Pakistan

Attentat au Pakistan: une génération d’avocats décimée, le groupe EI progresse

Parmi les victimes, plusieurs étaient des acteurs de poids de la société civile du Baloutchistan. La population leur a rendu hommage.
Parmi les victimes, plusieurs étaient des acteurs de poids de la société civile du Baloutchistan. La population leur a rendu hommage. REUTERS/Naseer Ahmed
Texte par : RFI Suivre
3 mn

Au Pakistan, la ville de Quetta dans l'ouest du pays était quasiment déserte ce mardi 9 août après l'attentat qui a fait 72 morts ce lundi 8 août, tuant en majorité des avocats. Un attentat-suicide revendiqué d'abord par le Jamaat-ul-Ahrar, un groupe qui a fait scission des talibans pakistanais et qui aurait prêté allégeance à l'organisation Etat islamique, puis par le groupe EI lui-même. Sans dire pourquoi ils ont choisi de viser les avocats.

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Le kamikaze qui a tué 72 personnes lundi au Baloutchistan a décimé toute une génération d'avocats, qui cherchaient à obtenir justice dans cette vaste région du sud-ouest du Pakistan frappée par de violentes insurrections et une sévère répression militaire. Toute une profession est sous le choc.

« En ce moment, je suis dans un hôpital à Karachi avec 29 de mes amis qui ont été blessés. Vraiment, nous ne savons pas pourquoi ils visent l’élite, la crème de la société. Nous, nous aidons tout le monde, affirme Fahim Qambrani, avocat à Quetta. Quelqu’un, n’importe qui, peut venir nous voir et nous le défendons à travers le système légal. Nous n’avons rien fait de mal. Aujourd’hui, nous sommes dans une situation critique. Les commerçants et les hommes d’affaires se sont mis en grève pour nous soutenir. Nous sommes en grève pour que le gouvernement du Pakistan arrête les chefs des groupes islamiques extrémistes. Mais le gouvernement ne prend pas au sérieux ce qui nous est arrivé. Nos forces de sécurité sont venues et une demie heure plus tard, sans même enquêter, elles ont dit que les services secrets indiens étaient derrière ces attentats alors que les groupes islamistes agissent et leurs chefs vont où ils veulent. »

En effet, l'attentat a été revendiqué lundi soir à la fois par une faction dissidente talibane, Jammat-ul-Ahrar (JuA), puis par le groupe Etat islamique. Si aucune de ces revendications n'a été authentifiée par les autorités pakistanaises, il semble quele groupe EI est de plus en plus présent dans la région Afghanistan-Pakistan.

« On a d’abord le passage de certains talibans afghans au groupe Etat islamique, car ils ne souhaitent plus être membres d’une mouvance trop dépendante du Pakistan, explique Christophe Jaffrelot, chercheur au Ceri-Sciences Po. Le Pakistan a longtemps était le grand frère, et l’armée pakistanaise a longtemps aidé les talibans afghans, mais certains veulent s’en émanciper et se reconnaissent dans un agenda beaucoup plus global, beaucoup moins afghano-centré. Donc ça, c’est une première source de recrutement de l’Etat islamique dans la zone Afghanistan-Pakistan.

L’autre source de recrutement, elle est plus pakistanaise. Elle vient du Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP), des talibans pakistanais, qui eux ont déjà un agenda qui est beaucoup plus global, qui vise non seulement l’Etat pakistanais, mais aussi les forces occidentales dans la zone. Au cours des derniers mois, on a vu des commandants du TTP prêter allégeance à l’Etat islamique. Donc cette revendication peut-être l’indice de cette nouvelle présence d’un groupe qui est encore marginal, mais qui peu à peu marque des points. »

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