Inde

Inde: une journaliste menacée pour avoir publié une Une de Charlie

La journaliste Shirin Dalvi est poursuivie pour avoir publier une Une de «Charlie Hebdo».
La journaliste Shirin Dalvi est poursuivie pour avoir publier une Une de «Charlie Hebdo». Tv9 Gujarati/capture d'écran

En Inde aussi, la question de la représentation du prophète est très sensible. Le pays compte la troisième plus importante communauté musulmane du monde - 11 % de la population -, et depuis trois semaines, la rédactrice en chef d'un journal en langue ourdou (majoritairement parlée par cette communauté), est poursuivie par la justice et pourchassée pour avoir publié une ancienne Une de Charlie Hebdo, où est caricaturé Mahomet.

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Avec notre correspondant à New Delhi

Nous avons pu parler avec cette journaliste persécutée, qui nous a éclairés sur la façon dont se sont enchainés ces événements. Nous sommes à la mi-janvier. Shirin Dalvi, rédactrice en chef du quotidien Avadhnama, un journal de Bombay en langue ourdou, cherche à illustrer les propos du pape, qui venait de s'exprimer sur les attentats de Paris. Il rappelle que la liberté d'expression ne permet pas de blasphémer.

La rédactrice en chef met à côté de cet article une ancienne Une de Charlie, dans laquelle on voit Mahomet se tenir la tête, et déplorer d'« être aimé par des cons ». Shirin Dalvi, qui parle à peine anglais, nous a dit qu'elle n'avait aucune idée de ce que signifiait ce message. Ce n'est que le lendemain qu'elle s'est rendu compte de son erreur, quand les premiers signes de protestation lui sont parvenus. Elle publie alors un éditorial, dans lequel elle s'excuse platement.

Mais cela n'apaise pas ses détracteurs, loin de là. En quelques jours, elle fait l'objet de quatre plaintes pour « atteinte volontaire aux sentiments religieux », un crime passible de trois ans de prison. Pire, elle commence à recevoir des menaces, un journal local affirmant que son erreur devrait être punie de la peine de mort. Elle reçoit un message anonyme, où on lui dit : « Nous ne t'oublierons jamais. » À partir de là, elle décide de partir se cacher chez des amis avec ses deux enfants. Quand nous lui avons parlé, elle avait peur. Et nous posait la question, de manière quasiment rhétorique : que puis-je faire s'ils n'acceptent pas mes excuses ? Vont-ils faire la loi eux-mêmes ?

Rivalités professionnelles

Ces protestations ont été initiées par des journalistes concurrents. Ce qui fait dire à Shirin que ce harcèlement est mené pour des raisons de rivalités professionnelles, dans ce petit monde des publications de Bombay à destination de la communauté musulmane. Ces concurrents aimeraient en plus faire taire Shirin, la seule femme rédactrice en chef d'un journal en langue ourdou, et qui prend souvent des positions libérales par rapport à l'islam.

La journaliste est actuellement libre sous caution, et au moment où nous parlons, elle se trouve devant la cour d'appel de Bombay pour demander l'annulation de toutes ces plaintes. Elle espère beaucoup de la justice, car la police, elle, semble avoir cédé aux pressions des groupes religieux. La semaine dernière, sous la menace de certains plaignants qui menaçaient de créer des troubles, des agents ont ainsi arrêté deux vendeurs de journaux qui vendaient la publication incriminée.

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