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Corée du Sud / Corée du Nord

Trop de riz d'un côté, pas assez de l'autre: le paradoxe coréen

Des rizières sud-coréennes, non loin de la zone démilitarisée dans la région de Paju.
Des rizières sud-coréennes, non loin de la zone démilitarisée dans la région de Paju. ED JONES / AFP

Les Sud-Coréens mangent de moins en moins de riz. Leur consommation a été divisée par deux en 30 ans, selon des statistiques du gouvernement publiées mardi 7 juin 2016. La Corée du Sud fait face à un problème paradoxal de surproduction. Elle ne sait que faire de ses stocks de riz, qui battent des records alors que la population de son voisin, la Corée du Nord, souffre de malnutrition chronique.

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De notre correspondant à Séoul,  Frédéric Ojardias

Cette baisse de la consommation de riz en Corée du Sud s'explique essentiellement par l’occidentalisation des habitudes de consommation. Avec le développement économique, les Coréens ont diversifié leur alimentation. De plus en plus de familles donnent du pain le matin aux enfants, on trouve désormais des boulangeries à chaque coin de rue, beaucoup font des régimes...

Résultat : les Coréens mangent moins de 63 kg de riz par personne et par an. Soit moins de deux bols de riz par jour. C’est deux fois moins qu’il y a 30 ans. Mais si la consommation chute, la production augmente. La dernière récolte a été excellente. Pis, la Corée du Sud, qui refuse d’ouvrir son marché du riz, se voit en contrepartie obligée par l’Organisation mondiale du commerce (OMC) d’importer plus de 400 000 tonnes de riz par an.

Du riz pour les voisins nords-coréens ?

La Corée accumule donc des réserves de riz, d’un montant de 1,83 million de tonnes en février dernier, alors que l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l'agriculture (FAO) recommande des stocks de 800 000 tonnes seulement. Des réserves dont la seule gestion coûte au pays un demi-milliard d’euros par an. D'où la question : tout ce riz en trop, pourquoi ne pas le donner à la Corée du Nord, dont la population continue de souffrir de malnutrition ?

Pendant des années, c'est ce que Séoul a fait. A l’époque de sa politique de la main tendue à Pyongyang, dans les années 2000, chaque année, 400 000 tonnes de riz étaient envoyées par bateau au Nord. Mais cette aide humanitaire, dont la distribution à la population était très peu contrôlée, était très critiquée. Certains accusaient Séoul de soutenir ainsi le régime nord-coréen ou encore l'armée nord-coréenne de détourner l'aide. Les essais nucléaires de Pyongyang et l’arrivée des conservateurs au Sud en 2008 y ont mis fin.

Certaines confédérations paysannes sud-coréennes continuent pourtant, aujourd’hui, de demander la relance des convois de riz. Un député a même fait une proposition de loi en ce sens l’année dernière. Mais le gouvernement sud-coréen s’y refuse. Un rejet conforté par les sanctions accrues infligées après le quatrième essai nucléaire nord-coréen de janvier.

Que faire du trop plein ? Un casse-tête

Séoul doit donc trouver d’autres solutions pour écouler ses stocks monumentaux de riz. Les autorités tentent d’encourager les agriculteurs à exporter, mais c'est difficile, le riz coréen étant beaucoup plus cher que son concurrent chinois par exemple. Le ministère de l’Agriculture essaie aussi de promouvoir l’utilisation de la farine de riz plutôt que de la farine de blé, ou encore la production de makgeolli, un alcool traditionnel pétillant à base de riz. Mais après un début prometteur, les exportations de makgeolli sont retombées.

Le ministère rachète également des rizières, pour réduire la production, et encourage les paysans à diversifier leurs cultures. Mais la problématique du riz en Corée est beaucoup plus complexe qu’une simple question économique. Les Sud-Coréens conservent un attachement viscéral pour une céréale qui a été la base de leur alimentation pendant des millénaires. Il s'agit aussi d'un enjeu d’indépendance alimentaire. En somme, cesser de protéger les agriculteurs est impossible politiquement. Et la question des stocks de riz qui s’accumulent reste entière.

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