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Cambodge

Procès des Khmers: prison à vie confirmée pour l'ex-premier cercle de Pol Pot

L'ancien dirigeant khmer rouge Nuon Chea, le 23 novembre 2016 à Phnom Penh.
L'ancien dirigeant khmer rouge Nuon Chea, le 23 novembre 2016 à Phnom Penh. Nhet Sokheng/Extraordinary Chambers in the Courts of Cambodia/Ha
Texte par : RFI Suivre
4 mn

Khieu Samphan et Nuon Chea, deux ex-dirigeants khmers rouges de tout premier plan, membres du premier cercle de Pol Pot, voient leur peine confirmée par la justice en appel. Ce mercredi 23 novembre 2016, le tribunal international les a définitivement condamnés à la prison à perpétuité pour crimes contre l’humanité, après leur condamnation en première instance en 2014.

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Avec notre correspondante à Phnom Penh,  Anne-Laure Porée

Les accusés sont restés de marbre. Nuon Chea, 90 ans, assis dans un fauteuil roulant, a tout juste jeté un regard au-dessus de ses lunettes noires. Enfoncé dans son siège à ses côtés, Khieu Samphan, 85 ans, compulsait un dossier avant d’écouter indifférent le verdict. Pour ceux qui ont perdu leurs proches dans les transferts forcés de populations - l'un des objets de ce procès -, la condamnation ne ramènera pas les morts. Mais après dix ans de fonctionnement et de nombreuses controverses autour de ce tribunal, jugé trop lent, trop cher, trop coupé des réalités ou trop politisé, ce verdict est une satisfaction pour nombre de Cambodgiens.

Hors de la salle d’audience, ils se réjouissent de voir que quarante ans après les faits le numéro deux du régime, Nuon Chea, et l’ancien chef de l’Etat Khieu Samphan, sont finalement condamnés. Un bonze qualifie le verdict de moment important pour le Cambodge, mais aussi pour l’humanité. Un jeune étudiant venu pour la deuxième fois au tribunal trouve ce jugement essentiel, parce que c’est l’histoire de ses parents et de ses grands-parents. Enfin, Chum Mey, survivant de la prison S21 bien connue au tribunal, applaudit la condamnation parce qu’au moins, dit-il, les jeunes ne seront pas tentés de suivre le même chemin que les Khmers rouges.

L’arrêt de la Cour suprême de ce mercredi allège certaines des responsabilités des deux condamnés. Mais la peine reste la même. C'est donc la première condamnation définitive contre ceux qui ont, dans le passé, officié à la tête de l’Etat khmer rouge, un régime qui a conduit le quart de la population à la mort entre 1975 et 1979, en imposant une révolution socialiste. Mais l’avocate de Khieu Samphan dénonce une « justice cosmétique » où « le symbole efface le droit ». Elle estime que la participation au projet politique khmer rouge n’était pas une raison suffisante pour condamner son client.

Marie Guiraud, la co-avocate des parties civiles, qui représente les victimes et leurs familles, voit au contraire là « une décision de haute teneur juridique ». « De notre point de vue, c’est une décision en droit qui va bien au-delà du symbole. Cet arrêt de la Cour suprême répond aux attentes des parties civiles de manière large en considérant que le projet révolutionnaire du Kampuchea démocratique était en soi un projet criminel. » Cette condamnation aura certainement des incidences sur le deuxième volet du procès, qui concerne les mêmes accusés mais pour d’autres faits et d’autres crimes, dont ceux de génocide. Reste à savoir si Nuon Chea et Khieu Samphan auront la force de suivre la procédure, qui pourrait courir jusqu’en 2019.

→ Écouter sur RFI : Quarante ans après l’horreur, le Cambodge face à son histoire

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