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Corée du Sud

Des artistes blacklistés en Corée du Sud: l'ex-ministre de la Culture inculpée

L'ancienne ministre de la Culture Cho Yoon-sun a été arrêtée le mois dernier et a été inculpée mardi 7 février.
L'ancienne ministre de la Culture Cho Yoon-sun a été arrêtée le mois dernier et a été inculpée mardi 7 février. Reuters/路透社

L’ancienne ministre de la Culture, inculpée mardi 7 février, est accusée d’avoir compilé une liste noire de près de 10 000 artistes jugés trop critiques envers la présidente Park Geun-hye. L’affaire est l’un des innombrables volets d’un tentaculaire scandale politico-financier dans lequel est engluée la présidente, qui a été destituée par le Parlement en décembre dernier.

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De notre correspondant à Séoul

Cho Yoon-sun, l’ex-ministre coréen de la Culture, ainsi que Kim Ki-choon, l’ancien chef de cabinet de la présidente, sont tous deux accusés d’avoir établi et fait appliquer cette liste noire.

Près de 10 000 artistes, écrivains, réalisateurs, peintres, ont ainsi été mis à l’index pour avoir critiqué Park Geun-hye, pour avoir soutenu des candidats de l’opposition ou plus simplement pour avoir pointé du doigt les responsabilités du gouvernement dans le naufrage du ferry Sewol, qui a fait plus de 300 morts il y a trois ans.

Selon le quotidien Hankyoreh, Kim Ki-choon aurait déclaré vouloir en finir avec « les force pro-Corée du Nord qui dominent les milieux culturels depuis 15 ans ». Les ultra-conservateurs sud-coréens qualifient souvent leurs opposants de « pro-Pyongyang » pour les discréditer.

Concrètement, ces artistes « blacklistés » s’étaient vu privés de subventions publiques. Certains étaient exclus d’évènements culturels. Ils étaient aussi dans le collimateur d’autorités telles que la police ou le fisc. Il y a parmi eux des célébrités, comme Park Chan-wook, réalisateur primé à Cannes pour son film Old Boy, la romancière Han Kang, ou le poète Ko Un.

La ministre de la Culture avait déjà été arrêtée le mois dernier, elle a démissionné depuis.

L’ombre de la présidente Park

Les enquêteurs spéciaux semblent penser que Park Geun-hye a joué un rôle dans l’élaboration de cette liste noire. Ils ont accusé la présidente de « complicité ». De son côté, cette dernière affirme n’avoir jamais été au courant de l’existence de cette liste. Une défense qui ne convainc pas grand monde : les deux personnes inculpées mardi comptent parmi ses collaborateurs les plus proches.

L’impact de ces révélations sur l’opinion est ravageur. Le scandale fait écho aux années de plomb des dictatures militaires : dans les années 1960 et 1970, sous le régime du général Park Chung-hee - le père de la présidente actuelle -, les dissidents, et notamment les artistes, étaient réprimés avec violence. Ils étaient censurés, certains ont été torturés.

Les Sud-Coréens ne pensaient pas qu’un tel retour en arrière démocratique puisse être possible, quatre décennies plus tard.

Impact sur la destitution de la présidente

L’impact de cette liste noire sur la procédure en cours de destitution de la présidente sera majeur. La motion de destitution votée par le Parlement en décembre vient d’ailleurs d’être amendée pour inclure ce nouveau chef d’accusation. La présidente y est accusée d’avoir relevé de leurs fonctions des hauts fonctionnaires qui avaient refusé de faire appliquer cette liste.

Rappelons que Park Geun-hye est soupçonnée, entre autres accusations, d’avoir extorqué des millions d’euros à de grandes entreprises, avec l’aide d’une conseillère occulte.

Cette enquête sur la liste noire est donc cruciale : elle va peser lourd dans la décision des huit juges de la Cour constitutionnelle de valider, ou non, la destitution de la présidente. Une décision attendue début mars au plus tôt.

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