Vanuatu

[Reportage] Un mois après le cyclone Pam, le Vanuatu se reconstruit

Un habitant de Port-Vila devant sa maison détruite par le cyclone Pam, 16 Mars 2015.
Un habitant de Port-Vila devant sa maison détruite par le cyclone Pam, 16 Mars 2015. REUTERS/Dave Hunt/Pool

Il y a un mois, Pam, un cyclone de catégorie 5, frappait le Vanuatu, cet Etat de 81 îles et 260 000 habitants perdu au milieu du Pacifique sud. Grâce au système d’alerte mis en place, seules 11 personnes ont perdu la vie. Mais le pays est dévasté : les maisons, l’agriculture, les infrastructures sont à terre.

Publicité

De notre envoyé spécial à Port-Vila,

L’aide internationale s’est très vite mise en place, avec une première distribution de nourriture même dans les îlots les plus reculés. Mais la faim est toujours là. Pam a ravagé les jardins que 75% des Nivanuatais utilisent pour se nourrir, y compris les arbres fruitiers : « Avec le cyclone, les bananes, les fruits sont tous tombés », explique Salas, un habitant du village d’Emua, dans le nord du pays. « Les bananes qui sont encore sur les arbres, on les récupère : certaines ne sont pas prêtes, mais comme on doit les manger, on les récolte et on fait avec ». Car la deuxième distribution de nourriture ne fait que commencer, et, comme l'explique Salas, son village a reçu la première il y a déjà 21 jours. Tout le monde se plaint du riz contenu dans les rations : « Ce n’est pas bon pour nous : nous avons besoin de plus de protéines, des légumes, etc. On essaie de manger des feuilles pour la vitamine C…»

Trois mois d’aide d’urgence

L’aide d’urgence doit être distribuée pendant trois mois, explique François Japiot, de la chambre d’agriculture de Nouvelle Calédonie, qui travaille au Vanuatu sur cette aide et sur la reconstruction. Objectif, faire la soudure entre le passage du cyclone et les premières récoltes. Car des semences à croissance très rapide (maïs, choux, pastèques) ont été distribuées aux Nivanuatais, d’autres ont pu immédiatement faire des boutures avec ce qui restait de leurs jardins (manioc, patates douces). « Après, au fur et à mesure, on aura peut-être une réduction des zones aidées. Ou alors au jour le jour, on verra s’il faut passer à quatre,cinq ou six mois » d’aide d’urgence. Et François Japiot de souligner : « tout le monde est assez vigilant, car s’il faut bien sûr donner de l’aide alimentaire à ceux qui ont tout perdu, il ne faut pas entretenir les gens dans une aide alimentaire ».

La situation sanitaire

L'île de Tanna, au sud de l’île principale d’Efate, et l’ensemble d’îlots Shepherd, au nord, rencontrent toujours beaucoup de difficultés. Georges Jack est auxiliaire médical à Port-Vila. Il va d’île en île avec les hélicoptères des armées australiennes et américaines, et l’aide est toujours accueillie avec soulagement par les habitants : « Ils ont des cliniques, mais quand le cyclone est arrivé il a tout emporté. On les aide à reconstruire les cliniques, on donne les médicaments ». Beaucoup d’habitants ont été blessés par le cyclone : Georges Jack évoque les mains et les pieds coupés par les tôles. D’autres ont été rendus malades par de la nourriture abîmée par le cyclone mais qu’ils ont fini par manger. A chaque voyage, ils sont évacués sur Port-Vila.

La reconstruction du Vanuatu

Comment le Vanuatu va-t-il se reconstruire ? Beaucoup d’entrepreneurs du secteur privé se posent la question. Lundi 13 avril, la chambre de commerce les avait d’ailleurs invités à Port-Vila pour qu’ils fassent part de leurs idées et leurs craintes. Certains sont au chômage technique, surtout dans le secteur du tourisme et de l’agriculture. Pascal Gavotto s’occupe justement du tourisme dans les îles éloignées, et il possède une chambre d’hôtes à Port-Vila. Sa maison a été en partie détruite par le cyclone. Il souligne l’ambiguïté de la situation : les donneurs internationaux ont promis des millions de dollars, et dans le même temps l'Etat est en faillite : « Leurs immeubles, départements, et cætera, tout a été détruit. Et on sait que le Vanuatu n’est pas assuré pour ce genre de dégâts. » Pascal Gavotto se demande comment cet Etat en faillite va gérer les millions de dollars promis : « Ils ont besoin de conseils pour être sûrs qu’ils n’investissent pas au mauvais endroit ou qu’ils distribuent l’argent un peu rapidement. Il faut plutôt qu’ils aient une vraie vision du Vanuatu dans cinq ans, pour qu’ils investissent dans les facteurs de croissance ». Les millions promis n’ont pas empêché la semaine dernière le Vanuatu de prolonger l’état d’urgence indéfiniment, pour continuer à aider la population.

Au Vanuatu, les habitants dépendent largement de l'aide alimentaire pour leur survie: caisses d'aide australienne dans un gymnase à Port-Vila en mars 2015.
Au Vanuatu, les habitants dépendent largement de l'aide alimentaire pour leur survie: caisses d'aide australienne dans un gymnase à Port-Vila en mars 2015. REUTERS/Edgar Su

 

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail