Cambodge

Députés agressés: trois gardes du corps de l'homme fort du Cambodge condamnés

Dans l'affaire des députés agressés, deux des suspects escortés vers le tribunal pour une audition fin avril 2016.
Dans l'affaire des députés agressés, deux des suspects escortés vers le tribunal pour une audition fin avril 2016. TANG CHHIN SOTHY / AFP

Au Cambodge, trois hommes de l’unité des gardes du corps du Premier ministre, des soldats, ont été condamnés à un an de prison pour avoir passé à tabac deux députés d'opposition. Une condamnation rare mais très critiquée, dans un contexte politique qui ne cesse de se tendre.

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Les trois hommes, qui ont été condamnés à un an de prison ferme et trois ans de prison avec sursis, sont membres d’une unité particulièrement redoutée : celle des gardes du corps du Premier ministre Hun Sen. En octobre 2015, ces trois hommes avaient violemment passé à tabac deux députés à la sortie de l’Assemblée nationale, après les avoir traînés hors de leur voiture.

Les vidéos très choquantes de ces violences, dont avaient été victimes Kong Sakphea et Nhoy Chamreoun, du Parti du sauvetage national du Cambodge (CNRP, principale force d'opposition), avaient immédiatement circulé sur Internet, et provoqué l’indignation générale. Les trois hommes avaient été contraints de se rendre aux autorités, à l’appel du Premier ministre, rappelle notre correspondante à Phnom Penh, Anne-Laure Porée.

Leur condamnation par le tribunal municipal de Phnom Penh est une première, dans un pays où la justice est décrite comme dépendante du pouvoir exécutif. Mais la procédure est également critiquée à bien des égards. Les défenseurs des droits de l’homme déplorent une enquête bâclée, un procès expédié et des poursuites limitées à trois individus, alors qu’ils étaient bien plus nombreux.

Surtout, ils soupçonnent une planification du passage à tabac, et s’indignent que la chaîne de commandement ne soit pas mise en cause. L'attaque « avait tous les signes d'une opération menée par les forces de la sécurité d'Etat », estime Human Rights Watch dans un communiqué. « Ne juger que ces trois personnes tout en bloquant l'enquête sur les autres planificateurs de cette attaque est une façon de les protéger. »

« Si on peut attaquer un député dans la rue, comme ça, cela veut dire qu’il ne vaut rien », a réagi un Cambodgien à l’annonce du verdict, alors que dans le même temps, les forces de l’ordre procédaient à deux tentatives d’arrestation du numéro deux du CNRP, Kem Sokha, en dépit de son immunité parlementaire. L'adjoint de Sam Rainsy, qui est actuellement en exil à l'étranger, est poursuivi pour adultère.

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