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La spirale infernale des Bourses chinoises

Un investisseur contemple le tableau électronique dans la salle des marchés de Pékin, le 7 juillet 2015.
Un investisseur contemple le tableau électronique dans la salle des marchés de Pékin, le 7 juillet 2015. REUTERS/Kim Kyung-Hoon
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A Shanghaï, les titres ont à nouveau dévissé de près de 6% en clôture, dans un climat de panique, mercredi 8 juillet. A Shenzhen, autre grande place financière, les actions ont mieux résisté, avec une baisse toutefois de 2,5%. Les investisseurs doivent se rendre à l’évidence : la fête est bel et bien finie, après un boom spéculatif qui leur a offert des profits faciles. Rien ne semble pouvoir stopper la dégringolade de la Bourse chinoise

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De notre correspondante à Pékin

L’atterrissage est brutal. Ce mercredi, dans les deux grandes places boursières Shanghaï et Shenzhen, les investisseurs ont encore assisté à une véritable montagne russe de leurs titres. A l’ouverture des marchés, Shanghaï s’est effondrée subitement de 8%, avant de se rattraper à grande peine pour clôturer à moins de 6%. C’est le vert, symbole de la baisse ici en Chine, qui domine les écrans depuis près d’un mois. Le rouge, couleur de la hausse et donc signe de bonne santé d’un titre, se fait tous les jours un peu plus rare.

Les pertes de ces dernières semaines donnent le vertige : depuis la mi-juin, les Bourses ont dégringolé de 30%. En tout, plus de 3000 milliards de dollars se seraient évaporés. C’est donc la panique qui règne. Les investisseurs tentent de se débarrasser de leurs titres pour limiter les pertes, ce qui fait davantage plonger les Bourses.

Ce sont étonnement les particuliers qui font les frais de ses pertes. Sur les quelque 90 millions d’investisseurs en Bourse, 99% sont des personnes privées. Depuis le printemps 2014, le marché en plein boom a fait rêver beaucoup de petits épargnants. Souvent, il s’agit de retraités qui ont parié sur des profits faciles et qui se sont même endettés pour jouer à la bourse. Chaque semaine, des millions de nouveaux comptes destinés à acheter et vendre des actions ont été ouverts. La Bourse paraissait si attractive, beaucoup plus d’ailleurs qu’un compte en banque qui n’est pas très bien rémunéré en Chine. L’autre raison pour cette attirance : le marché immobilier, pendant longtemps une valeur sûre pour les investisseurs, est aujourd’hui en déprime après des années de surchauffe.

Comment stopper l’hémorragie ?

Pour stopper l’hémorragie, de nombreuses entreprises, très nerveuses, ont demandé la suspension de leurs titres pour éviter que leur valeur descende encore plus bas. Les échanges sur 1429 compagnies sont désormais interrompus, ce qui représente plus de 50% de toutes les actions vendues et achetées à la Bourse de Shanghaï et à celle de Shenzhen. C’est du jamais vu, et c’est donc un signe clair pour la panique généralisée qui règne sur les marchés. D’ailleurs, cette panique n’a pas non plus épargné la bourse de Hong-Kong.

Pékin ne reste pas les bras croisés. Ces derniers jours, le gouvernement a multiplié les interventions. Cela va d’une quatrième réduction des taux d’intérêts à la promesse d’offrir des « liquidités abondantes » pour motiver les maisons de courtage d’acheter des actions tout en s’endettant. Mais rien n’y fait : le gouvernement n’arrive pas, pour l’heure en tout cas, à stopper la chute des cours en Bourse.

Le boom boursier n’avait de toute façon plus grand-chose à faire avec l’économie réelle, la plupart des titres étant surévalués. Aujourd’hui, on assiste à la fin de la fête qui a duré pendant plus d’un an et qui a enrichi tous eux qui ont vendu leurs titres au bon moment. La Bourse de Shanghaï par exemple avait gonflé de 150%, en douze mois seulement. Pourtant, ni les experts ni le gouvernement ne voient l’avenir de la deuxième puissance économique du monde en rose. Pékin prévoit une croissance de seulement 7% cette année. Les autorités parlent de « la nouvelle normalité » pour expliquer cette performance qui met fin à 25 ans de croissance à un rythme effréné.

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