Accéder au contenu principal
G20

«Le G20 de Brisbane est dominé par la géopolitique»

Traditionnelle photo de famille à mi-parcours du sommet des chefs d'Etat et de gouvernement dfes pays du G20. On y distingue au premier rang Angela Merkel, Barack Obama, Tony Abbott, Shinzo Abe et Xi Jinping.
Traditionnelle photo de famille à mi-parcours du sommet des chefs d'Etat et de gouvernement dfes pays du G20. On y distingue au premier rang Angela Merkel, Barack Obama, Tony Abbott, Shinzo Abe et Xi Jinping. AFP/Saeed KHAN
6 min

En marge du sommet du G20 à Brisbane en Australie, Karoline Postel-Vinay est l’invité de RFI. Cette chercheuse a publié Le G20, laboratoire d’un monde émergent. Elle enseigne les relations internationales et son domaine de recherche est plus particulièrement centré sur les outils d’analyse de l’ordre mondial. Parmi ces outils, il y a cette fameuse réunion des dix-neuf pays, plus l’Union européenne. Ils sont réunis pour parler avant tout d’économie, mais aussi de toutes les crises qui secouent la planète.

Publicité

RFI : Le G20 est-il, à votre avis, représentatif du monde actuel ?

Karoline Postel-Vinay : Oui, il est tout à fait représentatif, contrairement à ce qui a été dit. Il y a des pays d’abord de tous les continents, mais pas simplement les pays du G8, c'est-à-dire les pays les plus développés, mais également les pays émergents qui en fait recouvrent une énorme partie de la population pauvre et la plus pauvre du monde.
Depuis la création de ce G20, les pays émergents ont-ils pu réellement se faire entendre ?
Je crois que ça a fait une très grande différence parce que c’est bien dans le cadre du G20, que les BRICS ont demandé à être mieux représentés dans les grandes institutions comme le FMI, la Banque Mondiale... Pour eux, c’est une caisse de résonance qui leur permet de rappeler qu’ils sont pour le moment sous-représentés dans les organisations internationales.

Dans ce sommet, il y a des pays riches, des pays qui sont devenus riches, des démocraties, des régimes autoritaires, des gouvernements laïques et des gouvernements religieux. Ce qui donne des intérêts très différents…

Absolument. C’est pour cela que la question de l’utilité du G20 est posée. Mais il n’y a pas d’autre forum aujourd’hui qui permet de réunir tous ces acteurs qui ont effectivement des intérêts divergents, mais qui comptent énormément. L’avenir de la coopération internationale dépend de leur capacité d’avoir un dialogue. Le G20 est le seul cadre où on peut l’avoir. Et c’est aussi l’endroit – puisque c’est informel – où poser des questions qui sont très difficiles actuellement. Ce qui est vraiment frappant avec le G20 de Brisbane cette année, c’est qu’il est très dominé par la géopolitique, alors que jusqu’à présent les questions économiques prédominaient. Et l'on voit bien qu’entre l’Ukraine, la Chine et le Japon, des questions en Afrique, le politique reprend le dessus dans les affaires internationales.

Est-ce que ce G20 concurrence l’ONU dont on critique souvent l’inefficacité ?

On peut le percevoir comme ça. Ceci dit, on a besoin d’un lieu dans le monde où tous les pays souverains sont représentés. On a besoin de cette grande antenne pour avoir tous les pays du monde. De plus, l’ONU produit des lois, des déclarations, ce que ne fait pas le G20. Elle a un pouvoir légal que n’a pas le G20. On a besoin de l’ONU et en ce sens-là il n’y a pas de concurrence. Mais on a aussi besoin d’un lieu où les gens peuvent parler de façon plus informelle et aborder de front des questions qui sont très difficiles à aborder dans le cadre de l’ONU.

Caroline Postel-Vinay parmi les dossiers importants de ce G20, il y a la Banque de développement que veulent mettre en place les BRICS. Cela signifie-t-il qu’ils ne veulent plus payer pour les erreurs des pays riches ?

Il y a de ça… C’est très politique et c’est à la fois une vraie question économique. Il y a un problème de responsabilité économique des uns et des autres et de comment on fait avancer la gouvernance économique. Il y a une vraie question technique, mais c’est aussi un enjeu politique. C’est justement pour dire que les pays émergents ne sont toujours pas assez représentés dans les grandes institutions financières internationales, l’Afrique est particulièrement sous-représentée. C’est aussi pour montrer qu’ils ont leur propre enceinte. Ils ont leur lieu où ils ne pensent pas comme les Occidentaux, où ils ont leur voix.

Justement, Dilma Roussef, la présidente brésilienne, a dit que les attentes sur la reprise de l’économie dans le monde ont été déçues. N’est-ce pas un message directement adressé aux Européens et aux Américains ?

Absolument. L’origine du G20 en tant que sommet des chefs d’Etat vient de la crise économique provoquée par les Occidentaux, par les Etats-Unis d’abord et ensuite relayée par l’Europe riche. Mais comme d’habitude, les choses sont toujours plus complexes. Il y a des décisions qui ont aussi été prises, qui facilitaient le développement économique des pays émergents dans le cadre de ce G20. Donc les choses sont toujours un peu à double tranchant, mais c’est vrai que chacun de ces pays a des problèmes. Chacun de ces pays émergents maintenant, la Russie en particulier, la Chine quand s’essouffle aussi. Ils ont aussi leurs problèmes et c’est une façon de les mettre plus en avant sur l’agenda.

Précisément, la Chine, qui de l’avis des experts, risque de dominer la gouvernance de cette Banque de développement en projet. Est-ce que c’est une source d’inquiétude, à la fois pour les Occidentaux et pour les autres pays émergents ?

Oui, c’est ça. Mais c’est là où l’entreprise est quand même assez politique. On attend quand même de voir. Ils ont annoncé cette création pour 2016. Donc on a encore du temps avant de voir cette banque émerger. Il faut voir quelle sera la situation économique de la Chine en particulier à ce moment-là… Attendons 2016.

La Russie joue très gros lors de ce G20 en pleine crise ukrainienne. Est-ce que Vladimir Poutine a des alliés parmi les autres grandes puissances ?

C’est là où les BRICS jouent un rôle. Ils permettent à Poutine d’avoir une autre voix. Mais c’est vrai qu’il est arrivé à Brisbane un peu cerné entre les Australiens qui ne l’ont pas très bien accueilli, ni les Britanniques. Il est quand même relativement isolé et les BRICS lui permettent d’avoir une autre figure. Mais c’est vrai que même au sein des BRICS, la relation entre la Russie et ces pays n’est pas excellente non plus.

La France est lancée dans un bras de fer avec la Russie au sujet de la livraison des Mistral. Est-ce l’occasion pour la France de se chercher des alliés ?

Oui, absolument. On est sur une situation extrêmement délicate pour la France puisqu’elle a un engagement qui va être difficile à ne pas tenir. Mais en même temps, le message politique sera très compliqué, si la France tient cette promesse. Cce qui est intéressant à Brisbane, c’est que la France peut avoir un appui des autres Occidentaux vis-à-vis de l’Ukraine, mais aussi sur d’autres dossiers. C’est l’occasion par exemple, de se rapprocher du Japon, d’avoir un dialogue particulier sur le climat avec les Etats-Unis... Donc, c’est sûr que ça permet un ensemble de jeux, d’alliances... Et bien sûr, sur le dossier ukrainien qui est terriblement compliqué pour les Français, ça donne un autre contexte qu’à l’ONU, par exemple.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.