Chine / Hong Kong

Le Parlement de Hong Kong rejette la réforme électorale de Pékin

Les députés hongkongais pro-démocratie ont célébré dans l'enceinte du Parlement leur rejet de la réforme électorale soutenue par Pékin,  le 18 juin 2015.
Les députés hongkongais pro-démocratie ont célébré dans l'enceinte du Parlement leur rejet de la réforme électorale soutenue par Pékin, le 18 juin 2015. REUTERS/Bobby Yip
Texte par : RFI Suivre
5 mn

Le projet de loi avait fait descendre des dizaines de milliers de Hongkongais dans la rue à l'automne 2014 ; jeudi 18 juin, le Parlement de la presqu'île chinoise semi-autonome l'a finalement rejeté à une large majorité. Ce texte, une réforme électorale concoctée à Pékin, devait fixer les conditions de l'élection du prochain leader de l'exécutif de Hong Kong au suffrage universel, mais avec au préalable un filtre des candidats par le gouvernement chinois.

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Au Conseil législatif de Hong Kong (Legco), le Parlement de la presqu'île, seuls huit députés ont voté en faveur du texte qui leur était soumis jeudi et 28 contre, dont les 27 parlementaires pro-démocrates. C'était plus qu'il n'en fallait, puisque pour être validée, la réforme électorale proposée par Pékin et soutenue par l'exécutif local devait recueillir la majorité des deux tiers des 70 voix au Parlement. « J'annonce que le texte a fait l'objet d'un veto », a résumé le président du Legco Jasper Tsang.

Une minorité de blocage s'est donc formée. Mais si le résultat du vote est sans surprise, c’est la manière dont il s’est déroulé qui va désormais alimenter la chronique politique, analyse notre correspondante à Hong Kong, Florence de Changy. Une trentaine de députés pro-Pékin ont en effet préféré quitter la salle quelques minutes avant l'opération. Ils avaient pourtant consigne de voter en faveur de la réforme. Un geste tout à fait étrange, qui ressemble fort à une rébellion vis-à-vis du gouvernement. « Nous n'avons aucune idée de ce qu'il s'est passé avec le reste du groupe qui a décidé tout à coup de quitter l'enceinte » du Legco, a commenté James Tien, du Parti libéral progouvernemental.

Le projet de réforme électoral prévoyant l'encadrement de l'élection de 2017 a été largement rejeté par les députés hongkongais pro-démocratie, le 18 juin 2015.
Le projet de réforme électoral prévoyant l'encadrement de l'élection de 2017 a été largement rejeté par les députés hongkongais pro-démocratie, le 18 juin 2015. REUTERS/Bobby Yip

Un texte particulièrement controversé

Le projet de loi rejeté visait à fixer un cadre pour l'élection au suffrage universel du prochain chef de l'exécutif hongkongais, un scrutin prévu en 2017 conformément à la promesse effectuée par Pékin au Royaume-Uni en 1997, lors de la rétrocession à la Chine de la presqu'île par son ancienne puissance coloniale.

Le problème, c'est que ce cadre proposé au Parlement par les autorités chinoises était en fait en grande partie contrôlé par ces dernières. En cas de vote favorable du texte par le Parlement de la presqu'île ce jeudi, seuls les candidats approuvés par le Parti communiste chinois auraient en effet été autorisés à se présenter. Après le vote négatif, Hong Kong se retrouve donc avec le système en place jusqu’à ce jour : le chef de l’exécutif ne sera pas élu au suffrage universel en 2017, mais désigné par un comité de 1 200 personnes. En outre, ce « non » compromet aussi le vote au suffrage universel du Parlement prévu en 2020, car il était prévu que cette réforme là ait lieu après celle portant sur le vote du chef de l’exécutif.

Une victoire pour personne

Dès la présentation du projet de réforme par les autorités centrales de Chine, les opposants hongkongais n'avaient pas hésité à qualifier ce texte de « parodie de démocratie », ouvrant la voie à une mobilisation d'ampleur dans les rues de Hong Kong à l'automne 2014. Les fortes divisions politiques observées ce jeudi au Parlement avaient alors éclaté au grand jour, avec l'occupation par des manifestants de plusieurs quartiers stratégiques de la métropole de sept millions d'habitants.

Pendant plus de deux mois, des dizaines de milliers d'occupants avaient clamé leur opposition au projet de loi, donnant naissance au désormais célèbre mouvement Occupy Central, rapidement surnommé « révolte des parapluies ». Le régime de Pékin voit avortée ce jeudi l'occasion de mettre un terme aux soubresauts. Mais côté pro-démocratie, « pas de quoi se réjouir » pour autant, commente Joshua Wong, jeune leader étudiant du mouvement Scholarism, en pointe du mouvement de l'automne dernier. « Ce vote est un rappel que le combat pour la démocratie continue », considère-t-il. Car concrètement, l’idéal démocratique hongkongais vient de reculer de plusieurs années.

Des manifestants pro-démocratie ont célébré le rejet du projet de réforme électoral au Parlement de Hong Kong, le 18 juin 2015.
Des manifestants pro-démocratie ont célébré le rejet du projet de réforme électoral au Parlement de Hong Kong, le 18 juin 2015. REUTERS/Tyrone Siu

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