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Emmanuel Macron / Inde

Inde: objectifs et enjeux de la visite d'Emmanuel Macron

Le Premier ministre indien, Narendra Modi  accueille le président français Emmanuel Macron et Brigitte, son épouse à leur arrivée à New Delhi en Inde, le 9 mars 2018.
Le Premier ministre indien, Narendra Modi accueille le président français Emmanuel Macron et Brigitte, son épouse à leur arrivée à New Delhi en Inde, le 9 mars 2018. ©REUTERS/Adnan Abidi

Emmanuel Macron est arrivé ce vendredi 9 mars en Inde pour une visite d’Etat de quatre jours. Ce voyage officiel, qui fait suite à celui que le couple présidentiel a effectué en Chine en janvier cette année, a pour objectif de consolider le partenariat stratégique français avec l’autre géant d’Asie. Pendant son séjour indien, le président français inaugurera également l’Alliance solaire internationale, initiative lancée conjointement par la France et l’Inde en marge de la COP 21.

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Les relations entre la France et l’Inde postcoloniale sont anciennes, datant des années 1950 lorsqu’André Malraux s’est rendu en Inde à la demande du général de Gaulle. Dans les années 1970, ce fut le tour de Giscard d’Estaing. Depuis, tous les présidents français se sont rendus en Inde, plutôt deux fois qu’une. François Hollande fut le dernier à se déplacer à New Delhi. Celui-ci y est allé, lui aussi, deux fois, la première fois en 2013 et la deuxième fois en 2016 pour le défilé de la « Republic Day », équivalent indien du 14 juillet dont la France était l’invitée d’honneur.

L’Inde, comme la Chine oùEmmanuel Macron s’est rendu en voyage officiel en début d’année, s’impose comme une puissance incontournable. Dans les années 1950-60, ce pays s’est affirmé comme le leader du mouvement des pays non-alignés, puis aujourd’hui en tant qu’économie émergeante incontournable, s’apprêtant même à s’imposer comme la cinquième puissance économique mondiale, derrière les Etats-Unis, le Japon, l’Allemagne, mais devant la France et la Grande Bretagne. C’est dans ce cadre que les relations entre l’Inde et la France se sont développées. Elles ont franchi une nouvelle étape dans les années 1990, avec le lancement du partenariat stratégique.

« L’esprit gaulliste »

Le chercheur Jean-Luc Racine (1), directeur de recherche émérite au CNRS et spécialiste de l’Inde, en explique le contexte : « Le vrai tournant, ça a été 1998. D’une part, Jacques Chirac avait maintenu la visite prévue en Inde alors que le gouvernement Gujral avait perdu sa majorité, Chirac lui avait décidé de maintenir la visite en faisant passer le message "je viens pour les relations franco-indiennes". Puis le deuxième élément en 1998, c’est la réaction française face aux essais nucléaires indiens. La France n’a pas imposé de sanctions contrairement à ce qu’avaient fait les Etats-Unis et le Japon. Il y a eu une certaine compréhension d’esprit gaulliste de la démarche d'un pays décidé de se donner l’arme nucléaire pour assurer sa sécurité ».

La visite d’Emmanuel Macron s’inscrit dans l’histoire longue. L’idée de cette visite serait née, selon les conseillers diplomatiques de l’Elysée, lors du passage à Paris du Premier ministre indien Narendra Modi qui fut un des premiers dirigeants étrangers à rencontrer le président Emmanuel Macron, tout de suite après son élection en juin dernier. En déplacement en Europe, il avait fait un crochet par Paris pour venir saluer le successeur de François Hollande. Cela montre l’importance que l’Inde attache à ses liens avec la France. Modi, n’avait-il pas d’ailleurs tweeté avant de venir à Paris que « la France était l’un de nos partenaires stratégiques les plus importants » ?

« La géographie diplomatique indienne est triple, rappelle pour sa part Jean-Luc Racine. Le premier cercle inclut le voisinage proche, le deuxième est celui du voisinage étendu qui va de l’Asie centrale à l’océan Indien, de l’Asie du Sud-ouest jusqu’au Moyen Orient. Au-delà, il y a tout le reste : relations avec l’Afrique et avec les grandes et moyennes puissances. La France qui se trouve dans ce dernier cercle est plutôt bien placée, car contrairement à l’Allemagne ou la Grande-Bretagne handicapée par le Brexit, Paris est à la fois un partenaire diplomatique, un partenaire de défense et un partenaire économique. »

Enjeux économiques et stratégiques

C’est pendant son voyage éclair à Paris l'année dernière que le Premier ministre indien a invité Emmanuel Macron à venir en Inde pour donner un nouveau souffle aux relations bilatérales et pour inaugurer avec lui le dimanche 11 mars le premier sommet fondateur de lAlliance solaire internationale ou l’ASI. L’ASI, lancée dans le cadre de la COP 21 conjointement par la France et l’Inde, est une plateforme de coopération entre les pays en voie de développement « à fort potentiel solaire » et les pays développés disposant de technologies qui permettent de valoriser l’énergie solaire. L’inauguration de l’ASI qui réunit à ce jour 64 pays et dont New Delhi accueille le secrétariat, sera la composante multilatérale de la visite du président français en Inde.

