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Pakistan

Pakistan: le but des talibans c’est de «faire souffrir les militaires»

Plus d'une centaine de morts à Peshawar, en majorité des enfants dans l'attaque d'une l'école, ce mardi 16 décembre 2014.
Plus d'une centaine de morts à Peshawar, en majorité des enfants dans l'attaque d'une l'école, ce mardi 16 décembre 2014. REUTERS/Fayaz Aziz
Texte par : Gaëtan Goron
6 mn

Les talibans pakistanais ont revendiqué l'attaque de ce mardi dans une école où sont notamment scolarisés des enfants de militaires hauts gradés. C'est une nouvelle fois l'armée pakistanaise qui est visée dans cette opération menée par les talibans. Il y a plus de 100 morts, en grande majorité des enfants. Mariam Abou Zahab, spécialiste du Pakistan, chercheur, enseignante à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco) répond aux questions de RFI.

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RFI : Pourquoi s'en prendre aux plus jeunes ?

Mariam Abou Zahab : Ce sont des cibles molles, plus faciles à attaquer et surtout c’est une école de l’armée, dans laquelle sont scolarisés des enfants de militaires en majorité, mais aussi des enfants de civils ; et la plupart de ses enseignants dans ces écoles sont souvent des épouses de militaires. La revendication était très claire : « Ils tuent nos femmes et nos enfants, et nous voulons qu’ils subissent la même douleur que celle que nous ressentons ». Il faut quand même rappeler que depuis la création du Mouvement des talibans pakistanais en décembre 2007, ils ont déclaré une guerre à l’armée pakistanaise et qu’ils ciblent systématiquement tout ce qui est lié de près ou de loin à l’armée, y compris les civils qui travaillent pour l’armée.

Vous dites : « ils tuent nos enfants » en référence aux attaques de l’armée dans le Waziristan, c'est la loi du talion, oeil pour oeil, dent pour dent ?

Exactement. Ce sont des opérations de représailles. Pour l’opération militaire qui est menée depuis le mois de juin au Nord-Waziristan et qui semble avoir été couronnée de succès, mais il est très difficile de le savoir car il n’y a pas d’informations indépendantes sur ce qui se passe au Waziristan et que personne ne peut y aller, donc on doit se contenter des informations que donnent l’armée. Et il y a une autre opération militaire aussi dans la zone tribale de Khyber qui est voisine de Peshawar. Evidemment, on savait depuis très longtemps qu’une opération dans le Nord-Waziristan entraînerait ce genre de représailles. On peut se demander évidemment, du point de vue de la sécurité, alors que ces représailles étaient attendues, si vraiment toutes les mesures de sécurité ont bien été prises.

Quel est intérêt, selon vous, de tuer, d’assassiner des enfants ? Remporter le combat de l’opinion ? Mettre les Pakistanais du côté des talibans ?

Non, il y a bien longtemps que les Pakistanais ne sont plus du côté des talibans, le but est de faire souffrir les militaires. N’oublions pas que c’est une école de l’armée qui est visée, ce n’est pas n’importe quelle école. C’est la continuation, il y avait déjà eu des attaques contre des mosquées, par exemple, fréquentées par des militaires et qui surtout avaient tué un grand nombre d’enfants qui venaient prier dans ces mosquées. C’est extrêmement ciblé, il y a eu des attaques contre des résidences ou vivent des militaires. C’est vraiment l’armée pakistanaise partout où elle est présente et surtout des cibles molles qui paraissent plus faciles à attaquer. Il semblerait que, au moins six militants qui ont pénétré dans cette école, sont entrés par un cimetière qui était voisin, et cette école se trouve dans une partie de la ville de Peshawar qui est toute proche des zones tribales, évidemment il est difficile d’assurer la sécurité. Et une fois de plus, comme dans toutes ces opérations-là, qui demandent une très longue préparation, les militants portaient des uniformes militaires et malheureusement au Pakistan, on peut se procurer très facilement des uniformes militaires.

Vous nous dites que cela fait longtemps que les talibans ont perdu la bataille de l'opinion, c’est une guerre définitivement perdue ou ils vont chercher à reconquérir le cœur des Pakistanais ?

Ils auront beaucoup de mal à reconquérir le cœur des Pakistanais, à cause de toutes les atrocités qu’ils commettent depuis pas mal d’années et puis cela concerne essentiellement les habitants des zones tribales qui ont été déplacés de nombreuses fois. L’opération au Nord-Waziristan a déplacé plus d’un million de personnes, on en a très peu parlé. Tout cela crée énormément de problèmes sociaux, évidemment plus on habite loin des zones tribales et moins on se sent concerné. A chaque fois, pour cette opération comme pour les autres, on se dit que cela va être un tournant et enfin il y aura une union nationale et tout le monde demandera à l’armée de surtout continuer cette opération, d’aller jusqu’au bout, d’oublier complètement l’idée de négociation. Mais malheureusement au Pakistan, on a déjà eu souvent des tournants de ce genre et puis on s’aperçoit au bout de quelques jours, tout redevient normal et qu’on oublie un peu.

Quelle peut-être, selon vous, la réaction de l’armée, continuer les frappes, les intensifier ou alors la voie de la négociation peut venir dans les prochains jours ?

Non, l’armée ne peut absolument pas négocier, l’armée a perdu énormément de militaires dans ces opérations, depuis qu’elle mène des opérations en zone tribale. L’armée ne peut pas imaginer de négocier, ce n’est pas possible. Simplement ça va peut-être l’encourager, surtout à continuer cette opération, ça démontre le bien fondé de cette opération, il faut aller jusqu’au bout.

Peut-on imaginer, selon vous, une présence étrangère des drones américains, d’avantage de drones, davantage de présences voir physique des pays occidentaux, dans le pays ?

Les tirs de drones avaient diminué depuis 2013. Ils ont encore lieu. Il faut quand même rappeler que tous les membres importants d’al-Qaïda qui ont été tués dans les zones tribales, l’ont été par des tirs de drones américains et pas par les opérations de l’armée. Et que les opérations de l’armée ont causé aussi énormément de pertes pour les civils, ont fait des pertes civiles mais aussi des destructions considérables, parce que les tirs d’artillerie ont détruit des villes, des bazars, des récoltes, ont mis la population locale dans une situation très précaire.

Et d’un mot, cela peut affaiblir encore le pouvoir au Pakistan aujourd’hui ?

C’est difficile à dire. Le Premier ministre est à Peshawar avec le chef d’Etat-major, de toute façon pour qu’une opération réussisse, il faut qu’il y ait un accord entre l’armée, qui représente une institution qui détient une bonne partie du pouvoir au Pakistan, et un gouvernement civil. On peut espérer que cette fois, on va avoir une union de tous les partis politiques, qu’ils ne vont pas profiter de ce moment pour régler leurs comptes et que l’on aura une union de tous les partis, pour soutenir l’armée, qui a besoin du soutien de la population pour mener cette opération militaire à son terme.

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