Commerce et échanges

Xi Jinping en Inde pour renforcer les liens entre Pékin et New Delhi

Poignée de main entre le Premier ministre indien Narendra Modi (D) et le président chinois Xi Jinping à Ahmedabad, le 17 septembre 2014.
Poignée de main entre le Premier ministre indien Narendra Modi (D) et le président chinois Xi Jinping à Ahmedabad, le 17 septembre 2014. REUTERS/India's Press Information Bureau/Handout

Le président chinois Xi Jinping est en Inde pour une visite officielle de trois jours. C'est d'ailleurs une visite qu'avait appelée de ses vœux Narendra Modi, le Premier ministre indien, dès son élection en mai dernier. La Chine et l'Inde représentent à eux seuls 35% de la population mondiale, ce sont deux partenaires. Il s'agit d'une visite délicate, les relations entre les deux puissances sont empreintes de méfiance. Cette visite sera volontairement centrée sur le développement des relations économiques.

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Les ministres des deux pays ont bien avant cette rencontre indiqué que les revendications territoriales, très anciennes sources de tensions entre l'Inde et la Chine, ne seraient pas abordées. Disputes autour du Tibet bien sûr, et de l'Arunachal Pradesh, Etat indien revendiqué par la Chine. Des sujets qui fâchent, qui, sciemment ont été écartés des discussions qui se tiendront lors de cette visite. L'objectif ici, c'est de réaffirmer la relation économique très forte qui lie l'Inde à la Chine. Conforter et développer ces relations peut évidemment servir à terme d'autres intérêts, plus politiques, notamment côté chinois.

Des relations commerciales très déséquilibrées

La Chine est le premier partenaire commercial de l'Inde. L'Inde est, elle, le premier partenaire commercial de la Chine en Asie. Les échanges entre les deux pays sont de 65 milliards de dollars par an, mais ils sont très largement en faveur de la Chine. D'ailleurs en dix ans, le déficit commercial indien s'est creusé à toute vitesse. Il atteint aujourd’hui plus de 40 milliards de dollars contre 1 milliard au début des années 2000. C'est un déséquilibre qui irrite l'Inde, qui estime que la qualité de ses relations avec la Chine dépend aussi d'un équilibre de leurs échanges commerciaux.

Complémentarité et coopération

C'est un point sur lequel le président chinois s'est voulu plus rassurant. Dans une tribune publiée dans le journal The Hindu, Xi Jinping a souligné la complémentarité des deux nations sur le plan économique. Leur coopération permettrait de créer, a-t-il dit, la base de production la plus compétitive et le marché de consommateurs le plus attractif au monde.

Mary-Françoise Renard est responsable de l'IDREC, l'Institut de recherche sur l'économie de la Chine. Elle explique que « d’un côté la Chine est l’usine du monde. Et de l'autre, l’Inde est le fournisseur de services du monde. Et donc, si les deux pays réussissent à s’entendre, leur poids va être absolument dominant au moins en Asie. »

« L’idée de la Chine, poursuit la spécialiste, c’est vraiment d’avoir un rôle dominant en Asie, elle a besoin d’appuis et l’Inde représente un partenaire de premier choix, notamment par sa taille, par tous les points communs qu’il peut avoir avec la Chine. Là les deux pays ont un intérêt partagé, et la Chine a besoin de l’Inde pour asseoir sa puissance, son poids en Asie ».

Pour renforcer cette coopération, la Chine propose d'investir en Inde de façon conséquente. Le consul général chinois à Bombay a assuré que Xi Jinping s'engagerait sur plus de 100 milliards de dollars d'investissements, soit trois fois le montant promis tout récemment par le Premier ministre japonais à son homologue indien. Des investissements donc de la Chine en Inde, en infrastructure ferroviaire notamment, dont New Delhi a cruellement besoin. Des investissements aussi dans des zones industrielles. Des accords ont déjà été signés ce mercredi dont l'un pour la création d'un parc industriel financé par la Chine dans l'Etat du Gujarat, l'Etat dont est originaire le Premier ministre indien Narendra Modi.

Une nouvelle route de la soie

En trame de fond de cette visite, il y a aussi la nouvelle route de la soie que souhaite ériger le président chinois. Une route de la soie commercialement intéressante bien sûr, mais qui permettrait à la Chine d'assoir sa position de leader politique en Asie. La Chine court depuis des années derrière un objectif : son indépendance énergétique. Cette indépendance dépend aujourd’hui pour beaucoup du détroit de Malacca par lequel transitent les matières premières dont Pékin a besoin. Si ce détroit un jour devait fermer, la Chine aurait un sérieux problème d'approvisionnement. Pékin cherche donc aujourd’hui à contourner cette difficulté pour gagner en indépendance. C'est pour cette raison qu'avant New Delhi, Xi Jinping s'est rendu aux Maldives, et au Sri Lanka où des investissements ont été engagés pour la construction de ports notamment. La coopération économique, c'est aussi s'assurer du soutien politique de ses partenaires en Asie, et plus encore s'il s'agit de la deuxième puissance d'Asie et, à terme, contrebalancer l'influence politique et économique des Etats-Unis.

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