Népal / Recherche

Au Népal, des chercheurs à 5000 mètres pour une expédition d’exception

L'expédition va séjourner sur le Manaslu, au Népal, le huitième plus haut sommet du monde.
L'expédition va séjourner sur le Manaslu, au Népal, le huitième plus haut sommet du monde. Mikimedia/Creative Commons

L’expédition s’appelle Medex Manaslu 2015. Loin des paillasses des laboratoires, cinq équipes de recherche internationales et ne cinquantaine de marcheurs vont grimper à plus de 5 000 mètres d’altitude sur le mont Manaslu, au Népal. L’équipe de chercheurs a une double mission : étudier les effets de l’altitude sur les organismes et tester un nouveau masque qui pourrait en atténuer les effets parfois dangereux.

Publicité

L’expédition scientifique est accompagnée d’une cinquantaine de marcheurs et alpinistes, âgés de 22 à 65 ans qui vont se soumettre à une multitude de tests médicaux. Cinq groupes ont été constitués ; ils partiront à un jour d’intervalle de Katmandou, à partir du 21 mars, de façon à étaler les arrivées une fois parvenus au point de ralliement. Il leur faudra dix jours pour atteindre le camp de base du Manaslu à 5 000 mètres d’altitude. 

Le Manaslu (l’esprit de la montage en népalais), avec ses 8 163 mètres, est le huitième plus haut sommet du monde. C'est dans ce milieu hostile où le mercure peut descendre à -20°C que des chercheurs vont mener sur la longueur une batterie de tests afin de voir les adaptations du corps humain à cette altitude élevée.

Les mystères du mal aigu des montagnes

Les scientifiques accueilleront les trekkers au fur et à mesure de leur arrivée dans leurs laboratoires d’altitude situés 300 mètres au-dessus du camp de base, à 5 300 mètres. Tentes, production d’énergie solaire et par éolienne, doppler, échographe… tout sera installé pour pouvoir évaluer l’impact de la haute altitude sur l’organisme des marcheurs. Dans un deuxième temps, d’autres mesures seront effectuées sur ces volontaires un peu spéciaux lorsqu’ils poursuivront leur montée vers le Larkya Peak, à 6 249 mètres. En tout, l’expédition se déroulera sur cinq semaines.

Les chercheurs veulent étudier l’intolérance à l’altitude, ce qu’on appelle plus communément le « mal aigu des montagnes ». Ce trouble se manifeste par une association de symptômes comme le mal de tête, la fatigue, des nausées, etc. On peut aussi développer un œdème pulmonaire de haute altitude (généralement associé à une toux, un essoufflement et lié à une accumulation de liquide dans les poumons pouvant s’avérer grave) ou encore un œdème cérébral de haute altitude (fuites de liquide dans le cerveau constituant un phénomène particulièrement grave, avec des troubles importants du comportement).

Ces difficultés d’adaptation résultent de mécanismes physiopathologiques associés à la diminution de la disponibilité en oxygène au fur et à mesure que l’on s’élève en altitude. « Les formes aiguës surviennent chez des personnes peu acclimatées à l’altitude, rapidement après l’exposition (de 6 h à 4 jours). Les formes foudroyantes surviennent même après acclimatation, à des altitudes supérieures à 5 000 mètres. De manière générale, une personne sur deux est touchée par le mal aigu des montagnes au-delà de 4 000 mètres, trois sur quatre au-dessus de 5 000 mètres », expliquent les spécialistes de l’Inserm. Avec le développement des loisirs et la multiplication des séjours en moyenne et haute montagne pour des vacanciers peu expérimentés, la question de la prise en charge de malaises parfois graves voire fatals se pose de plus en plus souvent.

Cœur, cerveau et sommeil

L’expédition Medex Manaslu 2015 va donc étudier les effets d’un séjour en haute altitude sur le cœur et le cerveau. Des observations antérieures ont établi que le manque d’oxygène altérait leur fonctionnement comme il perturbe aussi le sommeil. Les résultats obtenus en haute altitude seront comparés avec ceux récoltés en février auprès du même groupe de marcheurs lors d’un séjour au Pays de Galles, au niveau de la mer cette fois-ci.

Au cours de cette expédition exceptionnelle, les scientifiques vont également en profiter pour tester sur les participants un masque destiné à minimiser les effets délétères de l’altitude. Ce masque crée au niveau de la bouche une ventilation sous pression expiratoire positive (PEP), ce qui a pour effet de maintenir une oxygénation correcte. Les chercheurs vont en équiper des volontaires pour déterminer si ce dispositif est susceptible de devenir une méthode à diffuser largement. Portable, peu encombrant, non médicamenteux et utilisable par le plus grand nombre, ce système de masque PEP pourrait être commercialisé dans un avenir proche s’il fait ses preuves dans les conditions extrêmes de l‘expédition Medex Manaslu 2015.  

Cette aventure hors du commun, au cœur de l’Himalaya, peut être suivie au jour le jour sur @Insermlive.

 

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail