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Birmanie

Birmanie: quel avenir pour Aung San Suu Kyi?

Tous les regards restent braqués sur Aung San Suu Kyi : le destin de l'opposante reste lié à celui de la Birmanie.
Tous les regards restent braqués sur Aung San Suu Kyi : le destin de l'opposante reste lié à celui de la Birmanie. REUTERS/Soe Zeya Tun

A un an d’élections cruciales pour le pays beaucoup de doutes pèsent sur la transition démocratique. Les réformes, nombreuses au début du mandat du président Thein Sein, sont au point mort. Les sanctions occidentales ont été levées et la révision de la Constitution, qui empêche l’opposante historique Aung San Suu Kyi d’accéder à la présidence et concentre toujours le pouvoir aux mains des militaires, se fait attendre.

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Lors de son dernier passage à Paris, en avril, Aung San Suu Kyi a prévenu : le processus de démocratisation de la Birmanie est toujours en cours et l’opposition est loin d’avoir accompli ce qu’elle a entamé il y a 30 ans. « Le fait que le président ne montre aucune intention de défendre la réforme de la Constitution nous inquiète profondément, avait-elle témoigné. Ce qui se passera en 2015 dépendra largement de qui aura été accompli cette année. »

Le texte, qui « n’a rien de démocratique », précise l’opposante, bloque l’ouverture politique. L’article 59F prive d’accès à la fonction présidentielle quiconque étant marié à un étranger ou ayant des enfants de nationalité étrangère. Or Aung San Suu Kyi a été mariée à un Britannique et le régime a retiré à leurs enfants leur nationalité birmane. L’article 436 exige l’approbation de 75 % des parlementaires pour tout changement constitutionnel, enfin deux autres articles réservent 25 % des sièges du Parlement aux militaires.

Le « jeu tordu » des politiques

Depuis, un comité de réforme a été mis en place, mais rien n’indique que ces articles seront amendés. Pire, la réforme pourrait renforcer le pouvoir des militaires, affirme Aung Zaw, le fondateur du magazine indépendant Irrawady, basé à Bangkok. Celui-ci qui a quitté la Birmanie lors de la répression de 2008, est très pessimiste. Plus de 300 amendements sont à l’étude, mais il s’agirait « de changements mineurs ».

C’est une habile façon de détourner l’attention, explique Aung Zaw, qui a parlé à de nombreux avocats birmans. Selon ces derniers, les parlementaires de la majorité et le gouvernement, jouent un « jeu tordu ». Un changement obligerait le président à remettre le pouvoir au chef des armées en cas d’instabilité du pays.

Les militaires gardent les clefs du pouvoir

Peu d’observateurs s’inquiètent d’un éventuel retour en arrière. Sous l’impulsion du président Thein Sein, la Birmanie s’est profondément transformée, tant sur le plan économique que sur le plan politique. Même si depuis le début de l’année, on observe un durcissement du régime. La confiscation du pouvoir civil - quand bien même ce dernier reste aux mains d’anciens militaires - serait extrêmement coûteuse pour ceux qui l’entreprendraient, estime Jean-Louis Margolin, professeur d’histoire contemporaine à l’université Aix-Marseille.

Toutefois, les autorités ne sont pas prêtes à « donner les clés de Naypidaw à Aung San Suu Kyi », selon l’expression d’Aung Zaw. Ni les militaires à lâcher leur emprise économique sur le pays. « Il est de notoriété publique que les intérêts des militaires existent dans les secteurs les plus variés, explique Jean-Louis Margolin. Que ce soit l’exploitation des richesses naturelles et des matières premières, le foncier, les infrastructures, le tourisme. Beaucoup de choses relèvent directement ou indirectement d’entreprises aux mains des militaires. »

Dans ces conditions, que peut espérer l’opposition à l’horizon 2015 ? « L’armée pourrait accepter d’aller plus loin dans le sens d’une démocratisation à condition qu’on lui laisse, pour une période plus ou moins longue ses privilèges et ses bastions, si immoraux soient-ils. Aung San Suu Kyi est sans doute prête à des compromis », présage Jean-Louis Margolin. Voire, selon certaines sources anonymes, à accepter une autre fonction que la présidence du pays, une position qui ne fait pas l’unanimité au sein de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie.

Critiquée mais adulée

Depuis son accès au Parlement, la dame de Rangoon a été très critiquée pour son silence sur les violations des droits de l’homme dans les zones de conflit avec les minorités, sur le drame des apatrides Rohyngias (l’une des minorités les plus discriminées au monde selon l’ONU) et sur les violences des extrémistes bouddhistes. Il lui a également été reproché d’avoir été trop conciliante avec le président Thein Sein même si, à l’approche des élections, leurs relations se sont fortement dégradées.

« Il n’empêche, le portrait d’Aung San Suu Kyi est partout en Birmanie, constate Jean-Louis Margolin, et elle incarne toujours l’ouverture du pays à la démocratie. » « Elle est appréciée pour son honnêteté et son intégrité, renchérit Aung Zaw. Elle est également perçue comme une militante et une femme politique dévouée qui veut que son pays aille de l’avant et qui est prête pour cela à travailler avec l’ordre établi. Elle est dans une position délicate à l’approche des élections, mais elle reste une personnalité centrale de la vie politique birmane. »

La date des élections sera annoncée au mois d’août prochain. Quel qu’en soit le résultat, elles donneront lieu à d’intenses tractations. De source diplomatique, on rapporte que beaucoup d’acteurs de la vie politique birmane ont déjà les yeux tournés vers 2020.

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