Iran

Iran: l'appel au boycott du championnat féminin d'échecs à Téhéran fait débat

Les joueuses iraniennes d'échecs défendent leur championnat du monde organisé en Iran.
Les joueuses iraniennes d'échecs défendent leur championnat du monde organisé en Iran. Adam Gault/ Getty Images
Texte par : Siavosh Ghazi
3 mn

L’Iran doit organiser en février 2017 le championnat du monde féminin d’échecs, une première dans la République islamique. Mais Nazi Paikidze-Barnes, une Américano-géorgienne de 22 ans, l'une des meilleures joueuses d'échecs des Etats-Unis, a décidé de boycotter cette compétition parce qu'elle doit, si elle s'y rend, porter le hijab. Elle a même lancé une campagne pour demander que le championnat soit organisé dans un autre pays en affirmant que les femmes en Iran sont traitées comme des citoyens de seconde zone à cause notamment de l’obligation de porter ce voile islamique.

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De notre correspondant à Téhéran,

Pour le moment, il n’y a pas de réaction officielle de la part des autorités iraniennes sur l'appel de la joueuse d'échec américaine à annuler l'organisation de la compétition en Iran. Les joueuses iraniennes ont même été surprises par cette campagne et la controverse. Plusieurs joueuses ont même affirmé que l’organisation d’un tel événement en Iran était une chance pour les Iraniennes et pour soutenir la discipline et le sport féminin en général. L’une des joueuses professionnelle iranienne Mitra Hejazi, âgée de 23 ans, a expliqué que le « boycott du championnat n’était pas bien car ces compétitions sont très importantes pour les Iraniennes et pour développer le sport féminin » dans le pays.

Le port du hijab au coeur de la polémique

Selon la loi islamique en vigueur en Iran, depuis la révolution de 1979, toutes les femmes, qu’elles soient iraniennes ou étrangères et quelle que soit leur religion, doivent porter le voile. Ainsi, toutes les joueuses étrangères qui viendront participer à ce championnat, devront porter le foulard. C’est ce qui a poussé la joueuse Américano-géorgienne à boycotter l’événement. Selon les responsables de la fédération iranienne d’échecs, 64 joueuses de 26 pays sont attendues à Téhéran en février prochain.

Après la révolution de 1979, les échecs avaient été interdits avant d’être de nouveau autorisées dix ans plus tard. C’est le fondateur de la République islamique, l’ayatollah Khomeini qui avait publié une fatwa à la fin des années 80 pour autoriser de nouveau les échecs. Depuis la discipline s’est beaucoup développée. Des joueurs et des joueuses d’échecs ont remporté des prix dans des compétitions asiatiques notamment.

Le sport féminin iranien se développe

Malgré le voile, le sport féminin s’est développé ces dernières années en Iran. Les Iraniennes participent à des compétitions internationales lorsqu’elles ne sont pas obligées d’enlever le voile islamique, par exemple pour le karaté. Mais lorsqu’elles doivent apparaître tête nue ou sans voile, elles ne peuvent pas participer à des compétitions internationales mixtes. En revanche, elles peuvent le faire en Iran dans des compétitions où il y a seulement des femmes.

D’une manière générale, les femmes sont de plus en plus actives. Par exemple, depuis une vingtaine d’année, parmi les reçus au concours national pour entrer dans les universités, il y a environ  60% de jeunes filles contre 40% pour les hommes, ce qui change progressivement les mentalités.

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