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Tadjikistan

Tadjikistan: un référendum permet au chef de l'Etat de devenir «président à vie»

Le président tadjik Emomali Rahmon peut désormais briguer un nombre illimité de mandats, grâce au référendum constitutionnel approuvé par 94,5 % des électeurs. Il est ici à Helsinki (Finlande), le 24 octobre 2012.
Le président tadjik Emomali Rahmon peut désormais briguer un nombre illimité de mandats, grâce au référendum constitutionnel approuvé par 94,5 % des électeurs. Il est ici à Helsinki (Finlande), le 24 octobre 2012. AFP PHOTO / LEHTIKUVA / Martti Kainulainen

Le président du Tadjikistan Emomali Rahmon est désormais en position de briguer à vie la présidence de son pays, où la liberté d’expression reste « extrêmement limitée », selon Amnesty International. Le référendum constitutionnel du 22 mai a révélé ses résultats ce lundi : 94,5% des électeurs approuvent notamment que l'actuel chef de l'Etat puisse briguer un nombre illimité de mandats présidentiels.

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C’est un total de 40 amendements constitutionnels qui a été approuvé par référendum le 22 mai au Tadjikistan. En particulier, le président Emomali Rahmon, 63 ans, peut désormais briguer un nombre illimité de mandats, alors que la précédente constitution l’aurait obligé à quitter le pouvoir en 2020. Cette possibilité d’être « président à vie » ne s’applique qu’à Emomali Rahmon, en raison de son statut particulier de « dirigeant de la nation ». Un statut que lui a attribué le Parlement l’an dernier et qui lui confère, à lui et à sa famille, l’immunité pénale.

Elu président en 1994, Emomali Rahmon avait déjà bénéficié d’un référendum constitutionnel pour pouvoir se présenter à plus de deux mandats consécutifs. Lors de l’élection en 2013, il avait été élu président avec plus de 83% des voix. L’OSCE avait jugé que l’élection avait « manqué de choix réel et de pluralisme significatif ».

Menaces à la liberté d’expression et « intimidation des médias indépendants »

Emomali Rahmon est accusé de ne pas respecter les libertés religieuses et le pluralisme politique. Selon Amnesty International, la liberté d’expression dans le pays reste en 2015 « extrêmement limitée », les pouvoirs publics contrôlant « de plus en plus l’accès à l’information ».

Le 21 mai, Reporters sans Frontières (RSF) a déclaré que le gouvernement avait « bloqué » les principaux sites d’information indépendants pendant la période précédant le référendum. L’association « dénonce […] une tentative d’intimidation des médias indépendants et une incitation à l’auto-censure ». Certains journalistes font même « l’objet de menaces et de tentatives de chantage de la part des services de renseignement », selon des témoignages reçus par RSF. Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l’est et Asie centrale de RSF, évoque un « déni de démocratie ».

Le 16 février, l’association nationale des médias indépendants (NANSMIT), l’Union des journalistes et le Conseil des médias publiaient un communiqué commun dans lequel ils appelaient à mettre un terme aux « attaques, manœuvres d’intimidation et d’obstruction contre l’activité professionnelle des journalistes ».

Référendum approuvé par 94,5% des électeurs, avec 92% de participation

Lors du référendum de ce dimanche, 94,5% des électeurs ont voté pour la modification constitutionnelle, tandis que 3,3% ont voté contre. Le taux de participation a été de 92%, précise la Commission électorale centrale.

Selon le site officiel de la présidence, ce très faible taux d’abstention « montre la participation des citoyens à la vie politique et sociale » du Tadjikistan.

Иштирок дар раъйпурсии умумихалқӣ оид ба ворид кардани тағйиру иловаҳо ба Конститутсия (Сарқонуни) Ҷумҳурии Тоҷикистон   22.05.2016

Le président Emomali Rahmon, qui a voté à Douchanbé, semble soutenu par les habitants de la capitale du pays, pour avoir fait sortir le Tadjikistan d’une guerre civile de cinq ans ayant débuté en 1992, moins d’un an après l’indépendance. « Rahmon nous a apporté la paix, il a mis fin à la guerre et il devrait diriger le pays aussi longtemps qu'il en a la force », a déclaré à l’AFP Nazir Saïdzoda, 53 ans.

Roustam Rahmon, fils du président, pourrait devenir président

Un des amendements proposés lors du référendum visait aussi à baisser l’âge minimum requis pour un candidat à l’élection présidentielle de 35 à 30 ans. Une mesure qui pourrait faciliter l’avènement de Roustam, fils d’Emomali Rahmon âgé de 28 ans, comme successeur de son père à la présidence.

Le référendum interdit aussi les partis politiques à caractère religieux, ce qui vise notamment le Parti de la renaissance islamique du Tadjikistan (PRIT). Des dirigeants du parti, considéré comme modéré mais interdit et qualifié de groupe terroriste par les autorités en 2015, sont visés par des procès.

Dans son classement mondial de la liberté de la presse de 2016, Reporters sans Frontières classe le Tadjikistan à la 150e position sur 180 pays, le pays ayant perdu 34 places par rapport à l’an dernier. Il s’agit de la baisse la plus importante dans le classement 2016.

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