Cambodge

Cambodge: la Cour suprême dissout le principal parti d'opposition

Des membres des forces de l'ordre montent la garde devant la Cour suprême cambodgienne à Phnom Penh, le 16 novembre 2017.
Des membres des forces de l'ordre montent la garde devant la Cour suprême cambodgienne à Phnom Penh, le 16 novembre 2017. REUTERS/Samrang Pring

La Cour suprême du Cambodge a annoncé jeudi 16 novembre la dissolution du principal parti d'opposition, le Parti du sauvetage national. Cette décision intervient à quelques mois d'élections cruciales pour le pays dirigé depuis 32 ans par l'inamovible Premier ministre Hun Sen.

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Cela fait plusieurs mois que l’étau se resserre autour du Parti du sauvetage national du Cambodge, indique notre correspondante à Phnom Penh, Juliette Buchez. Début septembre, Kem Sokha, le président actuel du parti, était accusé de trahison. Le mois suivant, le ministère de l’Intérieur a demandé à la Cour suprême d’étudier la dissolution du parti. C’est aujourd’hui chose faite.

Selon la Cour suprême, le CNRP aurait tenté de fomenter un soulèvement populaire soutenu par l'étranger ; 118 membres du parti sont donc aujourd’hui bannis de politique pour une durée d’au moins cinq ans. Hun Sen appelle le reste des élus à rejoindre le parti majoritaire.

Le CNRP perd de facto les 489 mandats de chefs de communes et les mandats de 55 députés qu’il détenait. La prochaine élection législative en juillet 2018 se fera sans le seul parti d’opposition qui ait jamais tenu tête au CPP, le parti du Premier ministre Hun Sen.

Cette décision attendue intervient dans un contexte tendu, car plusieurs organisations ont accusé le gouvernement de vouloir supprimer l’opposition. Policiers et militaires avaient bouclé l’accès à la Cour suprême ce jeudi.

« Les dernières heures de la démocratie »

Le politologue américano-cambodgien Sophal Ear voit dans cette décision un enième renforcement du régime autoritaire au Cambodge. « La démocratie est en péril depuis un certain temps, et nous assistons à ses dernières heures, si elle n'est pas déjà morte en fait », déplore ce chercheur de l'Université occidentale de Los Angeles, interviewé par RFI.

Le politologue parle d'« une affaire politique », dans laquelle les petits partis, qui vont profiter de cette dissolution, ont sciemment servi les intérêts du pouvoir. « Les sièges de l'opposition vont être redistribués à de petits partis qui ont obtenu moins d'un dixième des voix aux dernières élections. Ces partis ont même admis avoir reçu de l'argent pour cela. Ce sont eux qui ont attaqué en justice le parti d'opposition, donc ils agissent comme des agents du parti au pouvoir, qui a ainsi atteint son but. »

Sophal Ear pointe aussi le fait que la juridiction est aux mains du pouvoir. « Ce n'est qu'en apparence une décision de la Cour suprême. Le chef de la Cour suprême est bien connu pour être un militant, membre du bureau politique et du Comité central du Parti du peuple cambodgien. Au Cambodge, on est toujours dans un système où le pouvoir d'un homme prime sur l'Etat de droit. »

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