Inde

Inde: des journalistes poursuivis pour des révélations sur la vente des «Rafale»

Une manifestation à Bombay après des révélations sur la vente des «Rafale» à l'Inde par la France. Le 27 septembre 2018.
Une manifestation à Bombay après des révélations sur la vente des «Rafale» à l'Inde par la France. Le 27 septembre 2018. INDRANIL MUKHERJEE / AFP

L’affaire de la vente des avions de chasse « Rafale » à l’Inde ne cesse de rebondir. Ces derniers mois, plusieurs révélations ont indiqué que le gouvernement indien aurait injustement favorisé une entreprise privée dans ce contrat signé avec la France en 2016, pour l’acquisition de 36 avions de chasse, et beaucoup de médias ont enquêté sur ces accusations. A présent, ce puissant groupe industriel, appelé Reliance, porte plainte pour diffamation contre plusieurs médias, dont des plateformes en ligne, pour avoir rapporté ces doutes. Le groupe industriel demande des milliards d’euros de dédommagement. Une offensive perçue comme une tentative d’intimidation des journalistes. Les audiences débutent ce vendredi.

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De notre correspondant en Inde,

En avril 2015, le gouvernement indien annonce qu’il achète 36 chasseurs Rafale à la France. Ce contrat contient une clause qui oblige les fabricants de l’avion, comme Dassault à investir la moitié du montant de la transaction, soit environ 4 milliards d’euros, dans le tissu industriel indien. Pour cela, les entreprises françaises ont besoin de partenaires locaux, et Dassault s’allie alors avec un grand groupe, appelé Reliance.

Les soupçons naissent, car Reliance n’a aucune expérience dans l’industrie aéronautique. Son dirigeant est par contre très proche du gouvernement de Narendra Modi, dont il a financé la campagne et qu’il a ouvertement soutenu depuis. L’affaire devient sulfureuse quand François Hollande, président français de l’époque, révèle le mois dernier que le groupe Reliance a de fait été imposé aux négociateurs français. En gros, le gouvernement indien tenait à favoriser cette entreprise.

Tentative d’intimidation

La médiatisation de cette affaire n’a pas plu au groupe Reliance, qui a déposé plainte contre certains médias. Le groupe affirme que ces allégations de favoritisme relayées par les médias ont gravement endommagé son image. Il poursuit donc trois médias : une petite plateforme en ligne qui a suivi de manière assez précise cette affaire, un journal contrôlé par le parti d’opposition au gouvernement, et surtout l’une des plus grandes chaines indiennes de télévision, NDTV.

Il demande des dédommagements faramineux : entre 600 millions et 1,2 milliard d’euros à chacun ! La chaîne NDTV, par exemple, est poursuivie pour la diffusion d’une émission de 20 minutes composée d’experts et de journalistes. Il est pourtant précisé dès le début la position de Reliance sur le sujet. Ainsi que le fait que la compagnie a refusé de s’exprimer lors de l’émission.

Inquiétudes de la presse

Ces plaintes inquiètent les organisations de journalistes. Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), basé à Washington, a condamné la plainte contre la chaîne NDTV. L’association internationale la considère comme une tentative d’intimidation des journalistes, de la part d’un groupe coutumier du fait. Reliance attaque en effet souvent les médias qui enquêtent sur ses affaires.

Il vise dans ce cas les quelques derniers organes de presse critiques du gouvernement ou de son méga-empire industriel. L’objectif de ces plaintes n’est pas d’obtenir une réparation financière, mais d’obliger les journalistes à se rendre à des audiences situées parfois à l’autre bout du pays. La punition est donc dans la procédure plutôt que dans les rares condamnations.

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