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Japon

Quatre ans après l'accident nucléaire de Fukushima, où en est-on?

La police continue de chercher les restes des personnes disparues dans l'accident nucléaire de Fukushima près de la centrale, à Namie, le 11 mars 2015.
La police continue de chercher les restes des personnes disparues dans l'accident nucléaire de Fukushima près de la centrale, à Namie, le 11 mars 2015. AFP/YOSHIKAZU TSUNO

En mars 2011, le Japon faisait face au plus gigantesque tsunami de son histoire moderne, qui allait ravager une partie du nord-est du pays et provoquer la catastrophe nucléaire de Fukushima Daïchi. Une catastrophe toujours en cours : Tepco, l’opérateur de la centrale, doit envoyer en permanence de l’eau sur les cœurs fusionnés des réacteurs et sur les déchets pour éviter un nouvel accident.

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Quatre ans après l’accident, une étape-clé susceptible d’éviter une nouvelle catastrophe a enfin été menée à bien : Tepco a enlevé les barres de combustible du réacteur numéro 4, très fragilisé après le tsunami et l’accident à la centrale. En cas de nouveau tremblement de terre, la quantité de radioactivité dégagée aurait été encore plus importante que celle émise par la fusion des quatre réacteurs. Fin novembre 2014, L’opérateur a annoncé qu’il avait réussi à mettre les 1 355 barres en sécurité dans un bâtiment plus solide. « C’est la seule bonne nouvelle de 2014 : on a évité l’apocalypse », explique Paul Jobin, maître de conférences à Paris Diderot.

Une eau envahissante

Par contre, le problème de l’eau contaminée n’a pas été résolu. Un véritable tonneau des Danaïdes : Tepco doit chaque jour envoyer de l’eau sur les réacteurs accidentés et sur les déchets nucléaires pour éviter qu’ils ne soient en surchauffe. Et lorsqu’une unité d’eau est envoyée, deux doivent être stockées, car la nappe phréatique toute proche est contaminée par les infiltrations. Depuis juin 2011, 700 000 tonnes d’eau contaminée ont été entreposées sur le site, dans plus de 1 000 citernes, auxquelles de nouvelles s’ajoutent chaque jour. Tepco traite quotidiennement jusqu’à 2 000 mètres cubes de cette eau contaminée pour éliminer les radionucléides, sauf le tritium, que pour le moment on ne sait pas enlever.

Mais pour Roland Desbordes, l’efficacité de ce traitement est de toute façon réduite : le directeur de la Criirad, la Commission de recherche indépendante sur la radioactivité, rappelle qu’avant même la construction des premières citernes l’entreprise française Areva s’était rendu sur place pour proposer ses services, mais avait vite dû jeter l’éponge devant le degré de contamination de l’eau : « Evidemment, ils (NDLR:Tepco et le gouvernement) vont dire pour la galerie " on fait un traitement ", mais il sera d’efficacité ridicule de mon point de vue. Ça va s’ajouter à tous les rejets non contrôlés dans la mer. » Car l’AIEA, l’Agence internationale pour l’énergie atomique, conseille de rejeter cette eau dans la mer avant que la place ne manque sur le site, à la grande colère des pêcheurs de la région, déjà rendus furieux par les fuites d’eau radioactives dans l’océan.

Plus de 6 000 travailleurs à Fukushima Daishi

L’AIEA conseille également de renforcer la sécurité sur le site. En un an, le nombre de travailleurs qui interviennent chaque jour a été multiplié par deux, pour atteindre plus de 6 000. Ces ouvriers s’occupent de l’eau, mais ils travaillent aussi sur un autre chantier titanesque : mettre en place un mur d’eau glacé tout autour de la centrale pour empêcher la contamination des nappes phréatiques. Et pour éviter que les travailleurs ne soient exposés sur des durées trop longues à la radioactivité, il faut limiter leur temps d’intervention et donc multiplier leur nombre. « Problème, explique Paul Jobin : Tepco a de plus en plus de mal à recruter une main d’œuvre qualifiée, ce qui se traduit par une multiplication des accidents du travail. De 23 en 2013, on est passé à plus de 40 en 2014, avec en janvier 2015, coup sur coup, deux accidents mortels. »

Bataille autour de la santé

Le nombre de cancers de la thyroïde a augmenté chez les enfants dans la région, mais il est impossible de prouver qu'ils sont liés à Fukushima : en quelque sorte ils ne sont pas signés « accident nucléaire », explique Roland Desbordes. Médecins et gouvernement affirment donc que les deux évènements ne sont pas liés. D'autres problèmes sont apparus, toujours chez les enfants : une hausse de l’apparition de nodules, des petits kystes sur la thyroïde. Un cinquième des traces de nodule sont susceptibles de se transformer en cancers, souligne Paul Jobin, qui insiste sur l’importance de poursuivre les études médicales.

« Mais après, est-ce qu’elles sont conduites pour finir par dire " finalement, tout va bien ", ou pour limiter le plus possible l’exposition des enfants aux rayons ionisants ? Si on pousse les gens à revenir contre leurs inquiétudes dans la province de Fukushima ou les provinces limitrophes, je ne vois pas comment on peut limiter l’exposition. » C'est tout le problème de ces populations déplacées que le gouvernement commence à faire revenir dans plusieurs zones vidées après le tsunami et l'accident nucléaire.

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