Japon

Métisse, la Miss Japon 2015, accusée de n'être pas vraiment Japonaise

Ariana Miyamoto est la première métisse à être élue Miss Japon.
Ariana Miyamoto est la première métisse à être élue Miss Japon. Page Facebook officielle d'Ariana Miyamoto.

La nouvelle Miss Japon s’appelle Ariana Miyamoto. Née d’une mère japonaise et d’un père afro-américain, elle est la première métisse à être élue Miss Japon. Sur les réseaux sociaux japonais, son élection ne plaît pas à tous. Certains internautes lui reprochent de n’être qu’à moitié japonaise.

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De notre correspondant à Tokyo, Frédéric Charles

Ariana Miyamoto est mannequin. Elle a 20 ans et est née à Sasebo dans la préfecture de Nagasaki. Elle a grandi au Japon et parle le japonais comme des Japonais pur sucre. Elle a obtenu un diplôme en calligraphie japonaise, ce qui n’est pas à la portée de tous les Japonais à la pureté raciale au-dessus de tout soupçon. Des esprits chagrins qualifient la jeune femme de « hafu », un terme dérivé du mot anglais « half » pour moitié. Ces esprits chagrins dénoncent les critères de sélection, mystérieux à leurs yeux, du jury. Celui-ci avait le choix entre 44 candidates et le jury a choisi une « demi-Miss Japon ». C’est l’expression qu’ils utilisent, pour représenter le pays au concours de Miss Univers 2015.

Être métisse au Japon n'a rien d'exceptionnel

Certains tout de même se félicitent de ce choix. Ils voient dans le choix du jury le signe que le Japon n’est pas aussi xénophobe ou raciste qu’on le dit. Etre métisse n’a rien d’exceptionnel, les Japonais sont ceux qui se diluent le plus à l’étranger. Chaque année naissent au Japon plus de 20 000 métisses et leur sort s’améliore selon Megumi Nishikura, elle-même métisse, auteur d’un documentaire intitulé « hafu » ou moitié. Elle estime que cette première Miss Japon métisse représente un progrès considérable dans l’élargissement de ce que signifie « être Japonais » aujourd’hui.

L'illusoire «pureté raciale japonaise »

Dans une société aussi insulaire que le Japon, les mentalités évoluent, ou sont en train d’évoluer et dire que l’on aurait préféré une miss « Japonaise pure » n’a aucun sens. Depuis l’ouverture du Japon sur le monde extérieur, au milieu du 19ème siècle, les dirigeants japonais avaient bercé les Japonais de l’idée qu’ils constituaient un peuple ethniquement homogène. Les anthropologues ont toujours contesté une telle vision.

Ainsi les Aïnous qui ne ressemblent pas aux Japonais. Leur morphologie rappelle celle des aborigènes d’Australie, ont été les premiers habitants de l’archipel. Le Parlement japonais, par un vote, a fini par reconnaître, en 2008, que les Aïnous constituent une ethnie minoritaire. Cette reconnaissance a porté un coup, un méchant coup à l’illusoire «pureté raciale japonaise ».

L’élection d’Ariana Miyamoto au titre de Miss Japon est donc un autre pas vers l’admission, la reconnaissance que le Japon est, aujourd’hui, un pays multiethnique. Et les commentaires peu amènes au sujet de cette première Miss Japon métisse, sont cantonnés sur les réseaux sociaux, pas dans les autres médias japonais. L’élection d’une Miss Japon à moitié noire démontre que la reconquête du caractère multiculturel de l’identité japonaise, est en marche.
 

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