Pakistan

Pakistan: un attentat qui pose la question du pouvoir de nuisance des talibans

Des soldats pakistanais stationnés dans la vallée du Swat (photo d'illustration).
Des soldats pakistanais stationnés dans la vallée du Swat (photo d'illustration). RFI/Nadia Blétry

Dans le nord-ouest du Pakistan, au moins 11 soldats ont été tués dans un attentat-suicide samedi 3 février 2018. L'attaque a très vite été revendiquée par les talibans pakistanais, qui contrôlaient cette région entre 2007 et 2009. Le nombre d'attentats a baissé ces dernières années dans le pays, mais les talibans restent très actifs. Analyse.

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Ce sont les environs d'une base militaire de la vallée de Swat, dans les contreforts de l'Himalaya près de l'Afghanistan, qui a été visée samedi. Un kamikaze s'est fait exploser sur un terrain de sports situé à proximité de la base. De nombreux civils étaient présents et le bilan pourrait s'alourdir. L'attaque a été revendiquée par le mouvement Tehreek-e-Taliban, la branche pakistanaise des talibans.

La zone était sous contrôle des talibans dans les années 2007-2009. Ils y avaient imposé la charia avant d'être évincés par l'armée. « Face à la politique de répression menée - enfin - par l’armée pakistanaise, sur une base résolue à compter de 2014, il y a eu un ralentissement des actions terroristes, mais pas du tout leur disparition », explique le professeur Jean-Luc Racine, directeur de recherche émérite au CNRS et au Centre d’études de l’Inde et de l’Asie du Sud de l’EHESS.

« L’attaque contre ces militaires, qui étaient en train de joueur au volley-ball, revendiquée par les talibans pakistanais, aurait été menée à partir des sanctuaires des talibans pakistanais en Afghanistan, ajoute-t-il. Et là, on touche une autre dimension de la question terroriste : dans un contexte assez tendu entre Kaboul et Islamabad, chaque pays accuse l’autre d’accueillir des sanctuaires. »

D’un côté, décrypte le directeur de recherche émérite au CNRS et à l'EHESS, on observe « des talibans afghans qui seraient basés au Pakistan et qui mèneraient des opérations côté afghan ». Et de l'autre, « des sanctuaires de talibans pakistanais, qui avaient été chassés hors du pays par la répression militaire des années 2014-2015, et qui opèreraient en sens inverse par-delà la frontière. »

L'attaque de samedi le démontre, donc : les groupes rebelles sont encore en capacité de commettre des attentats et des assassinats de responsables locaux qui coopèrent avec le gouvernement d'Islamabad. Dans cette région de Swat où stationnent quelque 4 000 soldats, l'armée pakistanaise est en alerte contre une résurgence de tentatives de ce type menées par les insurgés talibans.

→ Approfondir : Afghanistan-Pakistan ; l’implantation de l’EI et la résilience des talibans (2016)

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