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Japon

Au Japon, le dernier jour de l'ère Heisei et de l'empereur Akihito

L'empereur Akihito du Japon lors du rituel de son abdication, ce mardi 30 avril. À ses côtés, outre l'impératrice Michiko, deux des trésors de la famille impériale.
L'empereur Akihito du Japon lors du rituel de son abdication, ce mardi 30 avril. À ses côtés, outre l'impératrice Michiko, deux des trésors de la famille impériale. Japan Pool/Pool via REUTERS
Texte par : RFI Suivre
7 mn

Après 30 ans et cing mois d'un long règne, l'empereur Akihito du Japon, 85 ans, a officiellement abdiqué ce mardi 30 avril 2019 au palais impérial, situé au cœur de Tokyo. C'est la première fois en deux siècles qu'un souverain japonais cède sa place. L'archipel passera cette nuit de l'ère Heisei à l'ère Reiwa, avec l'arrivée de Naruhito, 59 ans. Ce dernier sera ensuite confirmé à l'automne en présence de chefs d'État.

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Comme le veut la tradition, le 125e « tenno » de la liste officielle japonaise, peu crédible mais prise au sérieux, prendra le nom de son ère à titre posthume, « Heisei ». Akihito a souhaité un départ aussi discret que possible. Les rituels liés au shinto, religion première des Japonais, se déroulent au palais, en privé.

Selon la Constitution japonaise laïque de 1947, l'empereur est le « symbole de l'État et de l'unité du peuple ». Mais selon le shinto, il reste le descendant direct de la déesse du soleil, Amaterasu, représentée au centre du drapeau national par un rond rouge, accompagné ou non de ses rayons. Il est une divinité ou un pape.

Cependant, la plupart des Japonais ignorent le sens des vieilles coutumes religieuses ou parareligieuses qui ont lieu ce mardi à Tokyo autour d'Akihito. Contrairement à l'époque de la Modernité et du shinto d'État, entre la fin du XIXe siècle et la Seconde Guerre mondiale, elles ne sont précisées dans aucune loi.

Le dernier jour du règne de l'empereur Akihito du Japon, ce mardi 30 avril 2019 à Tokyo. Cette marche rituelle s'appelle «Taiirei-Tojitsu-Kashikodokoro-Omae-no-gi».
Le dernier jour du règne de l'empereur Akihito du Japon, ce mardi 30 avril 2019 à Tokyo. Cette marche rituelle s'appelle «Taiirei-Tojitsu-Kashikodokoro-Omae-no-gi». Mandatory credit Kyodo/via REUTERS

« J'exprime du fond du cœur ma gratitude au peuple »

Dans la matinée, en ses habits de soie brun doré réservés au souverain, et coiffé d'un couvre-chef noir surmonté d'une très haute crête, l'empereur a d'abord « annoncé » son départ dans plusieurs sanctuaires du palais impérial. La cérémonie majeure s'est ensuite passée dans la salle de pin (Matsu no Ma).

Ce cérémonial de dix minutes s'est déroulé à partir de 17h heure locale. Akihito, vêtu d'un costume queue-de-pie, a prononcé un court discours lors duquel il a repris les termes de la Constitution : « J'exprime du fond du cœur ma gratitude au peuple du Japon qui m'a accepté comme symbole de l'Etat et m'a soutenu. »

Puis il a souhaité le meilleur à son successeur : « Avec l'impératrice, j'espère du fond du cœur que la nouvelle ère Reiwa qui commence demain sera pacifique et fructueuse, et je prie pour la paix et le bonheur de notre pays et du peuple du monde », a-t-il dit, au côté de son épouse Michiko, vêtue de blanc et de gris.

Désaccord entre Abe et l'empereur sur la place du shinto

Diffusée en direct à la télévision, la cérémonie réunissait 300 convives, dont le prince héritier Naruhito, le Premier ministre Shinzo Abe, les présidents des deux chambres du Parlement et les juges de la Cour suprême. C'est le chef du gouvernement qui s'est chargé d'annoncer l'abdication de l'empereur Akihito.

« Tout en gardant dans nos coeurs le chemin parcouru par l'empereur, nous ferons tous les efforts possibles pour créer un avenir brillant plein de paix et d'espoir pour un Japon fier », a déclaré le Premier ministre, avant que la dernière déclaration d'Akihito en tant qu'empereur ne mettent fin à son règne.

Shinzo Abe rêve de refaire du shinto un élément fédérateur de la nation, et de l'empereur le chef de l'État. Il souhaite purger la Constitution de son pacifisme, rappelle aussi notre correspondant à Tokyo, Frédéric Charles. Il aura donc pu constater l'attachement viscéral d'Akihito à la Constitution de 1947, jusqu'au bout.

Jour pluvieux autour du palais impérial de Tokyo, où avaient lieux ce mardi 30 avril 2019 les rituels d'abdication de l'empereur Akihito.
Jour pluvieux autour du palais impérial de Tokyo, où avaient lieux ce mardi 30 avril 2019 les rituels d'abdication de l'empereur Akihito. REUTERS/Kim Kyung-Hoon

Une nouvelle ère japonaise, la « belle harmonie »

Une cérémonie d'accession au trône du prince héritier Naruhito doit désormais avoir lieu, et le Japon entrera alors dans une nouvelle ère impériale. Reiwa signifie « belle harmonie ». Cette nouvelle ère succèdera à l'ère de l'accomplissement de la paix. C'est ainsi que les Japonais rythment leur temps.

Le temps national évolue en fonction du règne des empereurs, tandis que les Japonais observent aussi un temps mondial, le nôtre. Cette double datation les contraint d'ailleurs à se livrer à une gymnastique mentale perpétuelle pour convertir les dates en calendrier grégorien ou en fonction de l'ère en cours.

Naruhito, 59 ans, se veut aussi pacifiste et libéral que son père. Il sera le 126e « tenno », et son épouse Masako va devenir impératrice après Michiko. Elles sont les deux premières roturières à avoir accédé à ce rang. À l'automne est prévue une grande cérémonie pour marquer l'avènement du nouvel empereur.

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► À écouter aussi : Les enjeux de l'abdication de l'empereur Akihito

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