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Inde: cachez ces menstruations que je ne saurais voir

Un train pour femmes, en Inde, en février 2015, à Allahabad.
Un train pour femmes, en Inde, en février 2015, à Allahabad. AFP PHOTO / SANJAY KANOJIA

L'application de partage de photos Instagram a provoqué un tollé la semaine dernière, quand une artiste indienne, en résidence au Canada, a posté sur son compte une photo de sa sœur, où l'on voyait une tâche de sang provoquée par un début de règles, et qu'Instagram l'a retiré à deux reprises. Cette décision a lancé un large débat en Inde sur le tabou des règles, et les discriminations que subissent les femmes qui les ont.

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Avec notre correspondant à New Dehli.

Pourtant, la photo ne montrait rien de plus qu’une femme allongée et habillée d'un pyjama, même pas aguichant ni dénudée, et cette tâche de sang, clairement provoquée par ce début de règle. Rupi Kaur, une artiste indienne, a pris cette photo de sa sœur dans le cadre d'une série dont l'objectif était justement de mettre en valeur cette période mensuelle qui rappelle à la femme qu'elle a la capacité de procréer. Ce processus est douloureux, rappelle la photographe en montrant également cette femme avec une bouillotte sur le ventre, mais il est naturel. Instagram a retiré tout de même la photo, à deux reprises, car cela aurait violé les règles communautaires.

Une décision excessive d’Instagram

Mais ce règlement interdit la publication d'activités illégales, de personnes nues ou qui se mutilent : rien sur ces fameuses menstruations. Cela a provoqué un vrai tollé sur la toile, qui a poussé Instagram, un réseau détenu par Facebook, à la republier en s'excusant, affirmant que c'était une erreur de jugement d'un employé. Le débat est cependant loin d'être clos ici en Inde, où le tabou est encore énorme : dans beaucoup de familles, les femmes n'ont pas le droit d'entrer dans la cuisine pendant le temps de leurs règles, et tout ce qu'elles touchent sera nettoyé. Certains les enferment dans une chambre pendant des jours. Interdit également d'entrer dans un temple. Il y en a même un, au Kerala, qui interdit toute femme d'y mettre un pied entre le jour de ses premières règles adolescentes et sa ménopause !

Un mouvement grandit pour condamner ces discriminations

Partant des classes privilégiées et des universités, un mouvement grandit pour condamner ces discriminations : une actrice en a fait l'objet de sa chronique dans un grand journal, des étudiants d'une université de Delhi et de Calcutta ont plaqué des serviettes hygiéniques non-utilisées sur des murs avec des messages demandant le respect des femmes violées, afin de briser le tabou autour des règles tout en sensibilisant les hommes au problème des violences faites aux femmes. Les problèmes sont liés, affirment ces étudiants : dans les deux cas, on parle du respect du corps des femmes.

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