Chine / Cambodge

Entre la Chine et le Cambodge, les relations sont au beau fixe

Le président chinois Xi Jinping, en compagnie du Premier ministre cambodgien Hun Sen, en octobre 2016 lors d'un déplacement à Phnom Penh.
Le président chinois Xi Jinping, en compagnie du Premier ministre cambodgien Hun Sen, en octobre 2016 lors d'un déplacement à Phnom Penh. REUTERS/Samrang Pring

C’est en Chine qu'a décidé de se rendre le chef du gouvernement cambodgien pour sa première visite officielle de 2019. Augmentation des quotas d’importation de riz cambodgien, renforcement des relations économiques bilatérales ou des aides chinoises au Cambodge… Pékin et Phnom Penh affichent leur volonté de poursuivre leur rapprochement. Ces annonces interviennent alors que depuis plusieurs mois, les relations avec l’Union européenne sont sous tension.

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De notre correspondante à Phnom Penh,

Pour les représentants du gouvernement cambodgien, la visite du Premier ministre Hun Sen démontre que la relation entre le Cambodge et la Chine est plus solide que jamais. Une proximité qui n’est pas nouvelle, mais qui gagne en importance, alors que les relations avec Bruxelles se compliquent.

Parmi les annonces faites en début de semaine, Pékin prévoit par exemple d’augmenter le quota de riz cambodgien importé à 400 000 tonnes par an. La proposition n’est pas anodine, alors que la Commission européenne vient de réintroduire des taxes sur le riz cambodgien pour trois ans.

Depuis 2012 en Europe, le riz cambodgien bénéficiait d’une exemption de taxes douanières dans le cadre des accords « tout sauf des armes ». Réintroduire ces taxes vise désormais à répondre à l’augmentation de la concurrence dénoncée par des agriculteurs européens, notamment en Espagne ou en Italie.

Or, l’agriculture cambodgienne continue de reposer en premier lieu sur la culture du riz et l’Union européenne en est le premier importateur. La réintroduction de ces taxes, qui concernent aussi la Birmanie et sont entrées en vigueur vendredi 18 janvier 2019, a donc été froidement accueillie à Phnom Penh.

Le principe du « tout sauf des armes » remis en question au Cambodge

Kim Hourn, ministre délégué auprès du Premier ministre cambodgien, a déclaré mercredi à la presse que l’ouverture du marché chinois envoyait un message fort, qui satisfait Phnom Penh, alors que Bruxelles demande d’accélérer une procédure pouvant aboutir à une suspension des accords préférentiels et à la réintroduction de taxes sur toutes les marchandises cambodgiennes.

La procédure de suspension des accords préférentiels est lancée, mais elle n’est officiellement qu’à l’étude. L’inquiétude des acteurs économiques locaux semble en revanche augmenter au fil des mois. Le « tout sauf des armes » exempte de taxes les marchandises exportées par certains pays en développement vers l’UE. Toutes, à l’exception des armes. Cet accord, conditionné au respect des droits de l’homme ou du travail, est remis en question au Cambodge.

La procédure engagée par la Commission découle notamment du climat de répression dans lequel s’est tenue la dernière élection législative dans le pays. Après la dissolution du principal parti d’opposition, en novembre 2017, le scrutin de juillet a concédé l’intégralité des sièges du Parlement au parti du Premier ministre, dont le mandat a été renouvelé.

Lundi, des acteurs économiques ont adressé une lettre à la commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström. Ils demandent à Bruxelles de ne pas suspendre l’accord et s’inquiètent des conséquences au long terme pour le commerce comme pour les relations entre le Cambodge et l’Union européenne.

Pékin et Phnom Penh se soutiennent de plus en plus souvent sur la scène mondiale

Si l’UE reste aujourd’hui le principal marché pour l’exportation de produits cambodgiens, la Chine est quant à elle le premier investisseur dans le pays, et le premier pourvoyeur d’aides. Pékin devrait d'ailleurs le rester, puisque 500 millions d’euros d’aides ont été promis d’ici à 2021 lors de la visite de Hun Sen.

Le Cambodge et la Chine continuent de renforcer leurs liens économiques, mais aussi leurs partenariats en matière de sécurité ou de politique régionale. A Pékin, les discussions ont également porté sur les différents projets portés par la Chine au Cambodge et leur intégration dans la nouvelle route de la soie. Un projet aussi bien économique que politique.

Pékin et Phnom Penh se soutiennent de plus en plus fréquemment sur la scène internationale. Le Cambodge est le premier allié de la Chine dans le dossier de la mer de Chine du Sud, qui l’oppose à plusieurs pays d’Asie du Sud-Est. A Pékin, le Cambodge s’est également prononcé de nouveau en faveur de la doctrine de « Chine unique » et de l’incorporation de Taïwan.

Alors que des exercices militaires conjoints ont été abandonnés avec les Etats-Unis l’an dernier, en 2019, plusieurs devraient avoir lieu avec la Chine. Dans le pays, la présence des Chinois et la multiplication des investissements s’ancrent de plus en plus dans les débats de société. Le nombre de Chinois résidant officiellement dans ce pays a doublé entre 2017 et 2018, passant de 100 000 à 210 000.

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