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Inde

Inde: où en est la bataille pour la construction de toilettes?

Ces femmes indiennes brandissent des latrines pour marquer l'ouverture d'un évènement consacré à ce thème à New Delhi, en novembre 2014 pendant la Journée mondiale des toilettes.
Ces femmes indiennes brandissent des latrines pour marquer l'ouverture d'un évènement consacré à ce thème à New Delhi, en novembre 2014 pendant la Journée mondiale des toilettes. ROBERTO SCHMIDT / AFP

Il y a deux ans, le Premier ministre indien a lancé un gigantesque programme sur un thème d'apparence peu glamour : la construction de toilettes. Mais le besoin est urgent. A peine un Indien sur deux a accès à des toilettes, et le reste, soit près de 600 millions de personnes, doit faire ses besoins en plein air, ce qui crée de graves problèmes sanitaires. L'objectif est d'éradiquer ce problème d'ici à 2019. Où en est-on, quasiment à mi-chemin ?

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De notre correspondant à New Delhi,

Les efforts du gouvernement, en particulier le budget, ont été impressionnants. En effet, le gouvernement central a alloué à cette mission l'équivalent de 1,27 milliard d'euros pour la seule année budgétaire en cours, débutée en mars dernier. Soit trois fois plus que la somme attribuée lors du lancement de cette campagne il y a deux ans. Et ce, grâce à la levée d'une taxe spéciale sur la consommation.

Ces fonds sont dédiés à la construction de toilettes, dans les campagnes principalement, où le besoin est criant. Le ministère de l'Hygiène avance ainsi des résultats encourageants : 30 millions de latrines auraient été construites en deux ans, 130 000 villages et trois Etats fédérés sur les 29 ont été déclarés « libérés de la défécation en plein air ». Mais cette vérité statistique cache une réalité plus complexe.

Seulement 60 % ont vraiment bénéficié de cette subvention

Un centre de recherches est allé vérifier les chiffres du gouvernement. Cela n'a pas été simple, car sur un échantillon de 7 500 foyers choisis dans les listes, l'équipe n'a pu en identifier que 20 %. Soit les noms des autres étaient erronés, soit ils se répétaient. Et parmi les prétendus bénéficiaires qu'ils ont pu contacter, un tiers n'avaient même pas de toilettes ; quant à ceux qui en avaient effectivement, un tiers d'entre eux affirmaient qu'elles étaient inutilisables.

Au final, dans cet échantillon, cela fait donc seulement 10 % de foyers prétendument délivrés du fléau et qui utilisent vraiment des toilettes au lieu d'aller faire leurs besoins en plein air. Toutes ces personnes sont censées avoir reçu une aide du gouvernement pour construire ces latrines, mais toujours selon la même étude, seulement 60 % ont vraiment bénéficié de cette subvention. Le reste n'était soit pas au courant de ce programme, soit ils ont été découragés par les longues procédures administratives, voire le nécessaire paiement de pot-de-vin pour recevoir cette aide.

Pour certains, faire ses besoins dans la maison reste impur

Quels sont les enseignements à retenir pour les trois ans qui restent à cette mission ?
D'abord, il semble nécessaire de désengorger le flux d'argent. Car l'année dernière, seulement 45 % des fonds ont été versés aux Etats fédérés. Or, la plupart des familles des campagnes ne peuvent pas se payer de toilettes. Il serait également essentiel d'avoir un audit indépendant des résultats, car les autorités locales reçoivent tellement de pression pour atteindre leurs objectifs qu'elles gonflent ces chiffres.

Enfin, les experts recommandent d'insister sur l'information et l'éducation des foyers, un volet qui n'a bénéficié que de 1 % des fonds l'année dernière, alors que cette tâche est essentielle pour faire changer ces habitudes ancestrales. Un grand nombre de familles hindoues continuent de penser qu'il est impur de faire ses besoins dans la maison et préfèrent aller dans la nature. Ce qui pollue les sources d'eau et engendre de graves maladies intestinales, particulièrement chez les enfants.

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