Chine

Chine: «Une volonté de reprise en main du Parti communiste»

Depuis l'arrivée au pouvoir du président chinois Xi Jinping, on constate une volonté de reprise en main du régime, sous couvert de lutte anticorruption.
Depuis l'arrivée au pouvoir du président chinois Xi Jinping, on constate une volonté de reprise en main du régime, sous couvert de lutte anticorruption. REUTERS/Bogdan Cristel

Le quatrième plénum du comité central, réunion des plus hauts dirigeants du Parti communiste chinois, a débuté ce lundi 20 octobre à Pékin. Quelque 200 membres titulaires et 170 suppléants sont réunis dans un hôtel du centre de la capitale pour des débats à huis clos. Cette année, le thème est : « Le meilleur respect de la loi », dans un contexte de contestation sociale, avec un soulèvement étudiant à Hong Kong. Valérie Niquet, responsable du pôle Asie à la Fondation pour la recherche stratégique, analyse pour RFI les enjeux de cette réunion.

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RFI : Que signifie exactement « Le meilleur respect à la loi », thème du quatrième plénum du Parti communiste chinois ?

Valérie Niquet : Ce thème n’est pas nouveau. Depuis le début des réformes en Chine, le grand débat porte sur la manière de mettre en place un système légal qui s’appuierait sur la loi et les règles communément admises et qui permettrait de faciliter tout ce qui concerne les affaires, les systèmes de contrats et un certain nombre de garanties. En revanche, le pouvoir ne veut pas que cela débouche sur ce que l’on appelle chez nous un vrai système légal avec une véritable séparation du pouvoir judiciaire et du pouvoir politique et exécutif par exemple.

Du coup, on voit bien que pour le moment, en dépit des appels permanents à mieux appliquer la loi en Chine, les transformations seront très difficiles à mettre en œuvre tant que la nature du système sera ce qu’elle est aujourd’hui, à savoir que le Parti communiste est au-dessus des lois. Cela cause évidemment un certain nombre de problèmes dans la vie politique, mais également en matière économique.

Peut-on dire qu’il y a un retour en force du contrôle du Parti communiste sur les institutions ?

Depuis l’arrivée de Xi Jinping au pouvoir, on voit effectivement une volonté de reprise en main. Cette volonté passe par une lutte contre la corruption, combat qui ne se situe pas du tout dans un cadre légal indépendant. Cela pose bien sûr un certain nombre de problèmes, car cela sert aussi beaucoup à éliminer les factions rivales.

La volonté de reprise en main concerne aussi Internet et le contenu idéologique de l’éducation. Ce que l’on voit à Hong Kong est également révélateur. Le régime se trouve face à des demandes plus affirmées en matière de démocratisation et ne veut pas y répondre.

Ce soulèvement étudiant à Hong Kong n’a-t-il pas permis une remise en cause du pouvoir ?

Le pouvoir lit ce qui se passe actuellement à Hong Kong comme ce qui se passe sur les autres pourtours chinois, notamment au Xinjiang où il y a eu beaucoup de tensions ces derniers temps avec les Ouïghours. Le pouvoir a également analysé de la même manière ce qui s’est passé avec les démocrates à Taïwan cet été.

Le pouvoir voit dans ces différentes remises en question une « main de l’étranger », c’est-à-dire une offensive de la part des puissances occidentales, à commencer par les Etats-Unis, qui menacerait directement la survie du Parti communiste. Car la grande crainte du pouvoir chinois aujourd’hui, c’est un changement de régime et la disparition du PCC, sur le modèle de ce qui a pu se passer lors des « printemps arabes » par exemple, mais aussi sur le modèle de ce qui s’était produit en 1989 en URSS, avec l’effondrement du système soviétique.

Ce plénum devrait également se prononcer sur le sort de l’ancien ministre de la Sécurité publique, Zhou Yongkang, tombé en juillet 2013 pour corruption. Quelle décision faut-il attendre de ce plénum ?

Zhou Yongkang sera sans doute condamné. Mais l’on ne sait pas jusqu’où iront les révélations ni jusqu’où iront les condamnations.On sait aujourd’hui qu’il y a déjà plusieurs dizaines, si ce n’est plusieurs centaines de personnes, qui ont été arrêtées par les commissions de contrôle de la discipline du Parti dans le cadre de cette reprise en main, au travers d’une lutte contre la corruption.

Il faut savoir que Zhou Yongkang était au cœur du système de sécurité intérieure en Chine jusqu’à ce qu’il perde le pouvoir. C’était un proche également de l’ancien dirigeant Bo Xilai qui a été démis de ses fonctions, il y a déjà quelque temps, avant même l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping. Et il avait des gens qui le suivaient, en tout cas une clientèle qui l’entourait.

Donc la question que l’on peut se poser aujourd’hui, c’est de savoir si cette campagne de lutte contre la corruption, qui rencontre évidemment un écho relativement favorable dans la population - encore qu’il n’est pas certain que la population se fasse beaucoup d’illusions sur la portée réelle de cette campagne -, ne pourrait pas être également nuisible pour Xi Jinping et sa stabilité politique, dans la mesure où le chef de l’Etat est en train de se créer beaucoup d’ennemis au sein même du Parti.

Aujourd’hui, on dit que plus de 30% de ceux qui passent habituellement les concours administratifs pour obtenir une position au sein de l’administration et du Parti communiste y ont renoncé. Ils craignent à la fois de ne pas pouvoir s’enrichir comme ils le faisaient avant que cette campagne anticorruption ne soit lancée et que cela ne devienne beaucoup trop dangereux. Les cadres du Parti redécouvrent la peur comme ils pouvaient l’éprouver avant la période des réformes.

Tout cela fait que la position de Xi Jinping est très particulière. Elle est forte de par la remise en cause de la direction collégiale que le Parti connaissait jusqu’à aujourd’hui, mais d’un autre côté, il est en train de se créer énormément d’ennemis.

La question économique est également au cœur de ce plénum. Renforcer le respect à la loi, est-ce aussi envoyer un message aux investisseurs étrangers ?

Oui, bien sûr ! D’autant plus qu’ils ont très souvent été ces derniers temps sous le coup d’attaques qui les ont inquiétés. Or l’économie chinoise a tendance à ralentir… Elle a absolument besoin de cette ouverture sur l’étranger.

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