Le partenariat franco-indien: exemple du métro en chantier, de Cochin, en Inde.
Le partenariat franco-indien: exemple du métro en chantier, de Cochin, en Inde. © Dhiraj Singh/Bloomberg via Getty Images

Tout comme pour le voyage qu’a effectué Emmanuel Macron en Chine il y a deux mois, les enjeux de son déplacement sont d’abord économiques et stratégiques. Au cours des dernières décennies, la France et l’Inde ont développé un partenariat stratégique étroit et dynamique dans les domaines de la défense, du nucléaire civil, du spatial et de la sécurité. En septembre 2016, les deux pays ont signé un accord intergouvernemental pour la fourniture par l’entreprise Dassault Aviation de 36 avions de chasse Rafale dont la livraison doit démarrer en 2019, selon l’avionneur.

« Les discussions longues et ardues pour la vente des Rafale ont fait oublier, souligne l’économiste Jean-Joseph Boillot, conseiller au club du CEPII (2), que l’Inde a également commandé à la France six sous-marins conventionnels de classe Scorpène ainsi que des missiles Exocet antinavires, pour quelque 2,6 milliards d’euros. » « Il s’agit d’un projet gigantesque », s’exclame l’économiste, en s’interrogeant si « d’une certaine façon l’avenir de l’industrie militaires française ne dépend pas du nombre de contrat qu’elle obtient en Inde ? »

Parallèlement, le partenariat économique est en plein essor, comme en témoignent les chiffres des échanges et des investissements, qui ont doublé depuis 2013. Les échanges entre les deux pays se sont élevés à 8,5 milliards d’euros en 2016. C’est certes huit fois moins que ce que l’Hexagone réalise avec la Chine, mais la tendance est nettement à la hausse et le déficit bilatéral français par rapport à l’Inde est en cours de résorption. Les exportations françaises auraient enregistré une hausse de 30% en 2017 et se situent aux alentours de 5,4 milliards d'euros, selon une source à la présidence.

S’agissant des investissements, Paris se situe parmi les premiers investisseurs étrangers en Inde (entre le 6e et le 9e), avec un stock cumulé de capital investi d’environ 20 milliards d’euros. L’Elysée rappelle par ailleurs que plus de 1 000 entreprises françaises sont aujourd’hui implantées en Inde, employant 300 000 personnes. « L’offre industrielle française demeure extrêmement attractive car elle couvre, explique Jean-Joseph Boillot, une grande diversité de secteurs. Elle est perçu comme d’excellence dans les domaines prioritaires pour l’Inde qui vont des technologies pour la valorisation de l’énergie solaire aux accords sur les transports routiers et ferroviaires, en passant par la gestion des eaux et la construction des infrastructures urbaines dites intelligentes. »

La dixième édition du Forum des chefs d’entreprises franco-indiens qui se déroulera en marge de la visite présidentielle et dont le président Macron clôturera les travaux aura à cœur de renforcer ce partenariat économique, en investissant davantage et en s’inscrivant mieux dans le programme « Make in India » mis en place par le gouvernement pour faire décoller l’industrie manufacturière indienne.

Des législatives à l’horizon

«  Outre les grands dossiers sensibles, au carrefour de l’économique et le stratégique, comme l’extension du projet Rafale, des sous-marins et centrales nucléaires, les questions de la sécurité et de la liberté de circulation qu’aiguise l’activisme chinois en Mer de Chine du sud et dans l’océan Indien au large de Djibouti figureront, estime Jean-Luc Racine, dans les discussions en tête-à-tête entre le président Macron et le Premier ministre Narendra Modi. »

L’impact de la montée de la Chine sur la sécurité des routes maritimes de l’océan Indien et du Pacifique est une inquiétude que partagent la France et l’Inde et que la ministre française des Armées Florence Parly avait évoquée lors de son passage en Inde en novembre dernier. Elle avait évoqué la possibilité d’intensifier les collaborations entre les deux marines nationales dans l’océan Indien.

Il serait même question d’ouvrir aux Indiens des bases militaires françaises dans la région. « Si un traité dans ce sens devait se faire pendant la visite d’Emmanuel Macron, ce sera, affirme Jean-Joseph Boillot, du pain béni pour Narendra Modi, qui au seuil d’une année électorale décisive a besoin de belles annonces de la part du président français pour remporter les législatives en 2019 et gagner un nouveau mandat de cinq ans. »

Selon des proches du le Premier ministre Modi, ce dernier mise sur le bon déroulement de la visite du président Macron pour dissoudre le Parlement et annoncer des législatives anticipées.


(1) L'Inde et l'Asie: nouveaux équilibres, nouvel ordre mondial, par Jean-Luc Racine. Editions du CNRS, Paris 2009.

(2) L'Economie de l'Inde, par Jean-Joseph Boillot. Editions La Découverte, Paris 2009 (nouvelle édition 2016)

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