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Indonésie

Indonésie: «Nous avons survécu au tsunami grâce à un bateau»

Fauziah et sa fille devant Le Bateau sur la Maison, à Aceh.
Fauziah et sa fille devant Le Bateau sur la Maison, à Aceh. Cléa Broadhurst / RFI
Texte par : Cléa Broadhurst
6 min

Dix ans jour pour jour après le tsunami qui a déferlé sur la province d’Aceh, tout au nord de l’île de Sumatra en Indonésie, la capitale provinciale Banda Aceh a été reconstruite de manière exemplaire. Il est difficile d’imaginer que des vagues allant jusqu’à 30 mètres de haut ont complètement détruit la ville. Même si les dégâts ne sont plus visibles dans les rues aujourd’hui, les gens qui ont survécu au tsunami gardent des cicatrices profondes de ce désastre. Ils racontent leurs blessures.

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De notre correspondante à Jakarta

Fauziah vit et travaille aujourd’hui au même endroit où elle se trouvait il y a dix ans de cela. Mère de cinq enfants, elle tient une boutique de souvenirs en face d’un lieu touristique, Le Bateau sur la Maison. Tous les jours, elle voit passer les touristes du monde entier qui viennent le visiter et elle leur raconte son histoire.

«Je ne voyais que la mer»

« C’était un dimanche matin. Mon mari était parti au marché avec notre voiture. Juste avant 8h, il y a eu un premier tremblement de terre, pas si effrayant. Les secousses suivantes l’étaient en revanche. Je tenais mon bébé de cinq mois dans mes bras lorsque mon fils a commencé à crier : "la mer arrive!" »

Elle poursuit en expliquant qu’elle a pris ses enfants et a couru vers la maison d’en face, car elle faisait deux étages donc offrait davantage de hauteur que la sienne. Puis, après qu’elle ait grimpé tout en haut, le bateau a surgi de nulle part.

ECOUTER SUR RFI : Banda Aceh, 10 ans après le Tsunami

« Partout où mon regard se posait, je ne voyais que la mer. Il n’y avait plus rien. J’avais de l’eau jusqu’au cou, je tenais mon bébé à bout de bras pour le maintenir hors de l’eau. Puis, on a vu le bateau arriver, et il est resté coincé sur le toit de la maison. Mon fils a cassé le plafond et nous nous sommes hissés dessus. Mes enfants et moi avons survécu grâce à ce bateau. »

Son mari, sa mère et d’autres membres de sa famille ont péri lors du tsunami de 2004. Aujourd’hui, elle explique que ce n’est pas toujours évident de voir tous ces gens venir visiter cet endroit. « Quand je regarde ce bateau, cela me rappelle parfois le tsunami… Je sais que cela s’est produit il y a longtemps maintenant, et je devrais arrêter de trop y penser. Mais quand je vois les gens se prendre en photo, en souriant, en-dessous du bateau, cela me rend triste. Même si j’ai survécu, je reste une victime et j’ai perdu énormément ce jour-là. Les voir s’amuser là-bas me met parfois mal à l’aise. »

«J'ai vu ma famille se faire emporter»

Muhammad avait 15 ans et il a perdu toute sa famille le 26 décembre 2004. Ce matin-là, il prenait le petit déjeuner avec son père, sa mère et ses deux soeurs. Ils ont senti le séisme et sont sortis en courant de chez eux, pour en parler avec leurs voisins. « Tout est tombé par terre, tout le monde paniquait. Mes parents et mes soeurs se sont serrés les uns contre les autres, moi j’étais en état de choc, je ne pouvais pas bouger. Ma mère s’est mise à crier "cours mon fils, cours" quand la mer s’est engouffrée dans notre rue. Je me suis mis à courir, en pleurs. Et j’ai vu ma famille se faire emporter par la mer. »

Il a lui aussi été emporté par une vague de quatre mètres de haut, puis une seconde bien plus grande, explique-t-il. « Je me suis retrouvé sous l’eau, avec des troncs d’arbres, des ordures… J’ai cru que j’allais mourir mais j’ai réalisé qu’il fallait que je m’en sorte, alors j’ai pris ma respiration et je suis remonté à la surface. » Il est allé par la suite vivre avec sa tante, la seule survivante de sa famille.

