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Japon

Trois ans après Fukushima, le Japon retourne vers le nucléaire civil

Un manifestant anti-nucléaire brandit une pancarte "Non à Sendai", à Tokyo, le 16 juillet 2014.
Un manifestant anti-nucléaire brandit une pancarte "Non à Sendai", à Tokyo, le 16 juillet 2014. AFP PHOTO / KAZUHIRO NOGI

La préfecture japonaise de Kagoshima a donné début novembre son accord pour le redémarrage des réacteurs nucléaires Sendai 1 et 2, dans le sud-ouest du Japon, ouvrant la voie à la remise en service début 2015 de ces deux premières unités. Le gouverneur de la province de Kagoshima a approuvé cette relance sur la base des garanties offertes par la compagnie exploitante, Kyushu Electric Power, et par le gouvernement qui désire réactiver toutes les installations officiellement jugées sûres par l’Autorité de régulation nucléaire. Pour l’instant, les 48 réacteurs civils japonais (sans compter ceux de Fukushima Daiichi) sont toujours à l’arrêt.

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Pour prendre sa décision, le gouverneur de la province de Kagoshima s’est basé sur ces fameuses nouvelles normes de sécurité mises en place après Fukushima. Des normes vérifiées par la nouvelle Autorité de régulation nucléaire, censée être moins proche du lobby nucléaire que l’ancienne. En juillet dernier, la centrale Sendai était donc la première à y répondre. Que disent-elles ? Il faut renforcer de manière significative les infrastructures des centrales, en construisant des centres de commande jumeaux au cas où les premiers seraient endommagés ou détruits par exemple.

Les normes évoquent aussi l'installation de sources secondaires d’énergie et de sources de refroidissement, ainsi qu’un système de ventilation équipé de filtres efficaces contre les poussières radioactives - ce n’était pas le cas avant. Il convient aussi de bâtir des murs de protection anti-tsunami. La compagnie qui gère la centrale Sendai, Kyushu Electric, estime qu’en cas de tsunami, la vague qui la frapperait ne dépasserait pas 6 mètres. Le mur anti-tsunami s’élève à 10 mètres, et les salles qui abritent les réacteurs sont situées 13 mètres au-dessus du niveau de la mer.

La question des volcans inquiète beaucoup

Il est un dernier point dont on en parle beaucoup pour la centrale Sendai ; dorénavant, il faut évaluer de manière plus stricte l’éventuel impact des éruptions volcaniques sur les centrales. Le Japon compte une centaine de volcans actifs, et les experts ont indiqué que le tremblement de terre de mars 2011, à l'origine du tsunami et de la catastrophe de Fukushima, pouvait avoir augmenté les risques d’activité volcanique sur tout le territoire. Cette centrale Sendai est elle-même située à quelques dizaines de kilomètres à peine d’une chaîne de volcans, mais l’Autorité de régulation a estimé « négligeable » le risque qu’une éruption touche la centrale pendant sa durée de vie.

Réaction outrée d’un volcanologue réputé, le professeur Toshitsugu Fujii : « C’est impossible à prévoir sur 30 ou 40 ans. On peut le faire sur quelques heures ou quelques jours, au mieux. » Il a rappelé que la centrale était située à 40 kilomètres du très actif mont Sakurajima, et qu’une de ses fréquentes éruptions pourrait facilement atteindre la centrale. Les études ont prouvé qu’il y a 90 000 ans, les coulées issues de l’éruption d’un de ces volcans près de Sendai s’étaient étendues sur 145 kilomètres à la ronde.

56% des Japonais s’opposeraient au redémarrage des réacteurs

En juillet dernier, l’Autorité de régulation nucléaire indiquait donc que la centrale Sendai répondait aux nouvelles normes. Il y a eu ensuite une phase de consultation de la population : 18 000 personnes environ ont répondu présentes. Et c’est ce problème des volcans qui est revenu le plus souvent. L’Autorité a donc mis en place un panel pour rassembler davantage d’informations sur ce risque. Mais plus largement, trois ans après Fukushima, la plupart des Japonais restent opposés au nucléaire, même si la fermeture des centrales a forcé le pays à importer énormément de combustible fossile, ce qui a augmenté leur facture d’électricité.

Selon le dernier sondage du quotidien Nikkei, en août dernier, 56 % de la population restait opposée au redémarrage des réacteurs. Et cela s’est vérifié dans le cas de la centrale Sendai : le 23 septembre, deux semaines après l’annonce de l’Autorité de régulation, plus de 10 000 personnes se sont réunies à Tokyo pour protester contre un éventuel redémarrage. Trois jours après, ils étaient 7 500 à Kagoshima, la préfecture qui accueille la centrale. Une éruption venait de faire plus de 50 morts. Certes, à 800 kilomètres de là, mais cela pose évidemment la question des volcans de façon encore plus aiguë.

Pression du gouvernement pour redémarrer les centrales

Cette opinion publique défavorable, c’est un problème pour le Premier ministre japonais, qui veut réduire la facture énergétique : pour redémarrer les centrales, il a besoin de l’aval des autorités locales. Shinzo Abe a donc envoyé à Kagoshima son ministre de l’Industrie, qui a promis au gouverneur et aux élus locaux que l’Etat agirait rapidement s’il se passait quelque chose. L’assemblée préfectorale et la municipalité de Satsumasendai, qui héberge la centrale, ont finalement dit oui. La population n’a donc pas été consultée directement ; le verdict tombera lors des prochaines élections. Le redémarrage de la centrale est aussi, ne l'oublions pas, synonyme de retour d’emplois et de subventions…

Comme la loi ne l’y obligeait pas, le gouverneur n’a pas consulté les agglomérations alentour, qui seraient pourtant concernées au premier chef en cas de problème. Plusieurs d’entre elles ont déjà estimé que se passer de leur consentement était « inacceptable ». Douze centrales (outre celle de Sendai) contenant un total de 18 réacteurs sont actuellement évaluées ou attendent de l’être pour un éventuel redémarrage.

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