Festival de Cannes 2016

Rithy Panh construit son «Exil» en poème imagé

Scène dans « Exil », un film du réalisateur franco-cambodgien Rithy Panh.
Scène dans « Exil », un film du réalisateur franco-cambodgien Rithy Panh. Festival de Cannes 2016

Sélectionné en séance spéciale du Festival de Cannes, le réalisateur franco-cambodgien Rithy Panh a présenté ce vendredi 13 mai son nouveau film. Dans « Exil », le rescapé du génocide cambodgien ne parle pas de son pays d'accueil, mais de l'exil des blessures intérieures, des cauchemars, des terreurs subis, de son dégoût pour les idées révolutionnaires et le rêve d'un Homme nouveau, écrits avec le sang du peuple.

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Exil est un long poème de 75 minutes, rythmé par des images d'archives d'un passé douloureux et par une véritable mise en scène théâtrale. Au centre du dispositif : Un homme mystérieux sur une scène-cabane dont les décors changent sans cesse. Il regarde, il range, il dort. Il enterre des écrits et déterre un miroir : il mange des soupes et des insectes crus, tord le coup d'un poulet qu'il plumera et mangera. Il nous montre sa cuillère autour du coup, l'un des ustensiles rappelant la terreur et la faim sous les Khmers rouges.  « Qui aimes-tu le plus? Ta famille ? Non, ta patrie. » Les livres, les crayons, les lunettes et les écoles furent interdits.

« La révolution ne rêve que d'elle-même »

L'exil est aussi rempli de souvenirs de soumission et destruction. Le Petit Livre rouge de Mao déclame les bienfaits de la révolution et la nécessité de la violence pour la réussir. Résultat : 2 millions de morts, mais la révolution ne compte pas. « L'homme rêve de la révolution. La révolution ne rêve que d'elle-même. Et il n'y a pas de spectateurs innocents. »

« Raconter sans images »

Les images défilent comme les nuages dans le ciel, avec calme et obstination. Les idéologies paraissent séduisantes avant de nous terroriser. Rithy Panh se moque des philosophes de salon (« Je ne révèle pas vos noms ») qui s'extasient devant les mots et les paysages, mais survolent les gens, les futurs victimes. Dans Exil, l’écrivain Christophe Bataille - qui avait déjà travaillé avec Rithy Panh pour L’Image manquante - fait entonner pêle-mêle les idées de Mao, René Char et Robespierre et bien d'autres. Que faire quand les mots et les images manquent pour raconter le génocide ? « Raconter sans images, sans mots. Les mots blessent aussi. »

La photo de la mère

L'exil ? « Ce sont les nuits, l'attente, la peur partout ». Et cette photo de la mère morte dans les camps qui ne pouvait plus bercer son fils. Parfois, le sommeil ou le rêve est le dernier exil d’un réalisateur qui a connu plus l'exil que son enfance. L'exil en France se résume en une seule image : la photo du visa d'entrée pour Rithy Panh à l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle, en 1979, à l’âge de 15 ans.

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