Aujourd’hui, il étudie à l’université, travaille le reste du temps dans un café dans le centre de Banda Aceh, et pendant son temps libre, il surfe au large d’Aceh. « Non, je n’ai pas peur de l’océan. Tout cela avait déjà été écrit par Dieu. J’étais prêt à tout lâcher ce jour-là, mais je ne veux plus y penser. Maintenant, je dois penser à mon avenir. »

Muhammad, dans le café où il travaille.
Muhammad, dans le café où il travaille. Cléa Broadhurst / RFI

Irwandi Yusuf, un ancien gouverneur de la province d'Aceh, lui, purgeait une peine de neuf ans de prison pour rébellion contre le gouvernement de Jakarta, au moment où le séisme a frappé la région. Cet ancien combattant du GAM, un mouvement séparatiste armé d’Aceh, a réussi à s’échapper de prison, et a survécu au tsunami.

« C’était le plus gros tremblement de terre de ma vie. J’ai senti qu’un tsunami allait arriver, alors je l’ai dit à tout le monde dans la prison, mais beaucoup d’entre eux n’avaient jamais entendu parler du phénomène. Je leur ai dit “vous allez voir, la mer va monter, les oiseaux vont tous voler vers la terre… et c’est ce qu’il s’est passé. »

Il poursuit en expliquant qu’un autre prisonnier est monté le plus haut possible, sur un poteau planté dans le centre de la cour de la prison, pour voir l’horizon et a vu les vagues se déchaîner.

Un paquet de cigarettes

« Tout le monde s’est dispersé, les prisonniers courraient tous en direction de la porte principale, mais ils avaient laissé les portes fermées, vu le monde qui se précipitait, ils pensaient que nous voulions nous évader. »

Il a donc décidé de courir dans la direction opposée et est allé au deuxième étage d’un des bâtiments avec un autre homme.

Cette tragédie m’a ouvert les yeux sur l’importance de nos vies.

Andri, un jeune artiste indonésien. Il a survécu au tsunami de 2004 en se réfugiant dans une mosquée.

« Le plafond s’est effondré, il y avait un trou béant sur le côté du bâtiment et l’eau montait, montait, montait... Le prisonnier avec qui j’étais avait tellement peur, il allait pleurer, mais je lui ai dit "Ne pleure pas. Oui, nous allons mourir aujourd’hui, mais ne pleure pas car lorsque ta famille retrouvera ton corps demain, il ne faut pas qu’elle voit ton visage ainsi, c’est horrible. Alors il faut sourire"... Et l’eau montait rapidement, j’avais peur, mais en lui disant ces choses, cela m’a redonné du courage, alors nous avons continué à grimper le plus haut possible... »

Ils ont réussi à rejoindre la route, et Irwandi raconte avoir marché pendant des heures, dans l’eau, pour retrouver sa famille. Trois jours après le tsunami, il a fui à Jakarta car il était recherché par les autorités.

« J’ai réussi à prendre un bus pour rejoindre Medan, et il y avait des barrages de police. En voyant la mer arriver ce jour-là, j’ai pris mon portable et mon paquet de Marlboro dans un sac plastique, au cas où. Ce paquet m’a sauvé en quelque sorte. Les cartes d’identité d’Aceh à l’époque étaient rouge et blanche, alors, lorsque les policiers sont montés dans le bus pour les vérifier, je me suis dit, "ça se tente", j’ai montré le paquet [de couleur rouge et blanc] de loin, et ils n’ont pas regardé à deux fois. J’étais sauf. »

Le tsunami d'Aceh dans les archives de RFI

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