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Australie / Cambodge

L'Australie enverra désormais des demandeurs d'asile au Cambodge

Des manifestants protestent contre l'accord australo-cambodgien, le 26 septembre à Phnom Penh.
Des manifestants protestent contre l'accord australo-cambodgien, le 26 septembre à Phnom Penh. REUTERS/Samrang Pring
Texte par : RFI Suivre
4 mn

En mars dernier le Premier ministre australien fêtait 100 jours sans arrivée de boat people dans le pays. Aujourd’hui, le gouvernement franchit une nouvelle étape dans sa politique de refoulement (ou délocalisation) des réfugiés. Il vient de signer un protocole d’accord avec le Cambodge où il enverra ces exilés dont il ne veut pas contre une aide au développement. Les termes de l’accord restent flous, mais les critiques sont très vives. Jusqu’ici, les demandeurs d’asile étaient envoyés dans des camps en Papouasie Nouvelle-Guinée ou sur des îles du Pacifique.

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Avec notre correspondante à Phnom Penh, Anne-Laure Porée.

L’accord provoque un tollé à Phnom Penh. Pas seulement parce que l’Australie fuit ses responsabilités. Pas seulement parce qu’elle refuse aux réfugiés le moindre droit à la protection. Mais parce que le Cambodge n’est pas prêt à accueillir ces migrants. Certains ont l’impression que le pays a été purement et simplement acheté par cet accord à 40 millions de dollars. D’autres ajoutent que le Cambodge est pauvre et corrompu. Ils ne voient pas comment assurer correctement l’intégration de nombreux réfugiés. Ils s’inquiètent d’éventuels troubles sociaux.

Rassemblés ce matin devant l’ambassade d’Australie à Phnom Penh, des manifestants cambodgiens ont ainsi dit qu’ils refusaient, selon leurs propres termes, de devenir une poubelle pour migrants. Ils ont demandé aux autorités de s’occuper en priorité de la pauvreté et des droits des Cambodgiens.

Les responsables locaux répondent qu’avec cet accord le Cambodge pourra rendre honneur à l’accueil dont tant de ses citoyens ont bénéficié par le passé. Mais ceux qui accompagnent aujourd’hui les 70 réfugiés et 20 demandeurs d’asile enregistrés à Phnom Penh rappellent toutes les difficultés pour obtenir des papiers en règle, un travail, des soins médicaux. Dans la pratique, la protection de leurs droits n’est pas encore garantie.

Ils viennent d’Afghanistan, d’Irak, d’Iran et du Sri Lanka, via l’Indonésie

On ne sait pas encore combien de réfugiés sont concernés, ni combien l’Australie leur verserait pour les aider à s’établir au Cambodge : en août dernier, lors des premières rumeurs sur cet accord, le chiffre de 30 millions d’euros avait été évoqué pour la quasi-totalité des 1 000 réfugiés qui se trouvent actuellement sur la petite île de Nauru. En 2011, Canberra avait déjà engagé le même type de négociations avec la Malaisie, sans succès.

Car cette question des demandeurs d’asile agite l’Australie depuis des années. Ils viennent d’Afghanistan, d’Irak, d’Iran et du Sri Lanka, via l’Indonésie. L’an dernier, lors des élections, les deux camps avait rivalisé d’intransigeance sur le sujet : les travaillistes avaient recommencé, comme les conservateurs avant eux, à envoyer les clandestins dans l’ancienne colonie de Papouasie Nouvelle-Guinée. Puis, à peine élus, les conservateurs remorquaient les embarcations de clandestins vers l’Indonésie. Certains ont même été renvoyés au Sri Lanka, où ils sont poursuivis pour avoir illégalement quitté le pays.

Cette politique est vigoureusement dénoncée par les associations de défense des droits de l’homme, qui critiquent également les très mauvaises conditions de vie dans les camps de Papouasie Nouvelle-Guinée et de Nauru. « Le gouvernement a dit qu’aucune personne n'arrivant en Australie par bateau ne serait protégée. Aujourd’hui, dans le monde, les réfugiés ont plus que jamais besoin de protection : l’Agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) a récemment dit qu’il n’y avait jamais eu autant de réfugiés qui avaient besoin d’être protégés depuis la Seconde Guerre mondiale. »

De son côté, à propos de l'accord conclu avec le Cambodge, l’UNHCR a souligné que le système d’accueil des réfugiés dans le monde ne consistait pas à rejeter ses responsabilités sur les autres pays.

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