Japon

Japon: un nouveau gouvernement plus à droite sur fond de tensions régionales

Le Premier ministre japonais Shinzo Abe, en compagnie de son nouveau gouvernement réuni pour la photo officielle, ce mercredi 3 août 2016 à Tokyo.
Le Premier ministre japonais Shinzo Abe, en compagnie de son nouveau gouvernement réuni pour la photo officielle, ce mercredi 3 août 2016 à Tokyo. REUTERS/Kim Kyung-Hoon
Texte par : RFI Suivre
4 mn

Le chef du gouvernement japonais a procédé à un remaniement, ce mercredi 3 août 2016. Les ministères clés restent entre les mêmes mains. Mais l'équipe de Shinzo Abe se droitise, avec la nomination à la Défense de Tomomi Inada, une femme nationaliste et révisionniste, connue pour la fermeté de ses positions dans le domaine de la sécurité en Asie.

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Avec notre correspondant au Japon,  Frédéric Charles

Pour faire face à la montée en puissance de la Chine et aux tirs de missiles nord-coréens, le Premier ministre Shinzo Abe installe au ministère de la Défense une femme qui estime que le Japon doit réviser sa Constitution pacifique. Et se doter, si nécessaire, de l'arme atomique.

Tomomi Inada, une avocate de 57 ans, est une alliée idéologique de Shinzo Abe. Comme lui, elle souffre d’amnésie historique. A l'en croire, la guerre du Japon visait à libérer l'Asie de l’impérialisme occidental. L’armée japonaise n'aurait ainsi pas contraint 200 000 jeunes Asiatiques - des Coréennes dans leur majorité - à l'esclavage sexuel.

Une proche des milieux ultranationalistes

Ce révisionnisme de Tomomi Inada a écœuré la Corée du Sud, au point de lui interdire l’accès sur son territoire. Comme le nouveau gouverneur de Tokyo, Mme Yuriko Koike, la nouvelle ministre de la Défense est proche de l'organisation ultranationaliste Nippon Kaigi. Celle-ci promeut des visites au sanctuaire de Yasakuni, où sont honorés parmi les morts pour la patrie les âmes de quatorze criminels de guerre.

Les visites de personnalités japonaises à Yasukuni sont considérées par la Chine et la Corée du Sud comme une absolution du passé militariste japonais. Mais la nouvelle ministre de la Défense est dans l'air du temps. Le Japon a déjà réinterprété sa Constitution pacifique pour faciliter l'intégration de son armée dans le système de défense collectif des Etats-Unis.

Pour Valérie Niquet, de la Fondation pour la recherche stratégique, cette nomination obéit à des équilibres internes au Parti libéral-démocrate sur lequel Shinzo Abe veut conserver le contrôle avec l'espoir de rester plus longtemps que prévu au poste de Premier ministre. Dans cette perspective, Tomomi Inada « fait partie de ses alliés, il est donc important pour lui de s'entourer de membre du PLD qui lui sont proches ».

Un signal à l'égard de la Chine et de la Corée du Nord

Il s'agit aussi « d'un message à destination de la Chine et de la Corée du Nord ». Le Japon ne joue pas un rôle militaire actif en Asie en dépit de l'adoption de nouvelles lois de défense « car ses capacités d'action restent limitées », estime la chercheuse. Mais l'arrivée d'une ministre de la Défense très à droite au gouvernement représente « un signal pour montrer que Tokyo ne baisse pas la garde face à des voisins perçus au Japon comme très agressifs », conclut Valérie Niquet.

Tomomi Inada prend la tête du ministère de la Défense japonais au moment ou la République populaire de Chine se livre, en mer de Chine, à des exercices de simulation à tirs réels. « Une guerre basée sur les technologies d’information est soudaine, cruelle et courte, ce qui requiert l'aptitude à être rapidement prêt pour le combat et la capacité à frapper efficacement », explique la marine chinoise dans un communiqué.

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