Australie

Demandeurs d'asile: la justice australienne reconnait un décès «évitable»

Des manifestants devant la cour de Brisbane en soutien aux migrants retenus sur l'île de Manus, le 30 juin 2018.
Des manifestants devant la cour de Brisbane en soutien aux migrants retenus sur l'île de Manus, le 30 juin 2018. AAP/Darren England/via REUTERS

La justice australienne a reconnu la responsabilité de l’Etat dans la mort, en 2014, d’un demandeur d’asile iranien. Celui-ci souffrait d’une infection à la jambe, et des soins lui avaient été prodigués trop tardivement. Quatre ans plus tard, la situation sanitaire des demandeurs d’asile souvent parqués dans des îles comme Nauru ou Manus n’a pas changé, constate l’avocate Pamela Curr, interrogée sur RFI.

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Hamid Khazaei est mort en septembre 2014. Il avait 24 ans. Demandeur d'asile en rétention, il avait dû être transféré de l'île de Papouasie-Nouvelle-Guinée, Manus, où il était retenu, vers la capitale du pays, Port Moresby, avant d'être pris en charge par un hôpital de Brisbane, en Australie. Il avait contracté une infection à la jambe deux semaines plus tôt...

Faute de mieux, améliorer les installations existantes

Lundi 30 juillet 2018, le coroner de l'Etat du Queensland, Terry Ryan - un magistrat dont le rôle est d'enquêter sur les décès suspects -, a finalement estimé que ce décès était « le résultat de la somme de multiples erreurs », notamment le fait d'avoir tardé à le soigner ou l'évacuer. « La mort de M. Khazaei était évitable », conclut M. Ryan.

Selon lui, ce genre de drame pourrait être évité si les clandestins étaient détenus dans des endroits moins éloignés. Mais comme c'est improbable à ses yeux, il demande a minima aux autorités de Canberra d'améliorer les installations existantes dédiées aux demandeurs d'asile dans l'océan Pacifique. Avec notamment la création d'unités près des camps pour les cas graves.

« Notre inquiétude, c’est que l’Europe suive l'exemple »

Au final, pas grand-chose devrait changer, explique sur RFI Pamela Curr, coordinatrice du Centre de ressources pour les demandeurs d'asile, l’une des plus importantes ONG australiennes d’aide aux réfugiés :

« La justice australienne a officiellement déclaré que la mort de ce demandeur d’asile iranien était évitable. Elle a aussi fait des recommandations indiquant que c’est aux médecins et aux spécialistes de décider si oui ou non un transfert médical est nécessaire. Ce sont ses recommandations et le gouvernement a l’obligation de les prendre en compte mais je crains que cela ne change rien. »

« La seule option qui pourrait améliorer les choses serait un changement de gouvernement. Notre inquiétude, c’est que l’Europe suive notre exemple. Suivre notre exemple, cela signifie la mort d’un certain nombre de demandeurs d’asile, cela signifie des vies d’enfants détruites et la destruction d’une nation démocratique, d’une fierté nationale car c’est profondément cruel. »

La politique de Canberra souvent pointée du doigt

L'Australie est souvent critiquée pour sa politique migratoire. Les candidats à l'arrivée par la mer sont systématiquement envoyés dans des centres de détention en Papouasie-Nouvelle-Guinée ou sur l'île de Nauru, le temps que leur demande d'asile soit examinée. Les conditions de vie dans ces camps, où les services de santé sont assurés par des prestataires privés, font également débat.

→ À relire : Manifestations contre la politique d'immigration australienne

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