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Sri Lanka / Droits de l'homme

Sri Lanka: toujours pas de tribunal pour juger les crimes de la guerre civile

Près de la ville de Trincomalee, au nord-est du Sri Lanka, des familles de personnes disparues pendant la guerre demandent une enquête internationale, en mars 2015.
Près de la ville de Trincomalee, au nord-est du Sri Lanka, des familles de personnes disparues pendant la guerre demandent une enquête internationale, en mars 2015. RFI/ Sébastien Farcis

Le Conseil des droits de l'homme a ouvert sa session annuelle cette semaine et l'un des importants dossiers discutés est la situation au Sri Lanka. Le pays sort d'une terrible guerre civile entre l'armée et les indépendantistes des Tigres tamouls, un conflit qui a duré pendant 26 ans et s'est terminé en 2009 dans un bain de sang, avec la mort d'environ 40 000 civils. Le gouvernement, élu il y a deux ans, a promis à son peuple et à ce Conseil onusien de mettre en place une large politique de justice et de réconciliation, sur le modèle sud-africain mais ces réformes piétinent.

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De notre envoyé spécial à Colombo,

Le président Maithripala Sirisena avait promis après son élection, il y a deux ans, de mettre fin à la politique guerrière et nationaliste de son prédécesseur Mahinda Rajapakse qui prônait la domination de la majorité cinghalaise et bouddhiste du Sud sur la minorité tamoule et hindoue du Nord. Le gouvernement s'est alors engagé devant le Conseil des droits de l'homme à créer un bureau pour la recherche des personnes disparues, une commission pour la paix et la réconciliation, et surtout, un tribunal mixte, composé de magistrats étrangers, afin de juger les crimes de guerre.

Au bout d’un an et demi, un seul organisme important a été créé, à la fin de l'année dernière : le bureau des personnes disparues, qui a été bien accueilli, mais qui doit encore faire ses preuves. Le gouvernement a également commencé la restitution d'une partie des centaines d'hectares de terres de familles tamoules, occupées par l'armée dans le nord du pays pendant près de 30 ans de conflit. Enfin, le ministre des Affaires étrangères s'est engagé, mardi 28 février 2017, devant le Conseil des droits de l'homme, à présenter, dans deux mois, un projet de commission pour la justice et la réconciliation.

Des familles réclament des renseignements sur leurs proches disparus

Mais rien, encore, concernant le tribunal. Colombo semble refuser d'y inclure des magistrats étrangers car une telle indépendance pourrait entraîner l'inculpation de militaires, ce qui serait difficilement accepté par la majorité cinghalaise qui a souffert des attaques de la rébellion tamoule. Cette opposition pourrait alors favoriser le retour au pouvoir des nationalistes de l'ex-président Rajapakse. L'expertise de ces juges étrangers est pourtant indispensable car les magistrats sri lankais ne sont pas formés pour juger des crimes de guerre ou contre l'humanité. Et surtout, les victimes tamoules ne feront pas confiance à un tribunal qui comprendra une majorité de Cinghalais.

Sur le terrain, la colère gronde. Depuis plus d'un mois, des manifestations ont lieu dans le nord du Sri Lanka : des familles réclament des renseignements sur leurs proches disparus pendant la guerre ou après. La loi draconienne contre le terrorisme, utilisée pendant le conflit, est toujours en vigueur et utilisée pour arrêter des suspects sans mandat, voire torturer des Tamouls ou des militants qui les défendent. Il est certes compliqué de rapprocher deux communautés divisés par trois décennies de guerre sanglante mais les associations affirment que le gouvernement doit agir plus rapidement pour ne pas laisser les extrémistes profiter de la douleur non consolée des victimes et des rancœurs qui ne manqueront pas de renaître entre les Cinghalais et les Tamouls.

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