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Inde

Inde: au Gujarat, l'abattage de vaches passible de prison à vie

La vache est sacrée en Inde. Certains hindous se prosternent devant elle, lui font une offrande de nourriture ou de colliers de fleurs.
La vache est sacrée en Inde. Certains hindous se prosternent devant elle, lui font une offrande de nourriture ou de colliers de fleurs. AFP PHOTO / Noah SEELAM
Texte par : RFI Suivre
4 mn

Dans l'ouest de l'Inde, l'Etat du Gujarat a rendu passible de prison à vie, ce vendredi 31 mars, l'abattage des vaches, un animal considéré comme sacré dans l'hindouisme. Pour les minorités musulmanes et chrétiennes, qui consomment de la viande de bœuf, il peut s’avérer difficile de s’en procurer. Seuls huit des 29 Etats indiens autorisent l’abattage de vaches, alors que les 21 Etats qui l'interdisent durcissent les sanctions sur fond de tensions politico-religieuses.

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Les législateurs de l'assemblée régionale de l'État natal du Premier ministre Narendra Modi ont voté un durcissement de la sanction en cas d'abattage de vaches, qui était de sept ans de prison auparavant. « La vache n'est pas un animal. C'est le symbole de la vie universelle, s’est justifié le ministre de la Justice de l'Etat, Pradipsinh Jadeja. La personne qui n'épargnera pas une vache, le gouvernement ne l'épargnera pas non plus. »

En Inde, la viande de bœuf est en fait généralement de la chair de buffle. L'abattage de vaches est une question sensible dans ce pays à 80% hindou, où de simples rumeurs en ce sens peuvent mener à des violences meurtrières.

Pénaliser les musulmans

Christophe Jaffrelot, chercheur au CERI, considère cette décision comme de la surenchère, car l’Inde est en plein dans une année électorale. « On vient de voter en Uttar Pradesh et l’élection a été surdéterminée par des discours hindous militants. On va encore voter l’an prochain au plus tard au Gujarat, donc le BJP, le parti au pouvoir, fait en sorte d’apparaître comme absolument intraitable sur un sujet qui tient à cœur aux Hindous, mais qui pénalise aussi les musulmans et finalement c’est le but recherché, explique Christophe Jaffrelot. C’est faire en sorte que les musulmans qui vivent du commerce de la viande se retrouvent ainsi paupérisés.

Ça donne lieu à chaque fois à des débordements, des attaques de musulmans censés avoir de la viande de bœuf dans leur frigo. C’est une façon de montrer à la fois sa pureté religieuse, sa détermination antimusulmane. »

Un nationalisme religieux face à l'opposition décimée

Selon Christophe Jaffrelot, cette décision est aussi synonyme d’un retour du nationalisme, qui s'explique par les médiocres résultats économiques du BJP au pouvoir : « Il a promis le développement, il a promis la croissance économique, il a promis des emplois et rien de tout cela ne vient. Et donc, il y a un plan B en quelque sorte, qui était prévisible, le symbolique nationalisme religieux, à un moment où les élections régionales s’enchaînent et où il faut gagner parce que c’est la clé de la majorité à la Chambre haute.

Le BJP sans la majorité à la Chambre haute n’a pas toutes les clés du pouvoir. La Chambre haute est très importante en Inde. Et donc là, il met les bouchées doubles, il vise d’autres cibles et ça marche. Le BJP a remporté les élections en Uttar Pradesh avec une majorité absolument sans précédent. Il a pu d’ailleurs mettre à la tête de l’Etat pour la première fois un religieux, un prêtre impliqué dans de nombreuses émeutes antimusulmans.

Donc si tout ça est possible pourquoi s’arrêter en si bon chemin, sachant que l’opposition est décimée, que l’Etat de droit est en lambeaux, que la justice est à genoux… Il aurait tort de se priver de ce forcing ».

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