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Philippines

Philippines: Rodrigo Duterte va-t-il mettre en danger l'Etat de droit?

Deux semaines après l'élection de Rodrigo Duterte (photo), la police a annoncé avoir tué plus de vingt trafiquants de drogue présumés.
Deux semaines après l'élection de Rodrigo Duterte (photo), la police a annoncé avoir tué plus de vingt trafiquants de drogue présumés. REUTERS/Erik De Castro
Texte par : Marianne Dardard
4 mn

Aux Philippines, quinze jours avant l'investiture de Rodrigo Duterte, certains s'inquiètent déjà d'une privation des libertés et de la fin de l'Etat de droit. Connu pour son discours ultra-sécuritaire, le futur président a déclaré la guerre aux criminels. A peine élu, il a multiplié les annonces : Rodrigo Duterte dit vouloir rétablir la peine de mort pour certains crimes, mais aussi promettre des primes aux tueurs de narcotrafiquants.

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Deux semaines après l'élection de Rodrigo Duterte, la police a annoncé avoir tué plus de vingt trafiquants de drogue présumés. Des policiers, dont Rodrigo Duterte a promis d'augmenter le salaire minimal. Dans la capitale Manille, des enfants des rues ont été arrêtés dans le cadre d'opérations, appelées très officiellement « Opérations Rody » ; Rody étant le surnom du nouveau président.

De leur côté, les médias rapportent également des exécutions de suspects présumés par des commandos non identifiés, en plein jour et en pleine rue. Dans le centre de l'archipel, dans la ville de Talisay, le quotidien The Daily Inquirer raconte - par exemple - qu'une pancarte a été retrouvée sur le cadavre d'une victime, suspectée d'être impliquée dans le trafic de drogue. Sur cette pancarte, on pouvait lire : « Je suis un voleur et un drogué. Ne suivez pas mon exemple, car vous serez tué vous aussi. »

Pot-de-vin pour une cigarette

Pour autant, certains individus ne prétextent-ils pas la lutte antidrogue pour rendre justice eux-mêmes ? Cela reste difficile à établir. Pour poursuivre sur ce changement de climat, un expatrié occidental racontait que, juste après l'élection, à l'aéroport, des policiers avaient tenté de lui soutirer un pot-de-vin parce qu'il fumait. Pratique jusqu'ici tolérée malgré l'interdiction officielle. Ces policiers avaient prétexté les pratiques du nouveau président, à l'origine de l'interdiction de fumer dans les lieux publics dans sa ville de Davao.

L'inquiétude est en tout cas remontée jusqu'aux Nations unies. La semaine dernière, Ban Ki-moon, le secrétaire général, a condamné les propos de Rodrigo Duterte laissant entendre qu'il supportait le meurtre de journalistes corrompus. Quelques jours auparavant, Rodrigo Duterte avait stigmatisé les Nations unies pour « leur incapacité à régler le conflit au Moyen-Orient ».

Interviews suspendues

Face au tollé dans les médias, le président Rodrigo Duterte a décidé de suspendre les interviews. C'est donc son porte-parole, Salvador Panelo, qui s'exprime en son nom. Hier, l'homme a assuré que les craintes d'un retour à la dictature et à la loi martiale n'étaient pas justifiées. Avant d'insister sur le fait que le président avait promis de respecter l'Etat de droit. Salvador Panelo a aussi mentionné que les précédents présidents étaient loin d'être exempts de tous abus.

Pour n'en citer qu'un seul, au cours du mandat du président sortant Benigno Aquino, il y aurait eu au moins 300 tueries extrajudiciaires d'activistes, selon l'ONG Human Rights Watch. Basée à New York, cette même ONG fait partie de celles qui s'inquiètent de l'arrivée au pouvoir de Rodrigo Duterte, qu'elle accuse d'être derrière des escadrons de la mort, à l'origine de la mort d'un millier de personnes dans sa ville de Davao, dont Rodrigo Duterte était jusqu'ici le maire.

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