe dans la cathédrale de Séoul pour la réconciliation en Corée.

Le catholicisme en expansion en Corée

La Corée du Sud est un pays déjà très évangélisé. Si les 5 millions de catholiques sud-coréens ne représentent « que » 10% de la population, contre 18% de protestants (évangélistes) et 23% de bouddhistes, c’est la minorité religieuse qui croît le plus vite, avec 100 000 nouveaux baptêmes chaque année. C’est aussi une minorité qui dispose d’une influence politique, intellectuelle et économique considérable. Ainsi, 20% des députés sont catholiques. La présidente Park Geun-hye elle-même a été baptisée et a étudié dans une université jésuite à Séoul.

Le pape François pourrait inviter la riche et puissante Eglise de Corée du Sud à un examen de conscience, à se tourner en premier lieu vers les plus pauvres. Il devrait également appeler la société coréenne à protéger la dignité de l’homme, dans un pays au fort taux de suicide, mais aussi d’avortement.

La Corée, terre de mission

L’Eglise de Corée a une histoire unique : ses premiers catholiques se sont évangélisés eux-mêmes, 50 ans avant l’arrivée des prêtres français des Missions étrangères de Paris. Venu présider les sixièmes Journées asiatiques de la jeunesse catholique, le pape veut mettre à profit ce dynamisme de l’Eglise du pays pour faire de la Corée un centre missionnaire, en rappelant le témoignage éloquent des martyrs des XVIIIe et XIXe siècles.

« Les Missions étrangères de Paris ont beaucoup contribué à la croissance de l'Eglise en Corée dans son histoire, mais maintenant, c'est nous, les catholiques coréens, qui devons contribuer à l'Eglise universelle, surtout en Asie, assure le père Stéphane Baik, supérieur du séminaire de Séoul. Sans doute, la visite du pape François en Corée va encourager les catholiques coréens à aller dans les églises d'Asie et d'autres continents. Peut-être que les activités missionnaires coréennes vont accélérer pour aider les églises, surtout en Asie, qui ont besoin de prêtres. »

La Corée du Sud envoie déjà beaucoup de prêtres et de religieux en Asie, et ce mouvement pourrait s’accélérer, par exemple à destination de la Chine voisine. Signe l’intérêt du pape pour cet immense continent à évangéliser, il se rendra en janvier prochain au Sri Lanka et aux Philippines, le plus catholique des pays asiatiques.

→ À (RE)LIRE : Vers une doctrine du christianisme à la chinoise ?

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